Patrick Chamboredon, du militant syndical au président de l’ONI (Ordre National des Infirmiers)

Depuis décembre 2017, Patrick Chamboredon est le président de l’Ordre national des infirmiers. Militant de la première heure, il a à cœur de défendre les intérêts de la profession et de la mettre en lumière. Article paru dans le numéro 29 d'ActuSoins Magazine (Juin 2018).

Patrick Chamboredon, du militant syndical au président de l’ONI

© M.S / ActuSoins

« C’est un boulot de dingue », sourit-il, la voix mi-éteinte par sa semaine éreintante. Depuis qu’il a été élu à la tête du Conseil national de l’ONI, Patrick Chamboredon a un agenda particulièrement chargé. « On est sollicité en permanence, et c’est tant mieux », ajoute-t-il. Ses heures hebdomadaires, il ne les compte plus. « 70 environ, je dirais. La semaine en général, je suis à Paris, et le week-end, lorsque je le peux, je rentre chez moi à Marseille, pour décompresser un peu. Mais même à Marseille, le week-end, je suis sollicité », sourit-il, faisant allusion à l’entretien qui s’y déroule en vue de la rédaction de ce portrait.

Il n’empêche que Patrick Chamboredon ne se plaint pas de tout cela. Bien au contraire. Ravi de communiquer sur sa fonction, il explique ses journées.

Ce qui l’intéresse, ce n’est pas son statut, mais bien la cause infirmière qu’il défend. « Nous allons de ministère en ministère pour faire entendre notre voix. Nous participons aux groupes de travail et sommes auditionnés en permanence pour faire évoluer le métier », explique-t-il. « Pour l’intérêt des usagers et du système de santé, il faut porterla voie des infirmiers et des infirmières ; afficherdes positions fortes ; donner de la visibilité à notre profession ; montrer que l’on existe ; faire évoluer les textes », insiste-t-il, donnant l’exemple de la création du statut d’Infirmier de pratique avancée, encouragée par l’Ordre depuis de nombreuses années mais aussi de la plateforme téléphonique de l’ONI, créée pour venir en aide psychologique aux soignants en souffrance.


Syndicalisme et ONI : une complémentarité

Le parcours de Patrick Chamboredon est celui d’un militant. Très impliqué au niveau syndical depuis ses débuts, il a longtemps figuré sur les listes de la CNI (Coordination nationale infirmière). Puis, il s’est engagé dans un parcours ordinal.

« Dès les premières élections en région, je trouvais cela super intéressant. Je me suis petit à petit formé sur le terrain, j’ai assisté à de nombreux colloques, et lorsque j’ai, dans un premier temps, été élu président du Conseil régional de l’Ordre PACA, j’ai noué des partenariats avec des Ordres très divers. Nos professions doivent s’ouvrir sur le monde », insiste celui qui représente les infirmiers et infirmières françaises.

La différence entre Ordre et syndicalisme, il l’explique clairement : « Le levier syndical est très important pour les conditions de travail, pour l’exercice au quotidien à l’hôpital ou en libéral. Celui de l’Ordre porte sur le devenir et les perspectives de la profession. C’est différent, mais complémentaire ».

Un parcours singulier

Contrairement à ses prédécesseurs, Patrick Chamboredon n’a ni parcours politique, ni parcours associatif. « Je n’ai pas fait de grande école, ni été attaché parlementaire. J’ai tout appris sur le tas », explique-t-il.

Infirmier depuis vingt ans en hémodialyse, Patrick Chamboredon a d’ailleurs un cheminement professionnel assez singulier. Arrivé à l’AP-HM il y a vingt-cinq ans sans le baccalauréat, il a d’abord été brancardier de gaz médicaux en pharmacie. Rapidement, il a compris que sa place était au plus près des patients et a entamé une formation dans le cadre d’une promotion professionnelle en IFSI.

« Je me rendais dans les chambres, je parlais aux familles. Cela me plaisait, raconte-t-il. J’ai donc décidé de passer une VAE puis le concours d’entrée. Une fois diplômé, j’ai opté pour un poste en hémodialyse que l’on me proposait. J’y ai trouvé mon compte : j’appréciais particulièrement le suivi des pathologies chroniques et la technique évolue sans cesse dans ce type de service ».

Pour pouvoir assurer sa mission actuelle de président de l’Ordre, il a dû demander une disponibilité après avoir posé tous ses congés et ses heures de récupération - ce qui lui a permis de tenir trois mois - auprès de son employeur, l’AP-HM.

Ce qui pose la question de la rémunération. « L’Ordre ne rémunère pas son président, mais heureusement mes frais sont remboursés, explique-t-il. Donc, oui, je suis à perte, et cela ne pourra pas durer éternellement. Il faudrait trouver un modèle économique pour que les Ordres puissent fonctionner sans faire appel uniquement à des retraités ou à des libéraux qui peuvent poursuivre en partie leur activité. Cela permettra d’ouvrir ces postes à tous les infirmiers, quels que soient leur mode d’exercice ». Cette question, qui n’est pas à l’ordre du jour à l’ONI, fera certainement l’objet d’un chantier ultérieur.

En attendant, Patrick Chamboredon persévère. Il compte bien contribuer à véhiculer une image positive de l’ONI. Face aux détracteurs, il oppose la confiance. « Les missions de l’Ordre paraissent parfois floues. Nous avons fait un gros travail pour les rendre plus transparentes et nous allons continuer. Cela demande pédagogie et communication ».

Malika Surbled

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Patrick Chamboredon en cinq dates :

1987 : intègre l’AP-HM en qualité de brancardier de gaz médicaux en pharmacie

1996 : obtient son DE

1997 : s’engage à la CNI, en qualité d'adhérent puis présent aux elections professionnelles suivantes 

2009 : élu Président du Conseil inter Régional de l’Ordre en PACA Corse

2017 : élu président de l’ONI.

Cet article est paru dans le numéro 29 d'ActuSoins Magazine (juin 2018)

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