L’Ordre infirmier sert-il à quelque chose ?

L’Ordre national des infirmiers a quelque chose de paradoxal. Créé il y a plus de dix ans, il est progressivement devenu un interlocuteur habituel des autorités sanitaires. Mais pour bien des infirmiers et infirmières, il reste mal connu, voire illégitime. Plaidoyer pour une institution qui lutte toujours pour sa propre reconnaissance, avec son président Patrick Chamboredon.

Patrick Chamboredon, président de l'ONI Ordre National des Infirmiers

Patrick Chamboredon, président de l'ONI. © ActuSoins / M.Surbled

ActuSoins. La profession infirmière a longtemps vécu sans Ordre. Etait-ce vraiment un âge obscur ?

Patrick Chamboredon. C’était une époque où la profession n’avait pas les rênes en main. Avoir un Ordre permet aux infirmiers de faire valoir leurs idées, et l’on voit bien qu’ils sont désormais identifiés comme se trouvant au cœur du système. Mais cela nous permet aussi de nous autoréguler. La régulation par l’Ordre s’oppose en effet à la régulation gouvernementale, qui prévaut dans certains pays, où les décisions qui concernent la profession sont prises par des techniciens non-infirmiers au sein des ministères.

Concrètement, quelles sont les missions assurées par l’Ordre ?

Les missions de l’Ordre sont fixées par la loi car ce sont des missions de service public. Elles visent à la fois à la protection des patients et des usagers en garantissant la compétence et l’indépendance professionnelle des infirmiers, et à promouvoir la profession qui est, aujourd’hui encore, connue mais si mal reconnue. Une institution telle qu’un ordre est en position favorable pour mener des discussions avec le gouvernement sur la montée en compétence des infirmiers : vaccination, premier recours, élargissement des actes, etc.

La mission de promotion de la profession n’est-elle pas déjà en partie assurée par les syndicats infirmiers ?

J’observe que le paysage syndical est assez éclaté dans le monde infirmier. Cela étant dit, on ne doit pas opposer l’Ordre et les syndicats, nous sommes complémentaires. Les syndicats ont leur rôle à jouer, notamment sur des missions de valorisation, de reconnaissance financière. Mais l’interlocuteur du ministère, c’est l’Ordre, c’est ce qui est écrit dans la loi. D’ailleurs, sur ce qui relève du développement des compétences, force est de constater que l’évolution de la profession ces dernières années est souvent passée par des propositions portées par l’Ordre.


Quels sont justement les succès que vous mettriez à l’actif de l’Ordre depuis sa création ?

Tout d’abord, et cela a été fait avant mon élection à la présidence, je citerais le code de déontologie : les règles qui s’appliquent à la profession ont été écrites par des infirmiers, et c’est un motif de satisfaction. Je tiens également à souligner que nous avons pu lancer avec le ministère la pratique avancée et que nous poursuivons l’universitarisation de la profession. Nous travaillons également pour l’extension du métier socle, avec notamment de nouvelles compétences en matière de vaccination.

Que répondez-vous à ceux qui estiment que la cotisation ordinale est trop chère ?

Ce n’est pas le président de l’Ordre qui fixe le montant de la cotisation, mais un comité indépendant au sein du Conseil national. Je tiens par ailleurs à rappeler que la cotisation, c’est le prix de l‘indépendance. C’est ce qui nous permet par exemple de dénoncer les insuffisances de la future loi santé. Je rappelle en outre que la cotisation s’élève à 30 euros pour les infirmières salariées, ce qui reste modeste vis-à-vis des services que nous fournissons : en plus des missions dont nous avons parlé, nous avons développé l’entraide ordinale pour venir au secours des infirmiers en difficulté, nous avons monté une convention avec les experts-comptables pour aider les professionnels dans leurs tâches administratives, nous tenons une consultation juridique grâce à laquelle nous fournissons des conseils au quotidien…

Jugez-vous que l’Ordre bénéficie d’une légitimité démocratique suffisante ?

L’Ordre est un organe profondément démocratique. Pour participer, il suffit de se porter candidat. C’est une opportunité de faire valoir ses idées pour le développement de la profession. Je souhaite que nous ayons un maximum d’élus venus de toute la France et de toutes les modalités d’exercice, car il est important que toutes les facettes du métier soient représentées dans les instances. Je souligne au passage que les prochaines élections auront lieu dans un an.

La participation aux élections vous semble-t-elle suffisante ?

Lors des dernières élections, dans certains départements, la participation a atteint les 20 %, ce qui est conforme à ce qu’on observe généralement dans les différentes élections professionnelles comme les élections prudhommales. Et je souligne par ailleurs que lors des élections indirectes, on observe des taux de participation aux alentours de 90 %, ce qui montre qu’une fois qu’ils sont élus, les conseillers sont très impliqués.

 

Propos recueillis par Adrien Renaud

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