« Il faut plus que jamais déployer le leadership des infirmiers »

Le Conseil international des infirmières (CII) est une fédération rassemblant plus de 130 associations nationales et représentant 27 millions d’infirmières dans le monde. Particulièrement actif pendant la crise sanitaire, le CII a notamment publié plusieurs avis et enquêtes sur la situation préoccupante des infirmiers dans le monde. Présentation de cette organisation avec son directeur général, Howard Catton, infirmier de formation.

Howard Catton, infirmier de formation, est le directeur général du CII

Howard Catton, infirmier de formation, est le directeur général du CII. © DR

Comment le CII a-t-il été créé ?

Le CII est une organisation fondée en 1899 par Ethel Gordon Fenwick, une infirmière originaire du Royaume-Uni.

Elle était très impliquée dans les soins infirmiers, dans le leadership, mais à cette époque, une fois mariées, les infirmières ne pouvaient plus exercer leur métier. C’est ce qui s’est produit pour Ethel Gordon Fenwick. Elle a alors trouvé d’autres engagements notamment via des organisations internationales de défense des droits des femmes et a milité pour leur droit de vote.

Les contacts qu’elle a noués lui ont fait prendre conscience de l’importance, pour les infirmières, de disposer d’une organisation internationale notamment pour le partage d’expériences entre les pays. A cette époque, la profession d’infirmière était, dans certains d’entre eux, considérée comme un sous métier.

De nombreuses actions étaient à mener pour obtenir une reconnaissance. C’est notamment l’un des objectifs du CII.

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Quelle est la place du CII dans la sphère internationale ?

En 1948, au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le CII a fait partie des sept premières organisations non gouvernementales à établir des relations officielles avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Cela nous donne, encore aujourd’hui, un statut particulier vis-à-vis de l’OMS où nous sommes amenés à intervenir régulièrement lors des assemblées afin d’aborder les problèmes concernant la santé publique, la vaccination, la santé mentale, la santé des enfants.

Nous intervenons également au sujet des problématiques spécifiques aux infirmières : l’année dernière, nous avons publié avec l’OMS le premier rapport sur la situation du personnel infirmier dans le monde.

Nous travaillons par ailleurs avec la Croix Rouge, Médecins sans frontière ou encore l’Organisation internationale du travail (OIT).

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Le CII rassemble 130 associations nationales. Comment travaillez-vous avec elles ?

Le Conseil du CII est élu par ses membres associatifs. Et tous les deux ans, l’ensemble des représentants des associations viennent au CII pour le Conseil des représentantes d’associations nationales d’infirmières (CRN), au cours duquel nous discutons des priorités et des orientations stratégiques.

En pratique, nous aidons les associations à leur développement, à la définition de leur politique et de leurs actions.

Nous intervenons lors de leur congrès, leur fournissons des supports pour mener des campagnes sur des problématiques données. Nous aidons les infirmières à devenir des leaders au travers de programmes de formation et nous accompagnons également les étudiants en soins infirmiers ainsi que les jeunes infirmières dans l’appréhension de leur métier.

En France, nous travaillons beaucoup avec l’Association nationale française des infirmières et infirmiers diplômés et des étudiants (Anfiide).

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De quelle manière le CII s’est-il impliqué dans la gestion de la crise sanitaire ?

L’OMS avait désigné l’année 2020 comme année internationale des sages-femmes et du personnel infirmier. Nous avions tout une programmation que nous avons dû totalement remanier en raison de la crise sanitaire. Nous sommes donc intervenus de différentes manières.

Tout d’abord, le CII a souhaité mesurer et montrer l’incidence de la pandémie sur les droits infirmiers, soutenir la réponse des infirmières à cette crise et plus largement leur contribution dans le fonctionnement de notre système de santé.

Nous avons très tôt pris conscience de l’impact qu’allait avoir la Covid-19 sur la santé des infirmières. Nous avons d’ailleurs régulièrement relayé les chiffres concernant leur contamination et leur décès.

Face à cette situation, nous avons communiqué au travers des médias et vis-à-vis du grand public et des gouvernements pour que des mesures adaptées soient prises afin de protéger le personnel soignant. D’ailleurs, pas plus tard que mi-janvier, nous avons rendu public notre rapport sur l’impact de la crise sanitaire, sur la santé mentale des soignants.

Aujourd’hui, nous appelons à ce que les infirmières soient prioritaires pour la vaccination. Mais d’après les informations que nous recevons de la part des associations, les délais sont très lents. C’est inquiétant car les infirmières sont à haut risque de contracter le virus.

Il leur faut cette protection d’un point de vue individuel mais aussi pour la bonne organisation des systèmes de santé car si les infirmières sont malades ou en stress post-traumatique, elles vont tout simplement arrêter d’exercer.

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Quelles sont vos priorités pour les prochains mois ?

Il est clair que l’impact du Covid sur les infirmières va continuer à être au cœur de nos actions. Mais nous souhaitons également regarder vers le futur. Nous voulons agir autour des investissements à mener pour la pérennité des systèmes de santé.

Nous pensons également qu’il faut plus que jamais déployer le leadership des infirmiers et entendons agir en ce sens. Nous interrogeons les pays au sein desquels cette place n’est pas attribuée aux infirmières pour leur montrer la contribution qu’elles peuvent apporter dans le fonctionnement du système de santé.

Je pense qu’au regard de leur implication dans la crise sanitaire, leur rôle va être amené à évoluer.

Propos recueillis par Laure Martin

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