Association francophone des infirmiers du diabète : « Les compétences des infirmiers sont sous exploitées »

L’Association Francophone des Infirmiers du Diabète (Afid) est un groupement d’infirmiers et de paramédicaux spécialistes du diabète travaillant dans différents milieux. Le point avec son fondateur, le Dr Jean Chirio. 

Le Dr Jean Chirio est le fondateur de l'AFID. Il souhaite notamment impliquer les infirmiers libéraux dans le suivi des patients diabétiques. © DR

Dans quel contexte l’Afid a-t-elle été fondée ?

J’ai travaillé pendant 25 ans comme médecin généraliste de terrain et parallèlement, comme enseignant à la faculté de Bordeaux.

Un laboratoire pharmaceutique m’a contacté pour faire de la recherche sur la maladie diabétique, et j’ai accepté. Très vite, on m’a confié comme mission le parcours de soins avec pour objectif de travailler sur l’amélioration de la prise en charge des patients diabétiques. J’ai donc pu mener une expertise en diabétologie et une étude sur le parcours du patient et ses errances.

Sans surprise, sur le terrain, j’ai constaté que face au manque de médecins, exerçaient un grand nombre d’infirmiers et que leurs compétences étaient sous utilisées. Pourquoi avoir recours aux médecins pour effectuer du suivi de maladie chronique alors qu’il est censé faire le diagnostic ?


Ce suivi peut tout à fait être réalisé par les infirmiers, qui feront appel au médecin en cas de problème. Je me suis donc intéressé aux infirmiers, sous employés et nombreux, dans l’objectif de leur donner plus de compétences notamment pour décharger les médecins.

C’est dans ce cadre que j’ai créé en 2018 un Diplôme universitaire à l’université de Bordeaux, sur la prise en charge du patient diabétique par l’infirmier. L’Association francophone des infirmiers du diabète (Afid) a été créée dans la foulée, en 2019.

Quel est l’objectif de l’association ?

Dès la première session du DU en 2019 les étudiants ont exprimé le manque de formation continue dans le domaine. L’objectif de l’Afid est donc, dans un premier temps, d’offrir aux adhérents une formation interne, aux professionnels de santé paramédicaux (infirmiers, diététiciens, pédicures-podologues, aides-soignants) et aux sages-femmes, sur le diabète.

Cette formation validante se décline sous la forme de plusieurs modules dispensés en pluriprofessionnalité avec un examen par profession, certifié Afid. Ce qui est stimulant dans ce travail, c’est qu’il y a une vraie demande. Les formateurs sont les enseignants du DU ainsi que les infirmiers titulaires du DU et de l’examen de l’Afid.

Pourquoi une telle formation ?

En raison du manque de médecins, nous pensons qu’il faut permettre aux infirmiers de cranter en matières médicales.

Pour y parvenir, soit nous formons des infirmiers spécialistes en maladies chroniques comme avec la pratique avancée, soit nous les formons sur une seule maladie chronique.

J’ai préféré cette deuxième option, en nous concentrant sur le diabète. De cette manière, les infirmiers seront davantage armés. La finalité est cependant identique : leur permettre d’assurer des consultations de patients diabétiques et leur suivi.

Pour le moment, il y a une inertie médicale négative très forte, un archaïsme de la pensée. Le sujet n’est pas encore abouti mais je pense que d’ici cinq ans, il y aura des consultations infirmières reconnues et prises en charge.

Votre association intervient-elle auprès des patients ?

Effectivement, nous effectuons de l’information et de la formation auprès de la population et des patients diabétiques, afin de faire de la prévention et de les informer des risques liés à la maladie.

Nous savons très bien qu’un patient n’est jamais aussi bien soigné que lorsqu’il connait sa maladie. D’où cette mission que nous nous donnons pour tendre vers une meilleure observance. Nous avons d’ailleurs un rendez-vous mensuel sur les réseaux sociaux au cours duquel nous répondons aux questions des patients diabétiques. Nous constatons souvent leur errance psychologique sur leur maladie, qui leur a souvent été mal expliquée. C’est la mission que nous nous donnons : expliquer, rassurer et assurer le suivi.

Par ailleurs, dans le cadre de la prévention primaire, pour améliorer le parcours de soin, nous organisons une opération de dépistage du diabète le 14 septembre. Il s’agit d’une opération conjointe entre les infirmiers de l’association et les pharmacies d’officine. Une vingtaine d’entre elles, en Occitanie et Aquitaine se sont proposées d’être partenaires. Notre objectif serait de tester 500 personnes pour entrer réellement dans de la prévention primaire.

La crise sanitaire a-t-elle eu selon vous un impact pour la profession ?

Je pense que la covid-19 nous a servi pour faire évoluer les pensées. Il faut que nous apprenions à utiliser le mot « soignant » au sens large et non plus à faire référence aux titres de « médecin » ou « infirmier ».

Nous sommes tous là pour soigner. Et la crise a amorcé cette évolution. Il faut croire en l’infirmier. D’ailleurs le patient a avant tout confiance en lui car il est encore le seul à avoir un contact direct avec lui, à avoir accès à son intimité.

Ce lien doit être renforcé. La covid-19 a révélé l’importance du métier et de son positionnement en première ligne dans la prise en charge des patients.

Propos recueillis par Laure Martin

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ANPDE : « Les enfants ont des besoins spécifiques qui requièrent une formation dédiée » (mars 2020)

ANFIPA : « Aujourd’hui, nous nous mettons en ordre de marche » (février 2020)

Association de recherche en soins infirmiers : « Notre objectif est de sensibiliser les infirmiers à développer la recherche » (janvier 2020)

Infirmiers de santé au travail : « Notre montée en compétence requiert une formation dédiée »(décembre 2019)

Brigitte Lecointre, présidente de l’ANFIIDE : « Nous devons créer un leadership infirmier » (novembre 2019)

Instituts de formation paramédicaux : "Nous voulons faire évoluer le rôle de directeur". Entretien avec Florence Girard, présidente de l’Association nationale des directeurs d’école paramédicale (ANdEP). (Sept 2019)

CEFIEC : "Notre finalité est de promouvoir la formation en sciences infirmières" (Octobre 2019)

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Réactions

2 réponses pour “Association francophone des infirmiers du diabète : « Les compétences des infirmiers sont sous exploitées »”

  1. Andalla MBAYE dit :

    Je m’appelle Andalla Mbaye je suis infirmier de réa a l’hopital principal de DAKAR au SÉNÉGAL. Je veux être membre de cette association.Comment faire ?

    Répondre moderated
  2. Bonjour,

    Vous auriez pu appeler cette association Association Francophone des Soins du Diabète, pour ne pas limité ceux-ci autour du seul paradigme des soins infirmiers.
    Beaucoup d’autres professions de santé, du sport, des sciences humaines sont nécessaires à la qualité des soins dans cette pathologie mondiale des pays riches.
    La discipline de santé s’exerce par différentes disciplines mêmes.
    Je faisais cette allusion au président créateur de cette jolie association qui est docteur en médecine, et qui souhaite mêler l’art médical [àl’art infirmier.
    Très respectueusement à toutes et tous.

    Répondre moderated

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