Solutés de remplissage : Quels choix pour quelles indications ?

Solutés de remplissage : Quels choix pour quelles indications ?

Prescription médicale imprécise, prise en charge d’une urgence vitale en attente du médecin… L’infirmière ne sait pas toujours quel soluté de remplissage utiliser et quelles seront les conséquences éventuelles. Quelques points de repère : découvrez quels solutés de remplissage utiliser en pratique : cristalloïdes, colloïdes, albumine. Indications, avantages, risques et recommandations actuelles en anesthésie et réanimation.

Solutés de remplissage : Quels choix pour quelles indications ?Quel soluté utiliser pour un remplissage vasculaire ?

Le choix d’un soluté de remplissage vasculaire dépend du contexte clinique :

  • Hypovolémie modérée : cristalloïdes isotoniques (Ringer lactate, NaCl 0,9 %)

  • Choc septique : cristalloïdes équilibrés en première intention

  • Choc hémorragique : cristalloïdes + transfusion sanguine

  • Cirrhose avec ascite : albumine

Aujourd’hui, les cristalloïdes sont recommandés en première intention dans la majorité des situations de réanimation.

Pourquoi réaliser un remplissage vasculaire ?

Le remplissage vasculaire consiste à administrer un soluté intraveineux afin de restaurer ou maintenir une volémie efficace. Cette intervention est essentielle pour préserver une perfusion tissulaire adéquate et un transport optimal de l’oxygène vers les organes.

Une hypovolémie, qu’elle soit :

  • absolue (hémorragie),

  • relative (vasodilatation lors d’un choc septique ou anaphylactique),

peut entraîner une diminution du débit cardiaque, de la pression artérielle et de l’oxygénation des tissus. Si elle n’est pas corrigée rapidement, cette situation peut évoluer vers une défaillance multiviscérale.

Le remplissage vasculaire vise donc à :

  • restaurer la volémie circulante

  • maintenir une pression de perfusion adéquate

  • améliorer la perfusion des organes vitaux

Les deux grandes familles de solutés de remplissage

Il existe deux catégories principales utilisées en pratique clinique :

  • les cristalloïdes

  • les colloïdes

Le choix dépend du contexte clinique, du pouvoir d’expansion volémique recherché et du profil de tolérance du soluté.

Les cristalloïdes : solutés de première intention

Les cristalloïdes isotoniques sont aujourd’hui les solutions les plus utilisées pour le remplissage vasculaire.

Principaux cristalloïdes

  • sérum physiologique (NaCl 0,9 %)

  • Ringer lactate

  • solutions équilibrées (Plasma-Lyte®, Ringer acétate)

Caractéristiques

Les cristalloïdes diffusent rapidement dans l’organisme :

  • seulement 20 à 25 % du volume perfusé reste dans le compartiment vasculaire

  • le reste diffuse vers le compartiment interstitiel.

Pour compenser une perte sanguine, il faut donc généralement administrer 3 à 4 fois le volume perdu.

Avantages

  • coût faible

  • bonne disponibilité

  • faible risque d’effets indésirables.

Risques en cas de perfusion excessive

  • surcharge hydrosodée

  • œdème pulmonaire

  • œdèmes périphériques.

Cas particulier : les solutés glucosés

Le glucose 5 % (G5) est inadapté au remplissage vasculaire.

Il est principalement utilisé pour :

  • corriger une hypoglycémie

  • apporter un support énergétique.

Les colloïdes : une expansion volémique plus importante

Les colloïdes contiennent des macromolécules qui restent davantage dans le compartiment vasculaire, ce qui augmente leur efficacité volumique.

Ils se divisent en deux catégories.

Les colloïdes naturels : l’albumine

L’albumine humaine est obtenue à partir du plasma.

Caractéristiques

  • concentration : 4–5 % ou 20 %

  • durée d’action : 6 à 8 heures

Indications principales

  • cirrhose avec ascite

  • syndrome hépatorénal

  • grands brûlés

  • choc septique nécessitant de grands volumes de remplissage.

Limites

  • coût élevé

  • disponibilité limitée.

Les colloïdes de synthèse

Les gélatines

Exemples :

  • Gélofusine®

  • Plasmion®

Durée d’action : environ 2 à 4 heures.

Effets indésirables possibles :

Les hydroxyéthylamidons (HEA)

Exemples :

  • Voluven®

  • Tetraspan®

Les HEA ont un fort pouvoir d’expansion volémique, mais leur utilisation est aujourd’hui très limitée.

Plusieurs études ont montré :

  • un risque accru d’insuffisance rénale

  • une augmentation du recours à la dialyse

  • un possible excès de mortalité chez les patients critiques.

Ils sont désormais contre-indiqués chez les patients septiques ou en réanimation dans de nombreux pays européens.

Quel soluté choisir selon la situation clinique ?

Hypovolémie modérée

→ cristalloïdes isotoniques.

Choc septique

→ cristalloïdes équilibrés
→ albumine possible si volumes importants.

Choc hémorragique

→ cristalloïdes + transfusion sanguine précoce.

Cirrhose avec ascite

→ albumine recommandée.

Comment accélérer une perfusion de remplissage ?

Plusieurs facteurs influencent le débit de perfusion.

Diamètre du cathéter

Plus le cathéter est large, plus le débit est élevé.

En situation d’urgence :

  • cathéter 14G ou 16G recommandé.

Longueur du cathéter

Un cathéter court permet un débit plus rapide.

Pression de perfusion

Le débit peut être augmenté grâce à :

  • une poche à pression

  • une pompe de perfusion rapide

  • un réchauffeur de soluté.

Alors, lequel choisir ?

Le choix entre un cristalloïde et un colloïde dépend principalement du contexte clinique (choc hémorragique, anaphylactique ou septique, déshydratation sévère…), du pouvoir d’expansion volémique recherché et de la durée d’action du soluté.

Les cristalloïdes isotoniques sont utilisés en première intention en cas d’hémorragie modérée.

En cas d’hémorragie absolue, les colloïdes sont les solutés de choix dans l’attente de l’arrivée de culots globulaires ou du contrôle des lésions responsables de cette hémorragie, avec une préférence pour les HEA  (minoration de réaction anaphylactique).

Un peu de physique maintenant ….

Vous ne le savez peut-être pas, mais tous les jours, vous utilisez la loi de Poiseuille …

Q= (P1-P2) ? r4

           8ƒL

Où : (P1-P2) = gradient de pression

R = rayon de la lumière du cathéter

L = Longueur du cathéter

ƒ = Viscosité du soluté administré

 En clair …En pratique …

Gradient de Pression P1-P2

P1-P2 est le gradient de pression entre le soluté et la pression veineuse du patientÉlever ++ la poche de soluté par rapport au patient

Utiliser une poche à pression

Diamètre et longueur du cathéter

Un KT de 2 mm de diamètre aura un débit 16 fois plus important qu’un KT de 1 mm de diamètre

Un KT COURT de 16G permet un débit 2 fois plus important qu’un KT 16G LONG

Utiliser un KT de gros calibre

Pour un même diamètre, utiliser la longueur la plus courte

Limiter l’utilisation de prolongateurs multiples, robinets…

Viscosité du soluté

Plus un soluté est visqueux, plus la résistance à l’écoulement est grande et  plus il s’écoule difficilement !Réchauffer si possible les solutés pour diminuer leur viscosité et donc augmenter le débit !

Bibliographie :

Laurence Piquard – Infirmière anesthésiste, formatrice

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Résumé

L’article traite de l’importance du remplissage vasculaire en médecine d’urgence, soulignant qu’il est crucial pour maintenir une volémie adéquate et assurer l’oxygénation tissulaire. Deux principales familles de solutés sont discutées : les cristalloïdes et les macromolécules (colloïdes). Les cristalloïdes, tels que le sérum physiologique, sont principalement utilisés pour traiter une hypovolémie modérée, mais présentent des limites en termes d’efficacité et de risques. En revanche, les colloïdes, tels que l’albumine et les hydroxyéthylamidons, offrent un meilleur pouvoir d’expansion vasculaire et sont indiqués dans des situations plus critiques, comme le choc hémorragique.

Le choix entre cristalloïdes et colloïdes dépend du contexte clinique, de la nécessité d’un remplissage rapide et de la durée d’action requise. Des conseils pratiques sont fournis pour optimiser le débit de perfusion, notamment l’importance de la pression, du diamètre du cathéter et de la viscosité du soluté. L’article met également en avant la nécessité d’une administration prudente et surveillée des solutés pour éviter des complications.

Ils présentent un meilleur profil de sécurité, un coût faible et un risque moindre d’effets indésirables comparé à certains colloïdes.

Le sérum physiologique contient uniquement du chlorure de sodium, alors que le Ringer lactate est une solution équilibrée contenant plusieurs électrolytes (Na, K, Ca, lactate).

Dans certaines situations comme le sepsis, les recommandations suggèrent environ 30 ml/kg de cristalloïdes, à adapter selon la réponse clinique.

Un remplissage excessif peut entraîner :

  • œdème pulmonaire

  • surcharge hydrosodée

  • aggravation de certaines défaillances d’organes.

Les cristalloïdes isotoniques, notamment les solutions équilibrées comme le Ringer lactate ou le Plasma-Lyte, sont recommandés dans la majorité des situations de remplissage vasculaire.

Les études cliniques ont montré un risque accru d’insuffisance rénale et de mortalité chez certains patients critiques. Leur utilisation est donc aujourd’hui strictement encadrée ou déconseillée.

Oui, mais certaines recommandations privilégient les solutions cristalloïdes équilibrées, car l’administration massive de sérum physiologique peut entraîner une acidose hyperchlorémique.

Les colloïdes ont un pouvoir d’expansion plus important, mais les études n’ont pas démontré de bénéfice clair sur la mortalité, ce qui explique la préférence actuelle pour les cristalloïdes.

Non. Le glucose 5 % diffuse rapidement dans les cellules et n’augmente pas efficacement le volume intravasculaire.

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