Avec la FNIR, les infirmiers de réanimation se fédèrent

La crise sanitaire traversée par la France a conduit des infirmiers de réanimation à fonder la Fédération nationale des infirmiers de réanimation (FNIR). Objectif principal : la reconnaissance de leur spécificité et la mise en place d’une formation dédiée. Le point avec Sabine Valera, infirmière en réa à l’Assistance Publique-hôpitaux de Marseille (AP-HM), présidente de la FNIR.

Avec la FNIR, les infirmiers de réanimation se fédèrent

© Kiryl Lis / Shutterstock

Comment est née l’idée de créer la FNIR ?

De nombreux infirmiers en réanimation sont membres de sociétés savantes.

Pendant la crise sanitaire, nous avons souvent échangé sur une difficulté à laquelle nous avons été confrontés : le manque de formation du personnel infirmier venu en renfort dans les services.

Les IDE ont bénéficié d’une formation rapide, et ont été mis en difficulté dans la prise en charge des patients, tout comme les infirmières de réanimation, en difficulté face à des collègues pas assez formés.


Cette situation a été pour nous un élément déclencheur : nous voulons faire en sorte que notre spécificité soit reconnue comme un métier à part entière, et faire prendre conscience que n’importe quel infirmier de n’importe quel service ne peut pas venir exercer, après deux jours de formation, en réanimation, service où le niveau de charge en soins et la technicité sont très élevés.

Il ne faut pas oublier que les points forts de notre prise en charge sont les urgences. Nous avons des machines de suppléances pour la plupart des organes, qui requièrent une importante formation à l’usage.

Nous sommes dans l’urgence vitale et nous développons une surveillance adaptée. Les formations courtes d’adaptation à l’emploi ne correspondent pas à notre exercice.

Pour le moment, de quel type de formation bénéficient les infirmiers en réanimation ?

L’exercice en réanimation n’est pas une spécialité, donc les infirmières qui débutent disposent au minimum de leur formation initiale.

Cependant, en 2011, la Société de réanimation de langue française (SRLF) et la Société française d’anesthésie et de réanimation (SFAR) ont élaboré un référentiel sur les compétences infirmières en réanimation afin de poser un cadre.

Il prévoit une formation d’adaptation à l’emploi de six à huit semaines. Mais comme ce référentiel n’est pas opposable, tout dépend de la volonté des établissements.

A l’AP-HM par exemple, dans les services de réanimation, nous avons tous bénéficié au minimum de quatre à six semaines de formation. Mais ensuite, sur le terrain, nous nous rendons compte qu’il faut environ un an pour être plus ou moins autonome, et deux ans pour être à l’aise.

A l’échelle nationale, dans les services de réanimation, le turn over est de deux ans en moyenne. C’est très court. De fait, dans les services, il y a peu d’infirmières ″expertes″ et  celles qui se retrouvent à former leurs pairs n’ont que deux à trois ans d’ancienneté.

Dans mon service par exemple, certains infirmiers d’un an d’ancienneté ont dû former les IDE en renfort pendant la crise du Covid, alors qu’ils étaient déjà eux-mêmes fébriles à l’idée de devoir gérer ce type de patients… 

Quel est l’objectif de la FNIR ?

Nous souhaitons proposer et faire développer une formation diplômante pour les IDE de réanimation.

Nous avons plusieurs pistes. Dans l’idéal, nous pensons qu’il faudrait une refonte globale de la formation initiale des infirmières, avec par exemple un tronc commun de deux ans, et une troisième année sur option.

Mais nous ne disposons pas de la légitimité pour mener une telle réflexion. Pour autant, nous voulons démontrer qu’il faudrait, dans les services de réanimation, 50 % d’infirmiers formés à la réanimation. Car le turn over est certainement dû au fait que les IDE, qui manquent de formation, craignent d’être dépassées.

Il ne faut pas oublier que nous faisons beaucoup d’accompagnement à la fin de vie. Dans mon service par exemple, nous avons 30 % de mortalité, et certaines semaines, des jeunes recrues sont amenées à effectuer des toilettes mortuaires alors qu’elles s’attendaient à sauver des vies. 

Nous souhaitons donc la reconnaissance, par les pouvoirs publics, d’une formation certifiante. Nous l’imaginons en formation continue comme en Suisse et en Belgique, ce qui offre l’avantage de devoir être revalidée mais aussi de pouvoir poursuivre le métier d’IDE « générale » si souhaité.

Nous savons que la demande en formation est réelle car dans le cadre de la SRLF, nous proposons une Formation des infirmiers en réanimation (FIER) gratuite, en e-learning. En deux ans, 1500 IDE de réanimation l’ont suivie…

Nous souhaitons que les IDE en réanimation soient, en qualité, au maximum de leur possibilité. Au-delà de la formation, la FNIR souhaite se positionner comme interface de coordination, structure de réflexion éthique et de recherche dans le secteur paramédical.

Propos recueillis par Laure Martin

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Dans notre série de présentations des différentes organisations infirmières, lire aussi

Association française des infirmier(e)s de thérapie cellulaire hématologie, oncologie et radiothérapie : « Notre objectif est d’alimenter la réflexion » (juillet 2020)

Association francophone des infirmiers du diabète : « Les compétences des infirmiers sont sous exploitées » (juin 2020)

ANPDE : « Les enfants ont des besoins spécifiques qui requièrent une formation dédiée » (mars 2020)

ANFIPA : « Aujourd’hui, nous nous mettons en ordre de marche » (février 2020)

Association de recherche en soins infirmiers : « Notre objectif est de sensibiliser les infirmiers à développer la recherche » (janvier 2020)

Infirmiers de santé au travail : « Notre montée en compétence requiert une formation dédiée »(décembre 2019)

Brigitte Lecointre, présidente de l’ANFIIDE : « Nous devons créer un leadership infirmier » (novembre 2019)

Instituts de formation paramédicaux : "Nous voulons faire évoluer le rôle de directeur". Entretien avec Florence Girard, présidente de l’Association nationale des directeurs d’école paramédicale (ANdEP). (Sept 2019)

CEFIEC : "Notre finalité est de promouvoir la formation en sciences infirmières" (Octobre 2019)

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Réactions

2 réponses pour “Avec la FNIR, les infirmiers de réanimation se fédèrent”

  1. Esmeron dit :

    Le morcellement façon Claude Bernard n’a pas que du bon. Attention à la dévalorisation des autres services et spécialités. A force de tirer la couverture à soi, on découvre les autres. Cela crée des tensions et des rancœurs. Alors oui pour une reconnaissance du travail en réanimation, mais non pour le DE. La durée de vie selon l’article est de moins de deux ans…. quelle CH financera des agents pour deux d’exercice dans un service? combien de mois de formation, quel salaire? La durée d’exercice d’une IDE de soins généraux est de 07 ans, combien d’infirmier de réanimation tiendrons le coup jusqu’à 65 ans. l’état ne reconnait ni les IADE, IBODE, et IPDE qui sont de vrais spécialités juridiquement parlant. pensez-vous qu’elle fera différemment avec ces néo-professions? L’IADE a des compétences au bloc, à la maternité, aux urgences, au SAMU, en réa, dans la prise en charge de la douleur en phase aiguë. Ces mêmes IADE viennent pour la majorité de ces services, et sont exclus de ceux-ci dès leurs DEIA en poche…. commençons par respecter les IDE de soins généraux et les IDE spé avant de vouloir créer d’autres choses. Servons nous de ce qui existent déjà.

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  2. Castelas dit :

    Ce spécialisé, OK, qu’elle est la durée d’un e ide en réa avec des horaires de 12 h avec alternance jour-nuit. Avoir, une vraie formation, mais en faire sa carrière… C’est autre chose, ne pas oublier la médecine générale et là gériatrie qui sont devaluèes à tord.

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