Crise sanitaire : les étudiants en sciences infirmières inquiets pour leur formation

Le ministère de la Santé a publié le 30 décembre un arrêté relatif à l'adaptation des modalités d'admission, aux aménagements de formation et à la procédure de délivrance de diplômes ou titres de certaines formations en santé dans le cadre de la crise sanitaire. Un texte qui inquiète les étudiants en soins infirmiers et ceux des spécialités infirmières.

Crise sanitaire : les étudiants en sciences infirmières inquiets pour leur formation

© ShutterStock

La grande latitude laissée aux directeurs des Agences régionales de santé (ARS) pour décider de leur avenir inquiète les étudiants en soins infirmiers (ESI) et les infirmiers qui étudient pour se spécialiser. 

« La possibilité d’interrompre nos études relève du libre choix des directeurs d’ARS alors que dans certaines régions, comme en Pays de la Loire ou en Provence-Alpes-Côte d’Azur, la situation a déjà été très mal gérée », dénonce Bleuenn Laot, présidente de la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (Fnesi).

Concernant les ESI, l’arrêté prévoit une possibilité d’une suspension de la formation de deux semaines, renouvelable une fois. « C’est dangereux, car aucun critère ne cadre cette suspension, regrette-t-elle. Il aurait été appréciable que l’arrêté précise les situations pour lesquelles la formation peut être interrompue. »

De même que l’article 23 de l’arrêté prévoit que les ESI ayant validé la première année de formation peuvent être employés à temps partiel ou complet pour des activités d’aide-soignant, « mais il n’y a aucun cadrage dans le temps », ajoute-t-elle, dénonçant la situation en région Grand Est où des ESI assurent actuellement un travail d’aide-soignant sur leur temps de stage, sans être pour autant rémunérés pour ce travail.

Pour aller plus loin : formation DPC continue pour infirmiers et infirmières

Un flou ambiant

Pour la Fnesi, le texte manque également de précisions puisque consécutivement à l’interruption de deux semaines de formation, il n’est pas spécifié si ces deux semaines sont décalées ou tout simplement annulées.

Côté spécialités infirmières, l’article 20 de l’arrêté prévoit que les formations peuvent être suspendues jusqu’à trois mois maximum, avec report de la diplomation si les compétences des étudiants ne sont pas validées. Mais l’arrêté n’indique pas la période sur laquelle ces trois mois s’appliquent : est-ce sur l’année en cours ou sur la totalité de la formation ?

« Dans certains territoires, notamment dans le Grand Est, les étudiants Iade sont proches des trois mois d’arrêt de formation », pointe du doigt Yanis Bougonna, président de l’Association nationale des étudiants infirmier(e)s anesthésistes (ANEIA).

De même, « il n’est pas mentionné ce qui se passe si la formation est suspendue au-delà de trois mois, soulève Christophe Paysant, président du Syndicat national des infirmiers anesthésistes (Snia). Nous craignons que cela donne lieu à une année blanche. »

Une crainte partagée par l’Association libre des étudiants infirmiers de bloc opératoire (Aleibo), d’autant plus que dans le Grand Est, les étudiants infirmiers de bloc opératoire (EIBO) sont eux aussi à bientôt trois mois d’interruption de formation.

Main d’œuvre gratuite

« Nous avons vraiment l’impression d’être de la main d’œuvre gratuite et d’être des pions », poursuit Yanis Bougonna, qui dénonce l’absence de consultation des étudiants sur les mesures prises.

L’arrêté prévoit aussi que les typologies de stage peuvent être adaptées, « de même que nous pouvons valider en stage en ayant été réquisitionnés, s’étonne-t-il. Nous avons le sentiment que toute notre formation peut être défaite afin que nous puissions venir en renfort dans les réa covid sans que cela ne soit toujours justifié. »

La suspension de la formation n’est en effet pas toujours bien comprise de la part des étudiants. « Nous avons demandé aux EIBO de remplir un questionnaire pour en savoir plus sur leur situation et nous avons constaté qu’ils sont nombreux à avoir été remis à disposition dans les blocs, comme faisant-fonction Ibode, pour permettre aux infirmiers de prendre des vacances, rapporte Thomas Vandenbossche, vice-président de l’Aleibo. Finalement, ils auraient pu continuer leur formation…»

Gestion court-termiste

La situation ne va pas être sans conséquence pour les ressources humaines des établissements hospitaliers, déjà en manque d’infirmiers.

« Les solutions proposées sont court-termistes, regrette Christophe Paysant. Si les effectifs des étudiants infirmiers anesthésistes (EIA) sont encore mobilisés, les étudiants n’auront pas les apports nécessaires pour poursuivre leur formation, être diplômés et intégrer des services. Alors certes, les EIA sont des professionnels déjà aguerris, donc facilement intégrables dans leur service d’origine, généralement des réa, afin de faire tourner les effectifs. Mais sur le long terme, cela va générer un manque de personnels.  Les tutelles auront géré une crise aigüe mais engendré une crise chronique avec pour conséquence un retard de prise en charge et une perte de chance pour les patients. »

Quoiqu’il arrive, au regard de l’impact de la crise sur la formation, « nous pensons qu’il va falloir instaurer un accompagnement renforcé des nouveaux diplômés une fois sur le terrain afin de les rassurer et d’éviter tout problème dans les prises en charge », prévient Christophe Paysant.

Laure Martin

Je m'abonne à la newsletter

Lire aussi sur ActuSoins.com : 

Formation en distanciel des étudiants en soins infirmiers et des infirmiers qui se spécialisent : le grand désordre

Etudiants infirmiers anesthésistes : variable d’ajustement de la crise sanitaire ?

Les étudiants en soins infirmiers, à bout, n’ont pas été entendus par le ministère de la Santé

Formation Gratuite - Installation et Gestion du Cabinet Libéral IDEL

Cette formation permet de connaître les statuts, les aspects législatifs et réglementaires, le conventionnement, le local professionnel, les cotisations d’assurance, la couverture sociale, la gestion des déchets de soins.

Vidéos • Quiz • Ressources à télécharger

S'inscrire gratuitement

Prochaines sessions : 15 octobre 2021 & 1er novembre 2021

Abonnez-vous à la newsletter des soignants :

Faire un don

Vous avez aimé cet article ? Faites un don pour nous aider à vous fournir du contenu de qualité !

faire un don

Réagir à cet article

retour haut de page
293 rq / 1,640 sec