Etudiants infirmiers anesthésistes : variable d’ajustement de la crise sanitaire ?

Comme de nombreux étudiants en santé, les étudiants infirmiers anesthésistes ont été appelés en renfort dans les services de réanimation pendant la crise sanitaire. Une mobilisation qui a mis à mal leur formation.

Depuis le lundi 15 mai, la situation s’est débloquée pour les étudiants infirmiers anesthésistes d’Ile-de-France, avec une reprise de leur formation.

Mais pour autant, des problématiques se posent toujours. « Nous étions dans les services de réanimation depuis le 16 mars donc notre formation, pour les trois écoles d’Ile-de-France, a été à l’arrêt jusqu’à mi-mai », rapporte Julien, l’un des représentants d’une promotion d’étudiants Iade d’Ile-de-France.

Une fois le déconfinement acté, les écoles ont mis en place un projet de reprise des cours à partir du 18 mai. « Mais cela n’a pas pu avoir lieu, regrette l’étudiant. L’Agence régionale de santé (ARS), qui a effectué un recensement auprès des hôpitaux concernant leurs besoins, a décidé de nous maintenir en renfort jusqu’au 30 juin. » Et d’ajouter : « Attention, il ne faut pas se méprendre, nous ne remettons pas du tout en cause notre mobilisation au sein des services pendant la crise sanitaire. Ce que nous regrettons, c’est d’y avoir été maintenus alors que selon nos constats de terrain, il n’y avait plus de besoins. Nous estimons avoir été la variable d’ajustement pour venir combler le sous-effectif chronique et les problématiques de ressources humaines de l’AP-HP. »

Mobilisation pour la reprise des cours

En apprenant la nouvelle, les étudiants ont tout mis en œuvre pour pouvoir reprendre les cours. « Nous avons été rapidement contactés par les étudiants Iade d’Ile-de-France, car nous représentons toute la filière », rapporte Christophe Paysant, président du Syndicat national des étudiants anesthésistes (Snia), qui partage l’avis selon lequel ils ont servi de variable d’ajustement.


Et d’ajouter : « Les services de réanimation parisiens n’auraient pas pu tenir sans les étudiants Iade car ils sont en manque d’effectifs depuis des années. La crise a été gérée grâce au recours à des étudiants formés. » Finalement, à force de démarche, de pression au sein des établissements hospitaliers, auprès des directions des soins, de l’aide du Snia, l’ARS a acté la reprise des cours au 15 juin. « Nous avons quand même perdu quatre semaines », pointe du doigt Julien.

« Les étudiants ont été placés en porte-à-faux par rapport à leur formation, poursuit Christophe Paysant. La formation en M2 est très dense et ne permet pas d’avoir des temps aussi importants d’absence que ce soit sur la théorie ou sur la pratique de l’anesthésie au bloc. Pour eux, ces deux mois passés en service de réanimation sont autant d’expérience en tant que Iade en moins.  Cela a surement été formateur mais par rapport à leur pratique professionnelle future, c’est délétère et source de stress. »

Pour un compagnonnage renforcé

En fonction des hôpitaux, les étudiants ont quand même pu, dans certains cas, s’exercer à leur future spécialité. « Certains cadres anesthésistes ont cherché à nous placer dans les blocs opératoires, fait savoir Julien. Mais cela n’a pas été le cas partout. Nous dépendions du bon vouloir local. »

Les étudiants ont validé leur stage par leur présence dans les unités covid « en sachant néanmoins que nous n’étions pas encadré par des infirmiers anesthésistes », rapporte-t-il.

Ils manifestent aujourd’hui de nombreuses inquiétudes par rapport à leur diplôme. « La casse est limitée mais de nombreux cours nous ont été transmis en distantiel sans que nous ayons eu le temps de les assimiler puisque nous étions sur le terrain, regrette Julien. De même que nous ne sommes pas en contact direct avec les enseignants pour poser toutes nos questions. Nous nous demandons vraiment si nous allons être à la hauteur et nous craignons d’être étiquetés ″promotion covid″. »

L’une des solutions : instaurer un compagnonnage un peu plus long lors des prises de postes dans les services dès septembre. « Il y a toujours une période d’intégration lors de notre arrivée sur le terrain, explique Julien. Nous sommes doublés pendant un certain temps. La durée varie selon les établissements mais généralement, c’est plus ou moins un mois. Bénéficier de 15 jours de plus serait l’idéal mais notre crainte, c’est qu’avec la reprise de l’activité des hôpitaux à la rentrée, les directions ne veuillent pas augmenter cette durée de compagnonnage pour nous rendre effectifs le plus rapidement possible. »

Laure Martin

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