Exercice libéral : que font ces entreprises qui proposent des offres de services aux infirmiers ?

L’installation en libéral peut parfois relever du parcours du combattant. Pour aider les futurs libéraux, certaines entreprises leur proposent une offre de services clef en main, ce qui n’est pas forcément du goût de tous.

Exercice libéral : que font ces entreprises qui proposent des offres de services aux infirmiers ?

© ShutterStock

Elles sont de plus en plus nombreuses sur le marché. Mais les trois avec lesquelles nous avons échangé, localisées principalement à Paris et en Ile-de-France – en raison du marché –  affichent des arguments similaires pour justifier leur existence.

En premier lieu : le coût moyen de l’installation en libéral, « d’environ 34 000 euros, selon Elodie Delneuf, co-fondatrice, avec une ancienne infirmière, de Mon cabinet infirmier. Quant aux charges structurelles, elles sont en moyenne de 1000 euros par mois. »

L’entreprise s’est donc créée avec pour objectif de répondre à deux problématiques : réduire le risque financier des infirmiers à l’installation et leur permettre de rejoindre une communauté de confiance car « ils affichent aujourd’hui un besoin d’échanger avec des confrères, ajoute Elodie Delneuf. Ils révèlent un sentiment d’isolement fort mais aussi une difficulté à monter en compétences, à se former ou encore à accompagner des patients difficiles. »


De son côté, Kevin Malacarne, infirmier de formation, a fondé Action soins infirmiers (ASI) en 2011, également dans le but de « faciliter l’exercice libéral » et « lever les barrières ».

«  Les infirmiers ne sont pas formés à l’exercice libéral, j’ai donc voulu créer une structure qui les accompagne afin de rendre plus lisible l’offre de soins sur Paris et créer un réseau pour améliorer le fonctionnement du système », explique-t-il.

SOS Infirmière, la plus ancienne des trois, se présente comme une structure offrant une prestation de services aux infirmiers libéraux. Fondée en 2000, sous le nom d’Infirmières Secours, elle avait à l’époque pour objectif de permettre aux infirmiers de s’installer en libéral pour répondre à la demande croissante en soins à Paris principalement. Depuis, l’entreprise a prospéré.

Des prestations diversifiées

Face à l’existence et l’émergence de ce type d’entreprises, l’Ordre national des infirmiers (Oni) reste en veille et s’assure que les projets commerciaux respectent la déontologie de la profession.

Si pour le moment l’Ordre garantit leur légalité, il invite toutefois les infirmiers qui seraient en relation avec elles à être vigilants sur les principes déontologiques en lien avec ces offres commerciales. 

Concrètement, que proposent ces structures ? Les offres de « base » sont relativement similaires : accompagnement aux démarches d’installation en libéral, mise à disposition d’un cabinet équipé pour la domiciliation, salle de soins, petits matériels avec parfois une mallette pour la tournée, bureautique, logiciel de télétransmission, parfois gestion des DASRI, actions de formation ou encore organisation des remplacements.

En revanche, des différences assez fondamentales les distinguent dans leur structuration et dans les prix. SOS Infirmières s’est par exemple organisée sous forme d’une SARL, qui regroupe environ 70 infirmiers.

Elle leur propose un contrat de prestation de service et de mise à disposition de local professionnel pour une redevance mensuelle de 732 euros. « Nous mettons également à disposition des Idels un secrétariat téléphonique pour la prise en charge des appels téléphoniques de la patientèle et la transmission des nouvelles demandes de soins reçues, fait savoir Frédéric Teboul, le gérant, ancien infirmier. Néanmoins, nous n’intervenons pas dans la constitution de la patientèle, ni dans les soins, ni dans la facturation. Les infirmiers, qui ne sont ni associés, ni collaborateur, peuvent tout à fait refuser une demande d’un patient et ils organisent librement leur exercice professionnel. » Et d’ajouter : « Avec notre offre, notre objectif est notamment de permettre à des infirmiers qui le souhaitent de commencer en libéral sans aucun apport financier. »

Dernier arrivé dans le secteur, Mon cabinet infirmier propose depuis janvier 2020, trois types de service aux Idels. Outre l’accompagnement dans les démarches de changement de statut (forfait à 140 euros), les infirmiers disposent d’un espace de coworking santé situé dans le 12e arrondissement de Paris, mis à disposition pour un abonnement de 290 euros par mois.

« Si un patient appelle au cabinet, la secrétaire peut orienter vers l’infirmier le plus à même de le prendre en charge, mais nous ne faisons pas d’attribution de patientèle », fait savoir Elodie Delfneuf. Chez Mon cabinet infirmier, l’infirmière est titulaire, donc totalement indépendante quant à la gestion de sa patientèle, de sa tournée, et des soins prodigués.

« Nous défendons l’indépendance de la profession, assure Elodie Delneuf. Nous proposons une communauté de confrères pour trouver un binôme, un remplaçant, mais nous n’imposons rien, l’Idel est libre. » Enfin, la structure propose un service de facturation, pour un coût de 3.5% du chiffre d’affaires traité. Aujourd’hui, une dizaine d’infirmiers ont rejoint Mon cabinet infirmier et une dizaine sont en cours d’intégration.

ASI propose une offre sensiblement différente. Les infirmiers qui rejoignent la structure parisienne, constituée en SELARL, dont Kevin Malacarne est le seul associé, deviennent des collaborateurs. « Pour les cabinets parisiens, les infirmiers ne peuvent pas être associés sinon, l’ensemble des honoraires seraient versés sur le compte bancaire de la SELARL, ce que je ne souhaite pas, explique Kevin Malacarne. En étant collaborateurs, ils facturent à leur nom et leurs honoraires sont versés sur leur compte professionnel. »

ASI, qui regroupe environ 80 infirmiers, propose des prestations pour des mensualités allant de 350 à 700 euros par mois TTC selon le secteur et les services choisis. Dans le package est inclus une application, « que j’ai fait développer et qui nous est propre, pour communiquer et organiser les soins », fait savoir l’infirmier.

ASI est également la seule entreprise sur les trois à mettre à disposition des infirmiers une patientèle. « Par l’intermédiaire du secrétariat, nous envoyons les demandes de soins des patients aux infirmiers du secteur concerné, précise-t-il. La répartition des patients est effectuée par la secrétaire. » Les infirmiers sont libres d’accepter ou de refuser la demande de prise en charge. 

Des avis partagés

Les syndicats représentatifs des infirmiers libéraux sont plus que dubitatifs sur l’existence de telles entreprises.

« Je ne les vois pas forcément d’un très bon œil, reconnaît Catherine Kirnidis, présidente du Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (Sniil). C’est comme s’ils franchisaient l’exercice libéral. »

Avec ces outils de travail fournis clef en main, elle s’interroge sur l’indépendance des Idels. « Etre libéral implique d’être responsable de son activité pleine et entière, rappelle-t-elle. Je comprends que la formule soit séduisante mais je trouve dommage que la profession pour laquelle nous défendons l’autonomie et l’indépendance au regard du pouvoir médical, se mette sous le joug de sociétés commerciales. Mais j’ai peut-être une vision purement syndicale… »

Un point de vue partagé par Daniel Guillerm, président de la Fédération national des infirmiers (FNI). « Cette manière de procéder déresponsabilise les infirmiers libéraux », dénonce-t-il, loin de cautionner ce modèle.

Et d’expliquer : « Nous avons de jeunes infirmiers qui sortent de l’hôpital avec la volonté de s’installer et certaines de ces entreprises leur proposent le nirvana en leur disant qu’ils n’ont pas d’argent à sortir et une patientèle mise à disposition. Normalement, l’installation implique une volonté d’entreprendre. Là, on flirte avec du salariat déguisé sans parler du danger de concentration au niveau de l’offre de soins. Cela contourne les règles conventionnelles d’installation. »

Ghislaine Sicre, présidente de Convergence Infirmière, est elle aussi consciente des avantages qu’offrent ces structures aux infirmiers, qui sont rendus plus visibles aux yeux des patients et qui doivent moins débourser pour le loyer de leur cabinet. Néanmoins, elle regrette les problématiques de concurrence déloyales que cela peut poser aux plus petits cabinets, situés à proximité.

Laure Martin

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