CHI de Toulon : une grève illimitée… pour obtenir des lits et des postes

Comme dans beaucoup d’hôpitaux, une partie des personnels soignants du Centre hospitalier intercommunal Toulon-La Seyne est en grève. Les professionnels dénoncent l’état du système de santé actuel et demandent plus de moyens matériels et humains.

CHI de Toulon : une grève illimitée… pour obtenir des lits et des postes

© C.C

Ça fait 20 ans que nous avons les mêmes revendications parce que ça fait 20 ans que le l’hôpital public et le système de santé sont attaqués, s’insurge Gilles Manchon, secrétaire adjoint du syndicat Force Ouvrière (FO) au centre hospitalier intercommunal Toulon-La Seyne (83) et secrétaire général régional PACA de FO SANTE. Nous demandons, en premier lieu, un plan d'investissement avec des créations de lits d’aval et des recrutements massifs de professionnels de santé”.

Depuis le 10 janvier dernier, FO-Santé, le deuxième syndicat de la fonction publique hospitalière, a lancé une grève illimitée au niveau national. Dans son communiqué de presse, le syndicat dénonce “les conditions de travail inacceptables subies par l’ensemble des agents de la fonction publique”, “l’inertie du gouvernement actuel” et appelle à un “changement radical de politique de santé” pour “répondre dignement et en sécurité au public reçu”.

"Des peurs et des craintes constantes"

Les décisions nationales ont des répercussions sur le quotidien des travailleurs de tous les hôpitaux.

Frédéric a 56 ans, il est infirmier en pédopsychiatrie et fait partie des ”vieux dinosaures” du centre hospitalier intercommunal Toulon-La Seyne. Il a travaillé dans de nombreux services au cours de sa carrière - psychiatrie, urgences, etc. - et, quand il y a des besoins, il y fait encore des remplacements.

Depuis le 10 janvier, Frédéric est en grève pour dénoncer la pression sur les soignants et l’épuisement professionnel qui en découle et qui augmente avec les années. “Nous devons faire un maximum de soins en un minimum de temps avec, en plus, des tâches administratives croissantes, explique-t-il. On essaie d'être au plus près du patient mais il y a tellement de pression et de charge de travail qu'on a l'impression de ne pas être bientraitant. Avec le manque de personnel, on a peur de ne pas faire correctement notre travail. Quand je pars de l’hôpital, il m'arrive souvent de rappeler un collègue pour vérifier que je n’ai pas oublié de faire quelque chose. On a des peurs et des craintes constantes, qui impactent aussi la sphère privée”.

"Une épée de damoclès au-dessus de la tête"

Lors de ses vœux aux acteurs de la santé, au Centre hospitalier Sud Francilien (CHSF) de Corbeil-Essonnes (Essonne), le vendredi 6 janvier dernier, Emmanuel Macron, le président de la République, a annoncé plusieurs mesures pour faire face à la crise dans le monde de la santé.

Parmi celles-ci, une réorganisation du temps de travail à l’hôpital qui devrait être mise en place "d'ici au 1er juin", avec une révision possible des 35 heures qualifiées de d’hyper-rigides par le chef de l’Etat, dans un système hospitalier qui "ne marche qu'avec des heures supplémentaires".

C’est en effet ce que vit Frédéric au quotidien à cause, il insiste, du manque de personnel qu’il estime être le principal problème. “En plus de la pression au quotidien, on a comme une épée de damoclès au-dessus de la tête parce qu'on sait que dans nos services, si un collègue tombe malade, on va devoir le remplacer, insiste-t-il. Les heures supplémentaires viennent du fait que le personnel hospitalier est épuisé par les conditions de travail. La réalité c’est qu’on ne traite plus l’humain à l’hôpital, on traite seulement les pathologies… La cadence qu’on nous impose déshumanise les relations, sauf qu’à l’origine, c’est l’essence de notre métier de prendre soin des gens”.

Augmentation de l’Ondam pour plus de moyens

Cette perte de sens au travail est aussi dénoncée par Gilles Manchon. Pour lui, le problème ne vient pas des directions des hôpitaux, mais bien des décisions nationales qui sont imposées à tous les établissements de santé de France. “Sur Toulon, nous travaillons très bien avec le directeur de l’hôpital, il y a du dialogue et de l’écoute mais il n’a pas beaucoup de marges de manœuvre pour répondre à nos revendications”, détaille Gilles Manchon. Nous demandons une augmentation de l’Objectif national de dépenses d'assurance maladie (Ondam) qui n’est jamais à la hauteur des besoins de l’hôpital public et la mise en place de ratios infirmiers / aide-soignants / patients définis en fonction des services”.

La fin de la T2A

Une revendication semble être en bonne voie : la fin de la tarification à l’acte - ou T2A -  dans les hôpitaux publics et privés. “Personne ne peut plus supporter que les établissements se fassent une concurrence visible”, avait expliqué Emmanuel Macron, lors  de ses vœux aux acteurs de la santé. Pour remplacer cette méthode de financement, une tarification basée sur des objectifs pourrait être adoptée dans le budget de la Sécurité sociale de 2024. “Il y aura toujours une dimension de tarification à l'acte, insiste Gilles Manchon. On se méfie toujours des annonces, car derrière il y a les détails et pour l’instant, ceux qui  concernent la fin de la T2A ne nous ont pas convaincus. Nous allons continuer la grève en prenant appuie sur le mouvement de résistance face à la réforme des retraites avec, au niveau national, l'appui de l’ensemble des organisations syndicales pour créer un rapport de force plus important et obtenir ce que l’on demande, des revendications qui ne sont pas entendues depuis trop longtemps”.

Diane Cacciarella

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