Ségur de la santé : en attendant les annonces

Les rares infirmiers et infirmières ou futurs IDE qui ont participé au Ségur de la santé ne retirent pas des concertations le même sentiment général à quelques jours potentiellement de la clôture des concertations (avant la mi-juillet a priori). Déception et colère pour les uns, expectative de certains, confiance des autres.

Ségur de la santé : en attendant les annoncesLe Ségur de la santé, lancé en grande pompe par Edouard Philippe, alors premier ministre, et Olivier Véran le 24 mai, s'achève bientôt.

La date de la restitution de la synthèse des travaux n'est en effet pas connue au moment où nous écrivons ces lignes.

Jean Castex a indiqué le 8 juin vouloir clore le Ségur d'ici au 10. Mais mercredi matin, les participants n'étaient toujours pas au courant de la date ni de l'heure...

Certains, comme Julie Bourmaleau, infirmière cadre supérieur de santé et un des représentants du Collectif inter hôpitaux (CIH) au Ségur, auraient « voulu découvrir la synthèse avant le jour de la clôture afin de pouvoir éventuellement ajuster quelques phrases » mais rien n'est moins sûr.


Seule paramédicale ?

Les attentes des soignants seront-elles entendues alors que très peu de représentants infirmiers ont été invités à participer aux concertations - hormis les centrales syndicales généralistes, la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (FNESI) et l'Ordre national des infirmiers, à la dernière minute ?

Le CIH a mandaté Julie Bourmaleau car très peu de paramédicaux participaient aux discussions.

Parfois seule paramédicale autour de la table, elle a essayé, indique-t-elle, de porter la voix des soignants en général mais aussi des cadres, en particulier dans les « piliers » sur la gouvernance et sur l'organisation et le quotidien des équipes, mais aussi lors de rencontres bilatérales avec Nicole Notat, « pilote » du Ségur, et avec Olivier Véran.

Par exemple sur le fait que les soignants subissent les contraintes liées aux décisions stratégiques sans jamais être associés à la prise de décision, souligne-t-elle. « Les cadres ont une vue tellement globale qu'il est dommage qu'ils ne participent pas aux discussions », remarque Julie Bourmaleau.

Elle a donc demandé, par exemple, que la commission des soins infirmiers, à l'hôpital, soit élue démocratiquement et présidée par une personne élue et non par le directeur des soins... nommé par le directeur général, et que cette commission participe aux décisions.

Des chantiers qui dépassent les annonces potentielles à l'issue du Ségur et demanderont, s'ils sont engagés, de nouvelles concertations. La représentante du CIH espère d'ailleurs que les groupes de travail du Ségur se poursuivront au-delà.

Les annonces plus que probables du Premier ministre sur les salaires, qui créeront peut-être un « choc d'attractivité », attendu par de nombreux acteurs, « ne suffira pas, poursuit-elle. La question des effectifs et des conditions de travail est essentielle ».

Choc d'attractivité : et après ?

Pour Félix Ledoux, président de la FNESI, la profession infirmière et les étudiants en soins infirmiers ressortent de ce Ségur déçus et même en colère. « Après plus d'un an de manifestations de leur part, et la multiplications des signaux d'alarme indiquant qu'ils sont à bout de souffle, signaux auxquels la crise a donné raison », observe-t-il, face aussi aussi au découragement croissant des étudiants comme des professionnels qui quittent le métier, il n'a pas le sentiment d'avoir été entendu.

Par exemple sur la demande d'augmentation des indemnités de stage des ESI : « nous avons demandé une revalorisation à 3,90€ de l'heure pour qu'elles soient au même niveau que celle des stagiaires de l'enseignement supérieur, alors même que ces stages sont d'une pénibilité intense, sur des postes de parfois 12 heures et avec des responsabilités importantes. Le ministre a proposé une augmentation de 20% ce qui revient pour les étudiants de première année à une indemnité de 97 centimes de l'heure... ».

Pourtant, ajoute-t-il, les « partenaires ont su discuter, le dialogue social a réussi, ce qui était un véritable challenge (…) et les revendications ont été formulées de nombreuses fois ». Selon lui, le gouvernement a tout à fait les moyens, s'il en a la volonté, de répondre aux besoins du terrain.

Pour Patrick Chamboredon, président de l'Ordre national des infirmiers, qui a participé à de très nombreux travaux (sauf à ceux sur les revalorisations, qui ne sont pas du ressort de l'ONI), « on saura en septembre si on a été entendus ou pas » car les annonces financières attendues à l'issue du Ségur ne pourront suffire pour illustrer la fin des travaux.

« Il y a de grands fantasmes autour du Ségur, analyse-t-il. Beaucoup de gens pensent qu'on arrivera à quelque chose immédiatement. Il y aura, certes, des annonces mais ce ne sera pas le grand jour pour la profession. On est avant tout dans une phase de constat », poursuit-t-il, et le gros des travaux prendra du temps, notamment pour ce qui va toucher aux domaines législatif et réglementaire.

L'évolution de la profession infirmière vers une  plus grande autonomie, une meilleure attractivité du métier et en termes de place dans le système de santé, qu'a défendu l'ONI à travers sa participation et sa contribution présentée au Ségur, « c'est du travail de longue haleine », observe-t-il, et il faudra que des groupes de travail s'y attellent.

« La profession infirmière ne peut pas se contenter d'une revalorisation salariale, ajoute le président de l'ONI, relativement confiant. Le système de santé doit évoluer et cette évolution doit passer par une évolution des métiers. »

Géraldine Langlois

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