Suite au Ségur, des infirmiers préfèrent l’hôpital au médico-social

Octroyer lors du Segur de la santé une revalorisation salariale aux soignants du secteur sanitaire a fait grincer des dents ceux du médico-social... et provoqué une fuite d'infirmiers et d'aides-soignants de ce secteur vers l'hôpital et ses « satellites ». Et l'extension en 2022 de cette mesure au  médico-social ne répond pas aux attentes des « oubliés du Segur » car elle ne concernera pas tous les soignants.

Suite au Ségur, des infirmiers préfèrent l'hôpital au médico-social

© Goldsithney / ShutterStock

La revalorisation salariale des soignants du secteur sanitaire décidée lors du Ségur de la santé, à l'été 2020, semble avoir provoqué une fuite des infirmières, notamment, du secteur médico-social qui n'était pas concerné par cette mesure.

Lors de la récente mobilisation des structures et organisations du secteur social et médico-social sur la crise des métiers de l'humain, menée par l'Union nationale interfédérale des oeuvres et organismes privés non lucratifs sanitaires et sociaux (Uniopss), des responsables associatifs ont alerté sur ce problème qui affecte durement leurs établissements.

Ils sont certes confrontés comme les établissements sanitaires à la difficulté de recruter des infirmières, plus rares sur le marché du travail depuis quelques mois, mais ils doivent aussi faire face au départ de certaines de leurs infirmières vers les hôpitaux publics, constate Tiffany Thirole, directrice générale adjointe de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS) dans les Hauts-de-France. « La fibre sociale est là, ajoute-t-elle, mais le salaire n'y est pas. La différence (entre sanitaire et medico-social, NDLR) peut aller jusqu'à 500 € par mois. Certaines infirmières nous disent que c'est le prix de leur loyer », ce qui est loin d'être négligeable...

Départs plus fréquents

Dans la maison d'accueil spécialisé pour personnes en situation de handicap des Papillons blancs du Pas-de-Calais que dirige Laurent Caron, la revalorisation « Segur » a provoqué « une fuite des soignants, qui a commencé avant l'été, s'est poursuivie puis accélérée depuis septembre 2021, vers l'hôpital public ou des "périphériques" de l'hôpital », Ehpad ou établissements pour personnes handicapées liés à un hôpital.

Plus d'une dizaine de postes d'infirmière, d'aide-soignante et d'aide médico-psychologique sont concernés. Des postes « beaucoup plus difficiles à pourvoir que d'habitude », notamment du fait de la plus faible rémunération dans le secteur médico-social, note Laurent Caron. Et le turnover des soignants a explosé dans les établissements de l'association...


Une association qui intervient sur tous les champs des secteurs social et médicosocial basée à Arras. La vie active, a subi aussi « des départs francs » de soignants à la recherche d'une « meilleure rémunération et d'un meilleur déroulement de carrière », observe son directeur général, Guillaume Alexandre. Selon lui, « des hôpitaux franciliens sont venus drainer ces professionnels ».

En plus de la pénurie

Ces départs aggravent les tensions existantes dûes à la baisse constante du nombre des candidats des professions paramédicales dans le médico-social et au déficit d'attractivité des secteurs social et médico-social antérieur à la crise du Covid et du Ségur.

La conjugaison des deux phénomènes se répercute sur la capacité d'intervention des associations et de la qualité de l'accompagnement qu'elles fournissent aux personnes les plus vulnérables. Et conduit parfois les structures à « réduire [leur] offre de service », regrette Laurent Caron.

Pour avoir assez de professionnels paramédicaux pour prendre soin des résidents permanents de la MAS, « la voilure » du dispositif expérimental d'accompagnement et de soins en milieu ordinaire (DASMO) a été réduite tout comme celle de la maison d'accueil temporaire (de dix à seulement deux places). Le SSIAD de l'association La vie active connaît lui aussi des tensions par manque d'infirmières. « Ce moment du Ségur a été celui d'un questionnement de notre organisation dans sa globalité, souligne Guillaume Alexandre. La question qui nous taraude, au-delà de la revalorisation salariale, c'est quelle place on donne aux personnes fragilisées ou exclues dans la société. »

Inégalités problématiques

Au-delà de la question financière, estime Tiffany Thirole, les professionnels souffrent du manque de considération pour leur rôle auprès de ces personnes.

La non-revalorisation salariale des soignants (et des autres professionnels) du secteur médicosocial « a été l'élément déclencheur (de certains départs, NDLR), car le plus visible, insiste-t-elle. Mais il faut aussi souligner le manque de reconnaissance global de notre secteur "Accueil, hébergement, insertion", particulièrement dans le contexte de la pandémie. Alors que nos structures devaient continuer de fonctionner, ce secteur n'a jamais été considéré prioritaire par les services de l'Etat depuis le début de la crise sanitaire dans les mesures mises en place comme la dotation en masques ou la garde d'enfants. Ce qui a fatigué les professionnels, toutes professions confondues, c'est le phénomène de répétition : il a fallu par exemple monter au créneau trois fois sur la garde d'enfants... »

La loi de financement de la sécurité sociale pour 2022 prévoit d'étendre à certains professionnels du secteur médico-social la revalorisation de 183€ mensuels issue du Ségur. Mais les décrets définitifs n'ont pas été publiés, comme le souligne Laurent Caron.


Cette mesure, qui sera sans nul doute appréciée par ses bénéficiaires, interroge les responsables associatifs car elle risque fort de créer des problèmes d'égalité de traitement entre salariés. En effet, souligne Tiffany Thirole, certaines infirmières y auront droit et d'autres non au sein d'une même structure, selon le financeur de leur poste.

Et les salariés non concernés, comme les éducateurs spécialisés ou les travailleurs sociaux, n'apprécient pas de ne pas bénéficier d'une hausse de salaire qu'ils réclament eux aussi de longue date. Avec des répercussions sur le climat social des structures. Des manifestations ont déjà eu lieu sur ce sujet depuis début janvier.

Géraldine Langlois

Je m'abonne à la newsletter

IDEL - NGAP, le jeu TV - Formation Gratuite

NGAP Perfectionnement, le jeu TV 2022

Formation gratuite pour IDEL
(titulaire et remplaçante).

Participez à la 1re formation française sous forme de... jeu télévisé ! Philippe Gras, expert national de la nomenclature, vous pose une centaine de questions et explique avec précision chaque réponse.

S'inscrire gratuitement

Abonnez-vous à la newsletter des soignants :

Faire un don

Vous avez aimé cet article ? Faites un don pour nous aider à vous fournir du contenu de qualité !

faire un don

Réactions

6 réponses pour “Suite au Ségur, des infirmiers préfèrent l’hôpital au médico-social”

  1. Dédé dit :

    Nous sommes d’accord qu’une prime n’est pas du salaire. Une prime c’est du revenu, mais pas un salaire.
    La prime ne compte pas pour le retraite.
    La prime peut être supprimée du jour au lendemain et le salarié pourra juste dire merci de m’avoir fait la charité.
    Confondre pouvoir d’achat et salaire est limite mensonger.
    Bref bref

  2. Estevan dit :

    Bonjour à tous
    Je travaille actuellement en mas je n es qu un diplôme d auxiliaire de vie et je n es pas droits à la prime Ségur on m a répondu du fait que je n es pas là un diplôme as ou aes et bien je n y pas le droit pourriez-vous me renseigner ou pas
    Merci beaucoup de me répondre

  3. Un conjoint …. dit :

    Bonjour mesdames les infirmières,
    Développez dorénavant vos compétences
    Valorisez les par la concurrence en changeant de poste (ainsi elles seront diversifiées – au passage vous développerez votre réseau professionnel)
    N’attendez pas / plus une action du gouvernement, il agisse que quand ils sont le nez dans le mur.

  4. AMP en colère dit :

    AMP en colère et tt fait d accord avec blouse blanche en colère. D un FAM, Mr Castex avait ordonné en novembre 2021 cette fameuse revalorisation fantôme de 183 € pour les « oubliés du segur » dont les AMP, ME des établissements privés, payés par les conseils départementaux. Or à ce jour, rien sur les fiches de paie !!! Il paraîtrait mm que cela aurait été signé au JO mais annulé en vue d une refonte de tt les conventions du « medical-social-medico-social » Pourquoi ? Simplement pour tous nous appauvrir un peu + ! Et peut-être pour laisser la boule puante à un éventuel nouveau gouvernement. A ces hauts élus qui ont décidé de ns « emmerder », je leur réponds que c est reciproque ! Malheureusement, tous ces professionnels meritant non reconnus finiront par faire une reconversion professionnelle… Et qui s occupera de nos êtres chers malades, en situation de handicap, vieillissants ?????? Vous ? Messieurs les Ministres ??? Vs me dégoûter !!!

  5. DeVal dit :

    Bonjour Blouse Blanche Colère Noire

    Je partage dans l’ensemble votre avis. Par contre, il est nécessaire également au delà de la rémunération de revoir à plat tout le système. Sur 2 axes :

    – D’abord la formation en IFSI et les modalités de recrutement. Il y a pénurie en l’absence de GPEC (gestion prévisionnelle de l’emploi et des compétences) où des AS/Aux expérimentés ont le plus grand mal à évoluer pour devenir IDE etc. Vous seriez surpris que parmi les ESI, beaucoup n’aspirent qu’à faire du libéral.

    – Le libéral justement, dans la ville où je suis, il y a bientôt plus de cabinets de soins que de salons de coiffure. D’un côté, on dit que les structures ont le plus grand mal à recruter mais de l’autre on voit fleurir des cabinets de soins. Il y a très clairement une mauvaise organisation de l’offre de soins en France.

    Bien sûr, la rémunération devra augmenter pour tous les soignants en profil pénurique, je pense aux IDE bien sûr mais pas seulement, les AS/ASG et même ambulanciers devront faire l’objet d’une rémunération accrue.

    A oui, revoir complétement le fonctionnement des IFSI. Faites remonter cela auprès des collectifs, vos collègues AS se voient refusés pour devenir IDE malgré des années d’expérience pour des questions de financement alors que les IFSI sont remplis de bacheliers 17/20 ans.

    Infirmier devrait être un métier qui s’acquière par des mécanismes relevant de la formation continue, où le soignant s’approprie dans le temps le métier par la réalisation et la compréhension des nouveaux actes.

    Revoir les passerelles, revoir le fonctionnement des IFSI, revoir l’organisation des établissements, mettre en place des contrôles sérieux (voir actuellement le scandale des EHPAD) avoir autorisation pour les députés/inspecteurs de contrôler sans prévenir, revoir la rémunération…….la refonte de notre système de santé pendra malheureusement des années si elle est mise en oeuvre

  6. Blouse Blanche Colere Noire dit :

    Bonsoir,
    Infirmière en FAM d’une association, j’attends tjs la prime Ségur !!
    Cela fait un an, que je manifeste pour l’égalité , en effet reconnu soignant pour la vaccination et pas pour le Ségur, on peut tout a fait comprendre la colère et l’indignation des salariés du médico-social associatif . Nous sommes peu ou pas soutenues par nos directions , ni les familles d’ailleurs , qui pourtant se plaignent du manque de personnel et du turn over .
    Mais où sont ils quand il y a des manifestations dans la rue ? Au lieu de nous pointer du doigt parce que l’on fait grève ! Mais ces journées de grève et de manifestations sont pour défendre nos droits certes mais aussi ceux de leurs enfants , car QUI , les soignera demain ? quand vous aurez fait fuir jusqu’au dernier ,
    et ceci n’est que la pointe de l’iceberg que vous allez vous prendre en pleine face !
    Encore une fois , demain, il n’y aura plus de personnel « compétents » pour vos enfants en situation d’handicap
    A bon entendeur … Blouse Blanche Colère Noire

Réagir à cet article

retour haut de page
321 rq / 1,528 sec