Ségur de la santé : les infirmiers peu représentés

Les infirmiers, qui ont constitué le gros des « troupes » dans la lutte contre la Covid-19, participeront-ils réellement au Ségur de la santé ? La question se pose lorsqu'on observe la composition des premiers groupes de travail. Les représentants de plusieurs organisations impliquées dans la défense des IDE s'expriment à l'occasion du lancement des travaux.

Ségur de la santé : les infirmiers peu représentésUn flou certain a entouré l'organisation du Ségur de la santé, promis par le président de la République fin mars à Mulhouse.

Vendredi 22 mai, il n'était pas possible de connaître les participants à la séance inaugurale qui s'est tenue en visio conférence lundi 25...

Certains participants de la profession infirmière n'ont reçu leur invitation qu'à la veille du week-end, à la dernière minute, et ont eu le sentiment, d'une certaine « improvisation ».

Improvisation ?

Après cette séance de lancement qui a « rassemblé », virtuellement, quelques 300 invités, Thierry Amouroux, président du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI-CFE-CGC) observe qu'il y a eu « de belles paroles mais rien de concret ».


Pas d'engagement chiffré sur une revalorisation salariale, avec des paliers à discuter, par exemple. « Tout était pavé de bonnes intentions », observe Catherine Kirnidis, présidente du Syndicat national des infirmières et infirmiers libéraux (Sniil), qui veut retenir les propos du ministre de la Santé, à la fin, selon lesquels les soins de ville, peu mentionnés pendant la séances, seraient également concernés par les travaux.

Orianne Plumet, vice-présidente du Collectif inter urgences (CIU), souhaitait y apprendre quelle serait la méthodologie qui serait employée et a dû attendre quasiment la fin pour qu'elle soit présentée, « assez rapidement ».

Elle aurait aussi voulu connaître la composition des groupes de travail mais elle n'a été annoncée, pour deux d'entre eux, qu'après la fin de la séance, par voie de communiqué de presse. « On a été malheureux de l'apprendre de cette manière, souligne-t-elle, d'autant que nous n'y sommes pas ».

Dans le communiqué publié lundi soir par le ministère de la Santé, aucun représentant spécifique des infirmiers ne figure d'ailleurs parmi les membres Comité Ségur national, sauf, pour les étudiants, la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers.

Idem parmi ceux du groupe de travail national sur les carrières et les rémunérations. On y trouve en revanche beaucoup de représentants des médecins, des directeurs d'établissements, des centrales syndicales...

Un « couac » atténué quelques heures plus tard par l'annonce par l'Ordre national des infirmiers de sa participation au Comité national...

Mais quid du groupe de travail sur les carrières et les rémunérations ? Pour Thierry Amouroux, « cela pose un problème qu'aucune organisation infirmière ne soit membre de ces groupes : c'est une illustration claire du mépris pour notre profession et ses représentants. Les médecins et administratifs vont discuter entre eux de ce qui est bien pour nous ! ».

La déception pointe chez certains représentants infirmiers qui pensaient que leur invitation à la séance inaugurale était, justement, de bon augure sur leur participation aux travaux.

Absence des IDE

Du côté du Collectif inter-urgences, on considère que cela donne finalement au CIU plus de marge de manœuvre pour porter ses revendications et on escompte bien participer aux travaux autrement.

D'une part en étant auditionné - et le collectif le réclamera- par le Comité national mais aussi au niveau territorial : « cela nous permettra de mettre en avant des problématiques sur des points précis et des situations locales », souligne Orianne Plumet.

D'autre part, poursuit-elle, lors de prises de paroles dans les médias, « pour porter plus haut les problèmes concernant les conditions de travail et la qualité de la prise en charge des patients », et travailler sur des travaux de fonds, des propositions, comme le CIU le fait déjà avec le Collectif inter hôpitaux (membre du comité national) et d'autres.

Le CIU compte bien porter ses revendications sur la revalorisation salariale des infirmières - « le gouvernement n'a plus vraiment le choix », remarque sa vice-présidente. « Surtout, ajoute-t-elle, les questions salariales ne doivent pas occulter les dysfonctionnements sur les conditions de travail et la fidélisation des personnels », c'est-à-dire sur l'attractivité des carrières notamment infirmières.

Elle souhaite aussi que soit abordée la nécessité de réorganiser les soins en les centrant sur les besoins d'un territoire et en décloisonnant métiers, spécialités et secteurs hospitalier, de ville et médicosocial.

De l'écho pour les revendications

De son côté, Thierry Amouroux compte défendre les priorités de son syndicat : la réouverture de 20 000 lits, la création de 20 000 postes d'IDE, le doublement des effectifs en Ehpad, une hausse salariale pour tous les IDE salariés de 300€ par mois et la reconnaissance de leurs compétences réelles, aujourd'hui bridées.

Il réclamera aussi l'allègement de la « bureaucratie et la la technostructure » qui paralyse les initiatives locales, notamment la suppression des ARS et le transfert de leurs compétences aux Conseils régionaux en prise avec le terrain et redevables devant les électeurs.

Catherine Kirnidis, de son côté, espère que ce Ségur permettra de « repositionner l'infirmière dans les soins primaires, au-delà de ce qui est fait au niveau des MSP et des CPTS.Il faudrait être plus audacieux (…) et leur donner plus d'autonomie dans le premier recours, la prévention et l'éducation à la santé » et revoir le cadre de leurs interventions, encore trop médico-centré selon elle.

En tout cas, « on sera extrêmement vigilants à ce que la médecine de ville en général et l'infirmière libérale en particulier ait toute sa place », insiste-t-elle.

La présidente de l'Union nationale des Ibode (Unaibode), Magali Delhoste, a bien l'intention pour sa part de faire en sorte que les soignants spécialisés que sont les Ibode, et leur place dans les parcours professionnels, ne soient pas oubliés dans cette concertation.

Elle veillera aussi à ce que « les engagements pris en mars, juste avant le confinement, par la DGOS soient maintenus », que ce soit sur les actes délégués et la revalorisation salariale, et que celle-ci ne soit pas englobée dans la revalorisation globale des soignants.

Peu présents dans les premiers groupes présentés, les infirmiers seront-ils entendus ?

Géraldine Langlois

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