Infirmier organisateur de la régulation : un nouveau poste au Samu-SAS du CHU de Bordeaux

Depuis le 11 mars, cinq infirmiers exercent une nouvelle mission au sein de la régulation Samu Service d’accès aux soins (SAS) située au CHU de Pellegrin, à Bordeaux. Désormais Infirmiers organisateurs de la régulation (IOR), leur mission consiste à fluidifier la prise en charge des patients aux urgences en amont de leur arrivée.  

Infirmier organisateur de la régulation : un nouveau poste au Samu-SAS du CHU de Bordeaux

© Pixel-Shot / ShutterStock

Améliorer les conditions de prise en charge des patients et la pertinence des parcours de soins ; limiter les délais d’attente des patients transportés par le Service départemental d’incendie et de secours (SDIS) et l’Association des transports sanitaires d'urgence (ATSU) ; optimiser les modalités de coopération avec les services d’urgences et les établissements rattachés : voici les objectifs assignés aux IOR, qui exercent depuis quelques semaines au SAMU SAS au sein du CHU Pellegrin de Bordeaux.

Répondre à un besoin

La création de ce poste est née de la volonté de trouver une réponse à la problématique d’organisation des soins, identifiée sur le territoire en mars 2023 et qui s’est accentuée pendant l’été 2023. « La période estivale a été très critique sur la Gironde, se souvient Maëva Chaussade, l’une des cinq IOR. Outre le pic de patients à prendre en charge, nous avons été confrontés à une importante problématique de ressources humaines au niveau médical à la fois dans les différents services d’urgences de la Gironde mais aussi dans le secteur privé. »

Dans ce contexte, les acteurs se sont interrogés sur la gestion des flux de patients entrant aux urgences, et ont proposé à des infirmiers et aides-soignants volontaires d’intervenir dans le cadre de la régulation, pour recueillir les informations sur les tensions au sein des services d’accueil. Expérimenté jusqu’en décembre 2023, le poste a été confirmé début 2024, après un retour d’expérience ayant identifié les points d’amélioration à envisager. « Seuls les infirmiers d’accueil et d’orientation (IAO) des urgences ayant deux ans d’expérience peuvent devenir IOR, fait savoir Sylvaine Comte de Luzy, cadre de santé Iade Samu 33 Centre 15. Ils sont aujourd’hui cinq à exercer à mi-temps. Les infirmiers ont souhaité garder leur fonction de soins, ce qui représente une force dans le cadre de cet exercice. »  

Découverte et formation

IAO aux urgences du CHU Pellegrin, Maëva Chaussade s’est portée volontaire pour devenir IOR pour mieux comprendre le circuit du patient et le fonctionnement de la régulation. « À mon poste d’IAO, j’étais parfois confrontée à la saturation du service et à une stagnation des vecteurs (ambulances, pompiers), explique-t-elle. Je voyais les équipes dans l’impossibilité de s’occuper des patients, et je m’interrogeais sur ce qui conduisait la régulation à poursuivre les orientations dans notre service. »

Avant d’exercer à ce poste d’IOR, elle a bénéficié, avec ses confrères, d’une formation d’une semaine début mars, avec des cours dispensés par des médecins régulateurs. « Nous avons aussi été présentés à l’ensemble des services des urgences du territoire à la fois pour expliquer notre rôle, pour comprendre leur fonctionnement et pour nouer des contacts en interne », indique Maëva Chaussade.

Les missions

Parmi les missions clés des IOR : participer à l’orientation du patient avec l’Assistant de régulation médicale (ARM), le médecin régulateur urgentiste ou libéral, et l’Aide médicale urgente (AMU), proposer des orientations/offres de soins en cas de saturation des urgences ; vérifier les capacités d’accueil des urgences, des filières de soins et des Communautés professionnelles territoriales de santé (CPTS) du département.

Les IOR, qui se trouvent physiquement dans les locaux de la régulation Samu Centre 15, disposent de plusieurs possibilités d’intervention. « Le matin à ma prise de poste, je contacte tous mes référents au sein des services d’urgences de Bordeaux Métropole et de l’extra-centre, rapporte Maëva Chaussade. Je recueille les informations concernant la situation de leurs services, que je transmets oralement aux médecins régulateurs du Samu SAS, avant de les retranscrire dans notre logiciel. »

Elle assure ainsi la transmission et l’analyse des indicateurs de suivis opérationnels journaliers à l’équipe d’encadrement du SAMU SAS, identifie les points de vigilance et de tension, en les informant, par exemple, que tel service ne dispose plus de brancard, et qu’il ne faut donc pas y envoyer de patients allongés.

Elle travaille également en lien avec les coordonnateurs des ambulances privées, qui peuvent, eux aussi, transmettre des informations sur la saturation des services. Ce matin par exemple, six ambulances privées allaient être envoyées au sein du même centre hospitalier. Maëva Chaussade a pu suggérer d’en envoyer deux à un autre service interrogé en amont.  Autre exemple : ce matin également, une patiente de 101 ans, résidant en Ehpad devait se rendre aux urgences de son secteur pour une suture. « Je savais que le service était saturé, raconte Maëva Chaussade. J’ai donc rapidement contacté un autre service, afin de savoir si l’équipe pouvait assurer la prise en charge. » La patiente y a été reçue, ce qui lui a évité une longue attente.

Force de proposition

« Il ne faut jamais faire perdre du temps au médecin régulateur qui a pris l’appel, prévient-elle. De fait, lorsqu’il traite un appel, j’effectue une lecture de la demande en parallèle, en regardant en direct les informations partagées dans le logiciel et en contactant les services pour faire un point sur leur situation. »

« Les IOR doivent être forces de proposition pour les médecins », ajoute Sylvaine Comte de Luzy. L’objectif étant d’apporter une plus-value à la prise en charge des patients. 

La validation médicale reste indispensable pour effectuer la réorientation, en sachant que l’ensemble des décisions sont tracées dans le dossier de régulation. Si les IOR passent une grande partie de leur journée au téléphone à solliciter leur réseau, ils peuvent également être contactés directement par les différents acteurs de la prise en charge (services d’urgences, SDIS, ATSU, etc.), via un numéro de téléphone fixe et portable dédié. Les IOR exercent du lundi au dimanche, de 8 h à 20 h.

Laure Martin

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