Ségur de la santé : les organisations infirmières n’ont pas dit leur dernier mot

27 organisations infirmières* se sont réunies au sein d'un collectif. Elles demandent à ce que sept de leurs membres soient intégrés au groupe national du Ségur de la santé afin de porter la voix des 700 000 infirmiers français.

Ségur de la santé : les organisations infirmières n'ont pas dit leur dernier motIl n'est pas fréquent que les syndicats, collectifs et associations professionnelles d'infirmiers parlent d'une même voix mais l'absence criante de représentant spécifique de la profession infirmière au Ségur de la santé - sauf, in extremis, de l'Ordre national des infirmiers- les a fédérés mieux que jamais.

A l'unisson, ils protestent de manière véhémente à cette absence « incompréhensible », selon Gregory Chakir, du Collectif inter-blocs. Et se réunissent pour se faire entendre sous la bannière de « collectif Duquesne », du nom de l'avenue qui croise celle de Ségur, à Paris, carrefour où se situe le ministère de la Santé.

Leur incompréhension, voire leur colère, est à la mesure de l'investissement indéniable des infirmiers durant la crise sanitaire.

Oubliés du Ségur de la santé

Les 130 000 infirmiers libéraux, par exemple, « se sont organisés, souvent seuls, pour gérer des situations inédites de prise en soin », a souligné par exemple Antoinette Tranchida, présidente de l'Organisation nationale des syndicats d'infirmiers libéraux (Onsil), lors de la première conférence de presse du collectif, ce mardi matin.


Ils ont fait la preuve de leur efficacité et de leur capacité d'autonomie. Les Iade « ont répondu présent pour faire tourner les blocs pour les interventions urgentes avec les Ibode », pour créer des unités de réa, assurer des renforts dans les réa existantes, les transports de patients entre établissements et entre régions, ainsi que certaines activités de secours primaires, a souligné Christophe Paysant, président du Syndicat national des infirmiers anesthésistes (Snia).

Des infirmiers de services dont l'activité a été réduite ou de régions moins touchées par l'épidémie sont allés prêter main forte aux équipes des établissements les plus concernés. « Les infirmiers étaient présents et ça s'est passé au mieux », a résumé Thierry Amouroux, porte parole du Syndicat nationale des professionnels infirmiers (SNPI-CFE-CGC).

Les 27 organisations n'admettent donc pas de ne pas être membres des groupes de concertation du Ségur de la santé. « On a très mal vécu d'avoir été invités à la première journée (la séance inaugurale, NDLR), résume Gregory Chakir, et de ne pas être conviés pour émettre nos points de vue » au sein des groupes de concertation, auxquels ils auraient dû, selon lui, « logiquement et légitimement » participer.

Démarches sans suites

Le collectif a bien essayé, souligne Julie Devictor, présidente du Conseil national professionnel (CNP) des IPA. « Nous avons envoyé des courriers au ministère, appelé des conseillers du ministre pour exprimer notre étonnement face au fait que la profession infirmière n'est pas représentée, précise-t-elle. On nous a promis il y a deux semaines une feuille de route avec un calendrier de concertation mais nous n'avons rien reçu. On nous a demandé de réaliser des contributions écrites, que nous avons envoyées depuis longtemps, sans aucun retour. Il a été question de concertations régionales mais elles n'ont pas été mobilisées et il a été question de discussions bilatérales mais nous n'avons pas été consultés. Il ne se passe rien. »

Toutes ces organisations professionnelles portent des propositions spécifiques, par exemple sur la réingénierie des études de puéricultrices ou d'Iade, en cours depuis des années, et les parcours de formation dans les spécialités, sur la reconnaissance du rôle des Idel en matière de prévention ou de coordination des parcours de soins en ville, sur la reconnaissance de celui des infirmières de coordination, sur les moyens de favoriser l'implantation des IPA, etc.

Le SNPI dénonce de son côté les « petits comptables » des établissements qui « profitent », selon Thierry Amouroux, de la réorganisation des services pendant la crise sanitaire, « pour accélérer leurs plans d'économie » en supprimant des postes et des lits.

Mais au-delà de ces revendications spécifiques, les membres du collectif Duquesne s'accordent sur des propositions et demandes communes.

Outre la revalorisation des niveaux de rémunérations et l'amélioration de leurs conditions de travail, ils demandent l'augmentation de leur niveau d'autonomie et de responsabilité. Par exemple en permettant l'accès des patients aux infirmiers en premier recours, notamment via une consultation infirmière, ou en les faisant participer à la gouvernance.

Plus d'autonomie et de responsabilité

Ils demandent également l'arrêt immédiat d'un système de santé médico-centré et l'avènement d'un nouveau, vraiment centré sur le patient, dans lequel les infirmiers seraient associés aux prises de décision sur les parcours des patients.

Ils refusent aussi désormais qu'on les considèrent comme des « auxiliaires médicaux et paramédicaux » mais veulent être considérés comme des « professionnels de santé » à part entière.

Enfin, ils réclament, au nom de la démocratie, l'intégration immédiate de sept représentants des organisations infirmières aux concertations du Ségur de la santé : deux du CNP Infirmier, un du CNP Infirmier anesthésiste, un du CNP Infirmier de bloc opératoire, un du CNP IPA, un du CNP Infirmier puériculteur et un du collectif inter-blocs.

Certes, l'Ordre national des infirmiers a fini par être intégré à ces travaux et les membres du collectif travaillent « en synergie » avec lui dans le cadre de ses Etats-généraux de la profession infirmière. Mais son rôle, complémentaire, ne consiste pas à porter des revendications, souligne Christophe Paysant.

Certaines organisations du collectif appellent à participer à la mobilisation du 16 juin.

Tous espèrent être soutenus dans leur démarche par la population, sensible à leur engagement au plus fort de la crise. Mais « si nous ne sommes pas écoutés par le gouvernement, prévient Gregory Chakir, nous durcirons nos actions », éventuellement auprès des tribunaux..

Géraldine Langlois

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*Association des enseignants des écoles d'infirmiers de bloc opératoire, Association française des infirmièr(e)s de dialyse transplantation néphrologie, Association française des infirmiers en pratique avancée de gérontologie, Association des infirmiers libéraux du bassin alésien, Association nationale des puéricultrices(teurs) diplômé(e)s et des étudiants, Association nationale des infirmiers de sapeurs-pompiers, Collectif inter blocs, Comité d'entente des écoles préparant aux métiers de l'enfance, Conseil national professionnel des infirmiers anesthésistes , Conseil national professionnel des infirmiers de bloc opératoire, Conseil national professionnel des infirmier.e.s en pratique avancée, Conseil national professionnel des infirmiers du secours préhospitalier, Coordination nationale des infirmières, IPAssociation Centre Val-de-Loire, Fédération française des infirmières diplômées d'État coordinatrices, Société française d'évaluation et de recherche infirmière en bloc opératoire, Société française des infirmier(e)s anesthésistes, Société française de recherche des infirmiers en pratique avancée, Syndicat national des infirmiers anesthésistes, Syndicat national des infirmiers de bloc Opératoire, Syndicat national des infirmier(e)s conseiller(e)s de santéSyndicat national des infirmiers et infirmières éducateurs en santé, Syndicat national des sapeurs-pompiers professionnels et des personnels administratifs, techniques et spécialisés, Syndicat national des professionnels infirmiers, Union nationale des infirmier(e)s de bloc opératoire diplômé(e)s d’Etat, Union nationale des infirmiers diplômés d'Etat libéraux, Union nationale des infirmiers en pratique avancée

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Réactions

1 réponse pour “Ségur de la santé : les organisations infirmières n’ont pas dit leur dernier mot”

  1. Charlesingals dit :

    Et QUID des cadres? et non qui !!! Désolé pour cette faute de frappe

    Répondre moderated

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