Covid-19 : la transformation des services en réa, source d’entraide et d’angoisse

Face à l’arrivée massive de patients Covid-19, les centres hospitaliers se réorganisent et les services se transforment. Objectif : créer des lits de réanimation. Les infirmiers, en premier ligne, sont souvent attendus sur des postes qui ne sont habituellement pas les leurs. L’entraide se met en place pour combattre l’anxiété.

Le bloc opératoire et les salles de réveil représentent 15 lits supplémentaires de réanimation pour l’hôpital Saint-Antoine (AP-HP)

Le bloc opératoire et les salles de réveil représentent 15 lits supplémentaires de réanimation pour l’hôpital Saint-Antoine (AP-HP). © DR

« Nous avons réorganisé notre activité afin de faire face à l’afflux massif de patients Covid-19, donc en détresse respiratoire aigüe nécessitant une prise en charge en réanimation », explique le Pr Anne Godier, anesthésiste-réanimateur à l’Hôpital Européen Georges-Pompidou (HEGP).

De 25 lits de réanimation, le service s’est déployé sur 65 lits dont 45 uniquement dédiés aux patients Covid-19.

Cette transformation implique de considérer plusieurs aspects : des mètres carrés, du personnel paramédical et médical et du matériel disponibles. L’équipe a donc réorganisé le service de réanimation, et transformé deux salles de réveil post-interventionnelles et l’unité de soins continue en salle de réanimation.


Côté matériel, comme l’activité opératoire a considérablement diminué, « les ventilateurs d’anesthésie sont devenus ceux de réanimation, idem pour les pousse-seringues », poursuit-elle.

A l’hôpital Saint-Antoine aussi les services se réorganisent pour accueillir des patients atteints du Covid-19. L’architecture de l’établissement fait qu’au sein de centre hospitalier, il n’y a pas de bloc chirurgical commun.

Ainsi, chaque étage comprend des blocs opératoires répartis par spécialité, ainsi qu’une salle de réveil attenante. « Nous avons eu l’injonction de diminuer le nombre d’opérations programmées de 50 %, nous avons donc pris la décision de fermer un étage complet que nous avons transformé en salle de réanimation, explique Claire Lefur, cadre anesthésiste (Iade) au sein du service d’anesthésie et réanimation du CH de Saint-Antoine. Ce sont les Iade et les infirmières de salle de réveil qui ont pris le projet à bras le corps, juste avant le confinement, pour trouver des lits, des pousses-seringues, des respirateurs. » 14 lits de réanimation ont donc été créés dont 7 pour les patients Covid.

Un personnel redispatché

Le bloc opératoire et les salles de réveil de réanimation pour l’hôpital Saint-Antoine (AP-HP)

© DR

La réaffectation des équipes médicales et paramédicales à des postes qui ne sont habituellement pas les leurs a nécessité des adaptations. « Les Iade ont fait des efforts conséquents en quittant le bloc pour venir renforcer les infirmières en réanimation, rapporte le Pr Godier. Leur volontariat est un élément majeur. L’avantage c’est qu’une certaine proportion d’Iade sont d’anciennes infirmières de réanimation.»  « Les Iade sont des experts de la gestion des voies aériennes supérieures, poursuit Claire Lefur. Elles peuvent apporter leur expertise technique aux autres infirmières. »

Quant aux Ibode de Saint-Antoine, elles se sont portées volontaires pour être faisant-fonction aide-soignant sur l’unité de réanimation. « C’est propre à ce que chacun se sent apte à faire, la situation est déjà assez éprouvante… », soutient Claire Lefur.

A l’HEGP, les Ibode ont également tenu à renforcer les équipes. « Elles ne sont pas postées au lit du patient mais ont un rôle important dans le contrôle de l’habillage et du déshabillage, étape critique pour la contamination », rapporte le Pr Godier.

Elles sont également « volantes » et ont donc pour rôle de chercher le matériel dans les réserves afin de l’apporter dans les chambres isolées dans le respect des règles de sécurité et d’hygiène.

Une anxiété à maîtriser

Les glissements de postes peuvent être générateurs d’anxiété. Dans les services, le maximum a été mis en œuvre pour anticiper. « Dans la semaine qui a précédé les premières arrivées de patients Covid-19, nous avons créé des procédures spécifiques sur l’hygiène, l’habillement, l’endormissement des patients, l’intubation, le transport au scanner ou encore le décubitus ventral, fait savoir le Pr Godier.  Puis nous avons largement communiqué sur ces procédures, nous avons réalisé des ateliers de formation, des vidéos, des enseignements, pour que les équipes soient prêtes. L’anticipation est un élément majeur dans la préparation à la crise. »

L’organisation des équipes sur le terrain participe également à les rassurer dans leur travail. « Nous avons décidé de placer une Iade aux côtés d’une infirmière de réanimation, un lit sur deux, afin qu’elles puissent s’entraider et échanger des informations », fait savoir le Pr Godier. « Il s’agit d’une aventure humaine remarquable mais stressante pour les équipes, qui sont angoissées, reconnaît Claire Lefur. Elles ont besoin d’être rassurées. »

Infirmiers de réa recherchés

A Saint-Antoine, la cadre craint cependant un absentéisme exponentiel en raison de la maladie. Le service fonctionne pour le moment à flux tendu pour les paramédicaux, malgré le renfort des infirmières de l’école d’Iade de Bordeaux, d’une infirmière de Nantes et d’intérimaires.

En interne, les équipes travaillent désormais en 12 heures, les temps partiels sont devenus des temps pleins. « Cependant, au-delà de 150 heures par mois, toutes les heures sont comptabilisées en heures supplémentaires, rapporte Claire Lefur. Pour le moment j’arrive à faire en sorte que ce soit du volontariat. »

Idem à l’HEGP. « Nous essayons de respecter les volontés de chacun et de vérifier que les plages de repos régulières sont bien respectées, indique le Pr Godier. Les malades sont difficiles à prendre en charge. C‘est épuisant et cela va durer des semaines. Il faut que nous puissions tenir sur la longueur. C’est difficile mais le personnel travaille avec enthousiasme et entraide. »

Et de conclure : « Nous devons encore augmenter le nombre de lits de réanimation dans les jours à venir mais pour cela il nous faut des infirmières de réanimation. C’est le facteur limitant. Toutes les infirmières ayant des compétences dans ce domaine doivent venir nous aider. Sans elles, nous ne pouvons rien faire.» 

Laure Martin

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