Une Infirmière en pratique avancée (IPA) et un sociologue se sont associés pour porter un regard original sur l’intégration des IPA dans l’écosystème de soins.

Marie-Charlotte Druart, IPA « pathologies chroniques » au service d’endocrinologie de l’hôpital Henri Mondor (Créteil), et Nicolas Naïditch, sociologue, ont mêlé le savoir expérientiel de l’une et l’approche via les sciences humaines de l’autre, dans un article publié dans la revue scientifique Soins l’été dernier.
« La sociologie a permis de poser des mots sur ce qui était ressenti au quotidien », résume l’infirmière. Leur propos s’organise autour de « deux concepts centraux, celui de transfuge de classe à la mobilité ascendante et celui de monopole professionnel », indique le sociologue. Le premier fait référence au fait que les infirmiers qui deviennent IPA à l’issue d’une formation universitaire de deux ans se distinguent de leurs anciens collègues et de leurs pairs IDE en général sans pour autant s’intégrer à un autre groupe social.
Coincés entre deux mondes sociaux
Ils se retrouvent « coincés entre deux mondes sociaux » aux logiques distinctes, celui des infirmiers et celui des médecins, écrivent-ils. Pour Nicolas Naïditch, le concept de transfuge de classe appliqué aux IPA « permet de dire que même dans une société où la reproduction sociale est forte, il y a des possibilités de mobilité. Mais ce n’est pas parce que ces possibilités d’ascension existent qu’elles ne se produisent pas sans souffrance. »
Leur formation, leur nouvelle posture d’IPA et leurs nouvelles missions, moins axées sur les soins techniques, peuvent créer une distance avec leurs anciens collègues IDE. Déjà, pendant la formation des IPA, les IDE de leur service ont dû absorber leur charge de travail, qu’ils ne reprendront pas à leur retour.
L’IPA ne reprend pas non plus la même place ni les mêmes missions dans l’équipe. « Quand on devient IPA, on a passé deux ans en dehors du système de soins, on a pris du recul sur les organisations quotidiennes et notre intellect a été nourri par un système universitaire très riche, décrit Marie-Charlotte Druart. On peut ressentir une inadéquation entre l’hyperstimulation intellectuelle, ce qu’on a envie de faire suite aux études et les freins liés à l’organisation institutionnelle, certaines lenteurs ou les priorités d’organisation des services. »
Pour autant, ajoute-t-elle, les IPA se considèrent toujours comme des infirmiers mais « ce qui est compliqué c’est l’absence de modèle auquel ils pourraient se référer ». Il en existe aux États-Unis et au Canada mais pas en France, ajoute-t-elle, ce qui rend « difficile l’acquisition d’une identité professionnelle. Ce modèle, c’est à nous de le créer ».
Un modèle à créer
Et si les IPA ont le droit d’effectuer des actes jusqu’alors réservés aux médecins, cela ne fait pas pour autant d’eux des « mini médecins ». D’ailleurs, des résistances médicales sont parfois exprimées sur l’étendue des missions et prérogatives des IPA car elle vient percuter l’idée d’un monopole professionnel (médical) sur ces actes, défendu par certaines organisations de médecins. « Quand une profession est autorisée à empiéter sur les prérogatives d’une autre, cela fragile le monopole de cette dernière » et peut créer des crispations, remarque Nicolas Naïditch. Qui ajoute : « C’est un fait sociologique observé dans de nombreux milieux professionnels ». Plus prosaïquement, les infirmiers en pratique avancée peuvent aussi être perçus par certains médecins comme une menace pour leur niveau de revenu.
Aux IPA de trouver les moyens et la posture de naviguer entre ces deux mondes et surtout de créer le leur. Pour Marie-Charlotte Druart, il serait utile de davantage préparer l’équipe au départ d’un de ses IDE en formation d’IPA en expliquant concrètement ce que ses futures missions et son projet, s’il en a déjà un, apporteront à l’équipe, au service et aux patients. Cela permettrait de limiter les incompréhensions sources de tension lors du retour des IPA de formation. « Pendant les deux ans de formation on peut aussi leur parler de la pratique avancée » afin de les familiariser avec ce qu’elle représente et implique dans un service, ajoute-t-elle.
L’amélioration de l’intégration des IPA nécessite donc, pour l’infirmière comme pour le sociologue, un « changement de paradigme, tant au niveau des représentations sociales que des politiques de santé, écrivent-ils, pour permettre une meilleure reconnaissance et une valorisation de ces nouveaux acteurs du parcours de soin ».
Géraldine Langlois
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