Intrusion à la Pitié-Salpétrière : les uns dénoncent une attaque, les autres plaident la fuite

En marge du défilé du 1er mai, une trentaine de personnes s'est introduite dans l'enceinte de l'hôpital de la Pitié-Salpétrière. Certaines ont essayé de pénétrer dans le service de réanimation chirurgicale, selon un grand nombre de témoignages. Si certains condamnent fermement, d'autres évoquent "l'impossibilité de faire autrement". 

Mise à jour, le 3/05 : L'article ci-dessous a été diffusé le 2/05 au matin (10h). L'équipe d'ActuSoins avait pris soin d'aller chercher et de relater d'autres points de vue que ceux  qui avaient été véhiculés jusqu'alors. C'est la raison par laquelle nous avons relayé, en fin d'article mais aussi après la citation du directeur de l'AP-HP, des points de vue contradictoires ou dédramatisant la situation (infirmier présent, Street Medic, Site "Revolution Permanente", témoignage sur Twitter...), alors-même que l'enquête était en cours. Depuis, les témoignages et les vidéos se sont multipliés sur la toile et dans les médias et vont en effet dans le sens d'une minimisation de la violence (les manifestants cherchaient à priori, un endroit pour se mettre à l'abri) comme nous en avions formulé l'hypothèse. Pour aller plus loin, nous précisons donc qu'aucun dégât n'a été constaté au service de réanimation à la suite de l'entrée des manifestants dans l'hôpital. Aucun lien n'a été établi entre les manifestants présents et les dégradations importantes sur les murs de l'AP-HP et la disparition d'un vidéo-projecteur en chirurgie digestive le jour même, devons-nous noter également. Les gardes à vue des 32 personnes interpellées ont été levées. 

L'hôpital de la Pitié-Salpétrière© AP-HP

Les témoignages tournent en boucle depuis hier soir sur les chaînes télévisées. 

"Une vingtaine de manifestants a essayé de pénétrer dans le service de réanimation par l'issue de secours, alors même que du personnel y était de l'autre côté en train de leur faire signe de ne pas le faire [...] Le personnel craignant une menace pour eux et pour les patients ont protégé le service en tenant la porte de l'issue de secours fermée, le temps que les forces de l'Ordre interviennent", raconte ainsi le Pr Mathieu Raux, anesthésiste,  à BFM TV. 

La directrice de l'établissement, interrogée par France Inter et LCI, a détaillé ce qu'il s'est passé, de son point de vue. "Ils sont entrés par le portail après avoir forcé la porte. Certains sont passés par le portail et d'autres ont enjambés les grilles". Un second groupe se rend au 1Er étage, au service de réanimation. "C'est là qu'ils ont essayé de forcer la porte. Nos personnels étaient dehors en train de tenir et de leur dire qu'ils ne pouvaient pas rentrer".

"On va vu un vent de panique. 50 personnes sont montées sur la passerelle en voulant rentrer dans la réanimation [...] On a réussi à contenir la porte [...] Ils voulaient qu'on ouvre la porte, ils fuyaient quelque chose. On comprenait leur détresse mais en fait, on ne savait pas lire dans leurs intentions. Aucune personne n'avait le visage masqué ou cagoulé [...]", a précisé un infirmier du service sur BFM Tv. 

Une attaque pour les uns, un repli pour les autres

Il y a ceux, majoritaires, qui condamnent fermement. 

"S'en prendre à un hôpital est inqualifiable", a exprimé Agnès Buzyn sur Twitter, puis sur l'antenne d'Europe 1. La ministre des solidarités et de la santé s'est rendue se matin sur place pour " avant tout, soutenir les soignants". "Je ferai évidemment un tour pour voir s'il y a eu des dégâts commis dans l'hôpital puisqu'on me rapporte un certain nombre d'exactions, notamment sur du matériel informatique qui aurait été volé", a t-elle ajouté. 

Même son de cloche du côté de la direction de l'AP-HP. "On est passés au bord de la catastrophe", a estimé Martin Hirsch sur France Info, dénonçant des "débordements gravissimes" et "inédits". "Ce qui est inédit c'est qu'il y a un certain nombre de personnes qui ont tenté de forcer une porte derrière laquelle ils voyaient qu'il y avait des soignants qui criaient : ‘Attention, malades en danger!’", a -t-il ajouté. Au sein de ce service de réanimation, il y a des "patients intubés, ventilés et extrêmement sensibles", a t-il rappelé. D'après lui, "il ne pouvait pas y avoir de méprise" de la part des manifestants. 

Côté, défense, il y a ceux qui tempèrent, qualifiant les faits de "Pseudo-invasion". " Un groupe de manifestants a effectivement forcé un portail pour entrer dans l'hôpital. Pour ceux qui ne connaissent pas la Pitié, c'est une ville dans la ville. Ils se sont retrouvés à l'extérieur de la réanimation chirurgicale Cordier. Personne n'est entré dans le bâtiment [...] Oui on les voit sortir du bâtiment mais pour passer de la cour arrière à l'allée principale, pas le choix", argue le collectif Street Medic, qui porte secours aux blessés sur place lors des manifestations. 

D'autres, à l'instar du Courant Révolutionnaire du NPA (Nouveau parti anticapitaliste), via son site "Révolution permanente" plaident aussi l'impossibilité de faire autrement. "La foule bloquée Bd de l'hôpital est gazée, paniqués les gens se réfugient à La Pitié Salpétrière... un nouveau traquenard de Castaner", peut-on lire sur un des témoignages recueillis dans un article. 

Une plainte a été déposée par l'AP-HP, qui a transmis des vidéos à la justice. "Ce qu'on voit sur les vidéos tournées par les soignants montre le courage et la volonté de défendre les patients", a déclaré Martin Hirsch. 

Rédaction ActuSoins

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