Infirmiers libéraux éclaireurs : une action de santé publique émanant du terrain

Depuis plusieurs mois, cent quatre-vingt six infirmiers libéraux volontaires de la région Auvergne-Rhône-Alpes ont une nouvelle mission à remplir : celle d’éclaireur. Le rôle est d’assurer une veille sanitaire viaune application mobile avec pour objectif, à terme, de faire évoluer les pratiques. Article paru dans le n°27 d' ActuSoins magazine en décembre 2017. 


Infirmiers éclaireurs : une action de santé publique émanant du terrain

©iStockphoto.com/kieferpix

« L’idée de mettre en place cette veille sanitaire est née il y a quatre ans de l’envie et de la nécessité de déclarer les phénomènes de mortalité et de morbidité évitables que nous pouvons détecter en tant qu’infirmiers libéraux », explique Louise Ruiz, présidente de l’association Les infirmiers éclaireurs, et secrétaire générale adjointe de l’Union régionale des professionnels de santé (URPS) Infirmiers de la région, à l’origine du dispositif.

A l’époque, pour développer le projet, il lui manque un support logistique et des finances. Louise Ruiz soumet alors son idée à l’URPS qui la valide et engage des fonds pour la mise en place des éclaireurs. Depuis, « les infirmiers éclaireurs » sont devenus une association indépendante de l’URPS afin d’assurer sa pérennité en dehors de tout engagement politique. L’application, officiellement lancée en mars 2017, permet aux infirmiers libéraux (idels) d’assurer une veille sanitaire – une première en France – en recensant et quantifiant des événements morbides et mortels évitables afin que les données soient analysées.

Eclaireurs volontaires

Chaque infirmière libérale volontaire devient éclaireur, bénévolement, sur simple inscription en ligne après adhésion à la charte et aux principes de l’association. « Pour le moment, nous nous limitons à la région Auvergne-Rhône-Alpes, afin de ne pas nous laisser déborder, précise Louise Ruiz. Mais l’ambition serait d’aboutir à une veille nationale. » Une fois inscrit, l’infirmier libéral a accès à l’application sur son smartphone et est doté d’un code personnel lui permettant de se connecter.

L’application est pourvue d’un dérouleur recensant des situations que l’infirmier peut cocher lorsqu’il est dans une situation concernée. A titre d’exemple, l’application énumère des phénomènes morbides cliniques comme la dénutrition, l’iatrogénie, l’anxiété majeure, les chutes, ou l’automédication. Des données de l’ordre des dysfonctionnements sont également recensées : une réhospitalisation précoce déclenchée par l’infirmier, un retour à domicile non sécurisé... Enfin, sont listés des éléments liés au plan catastrophe qui ne concernent donc pas directement la santé de la personne : accident lié à une canicule, grand froid, acte terroriste, grand accident de la route… En une minute, la déclaration peut être effectuée.

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Récupération des données

Les données déclarées, anonymisées, sont récupérées par une plateforme et, tous les trois mois, le comité scientifique de l’association, composé d’infirmiers experts, se réunit pour établir des statistiques et analyser les phénomènes prédominants, constater les différences entre les quatorze départements, entre les milieux rural et urbain.

« L’ensemble des informations nous donne des clefs de compréhension des phénomènes »,souligne Louise Ruiz. Puis, il est prévu qu’une fois par an, les éclaireurs se retrouvent lors d’une journée de séminaire  - dont la première aura lieu début 2018 -, au cours de laquelle le comité scientifique présentera les données ayant fait l’objet de remontées. « L’assemblée décidera ensuite des grandes orientations en termes de pratique et de recherche,indique Louise Ruiz. Ce sera aussi l’occasion de décider s’il faut rajouter des items au sein de l’application ou en enlever. »

Et de poursuivre : « pour nous libéraux, l’objectif est de trouver des stratégies pour avoir un impact en termes de santé publique et ainsi aboutir à des grandes orientations afin d’améliorer les pratiques et le dépistage. » Cette initiative permet à la profession de porter les axes d’amélioration la concernant et non qu’elles lui soient imposées. C’est aussi un moyen de faire remonter les besoins réels en partant de situations vécues qualifiées et pas uniquement quantifiées. L’association envisage pour la suite de présenter ses orientations aux autorités comme l’Agence régionale de santé (ARS). « Pour le moment, nous nous mettons en ordre de marche et cherchons à faire en sorte que le recensement devienne une routine, rapporte Louise Ruiz. Ensuite nous irons frapper aux portes. »

Laure Martin

Pour en savoir plus : http://www.infirmiers-eclaireurs.fr

Actusoins magazine pour infirmier infirmière hospitalière et libéraleCet article est paru dans le numéro 27 ActuSoins magazine 
(Dec/Janv/Fev 2018).

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Témoignages d'infirmiers libéraux

 

Sébastien Prat, infirmier libéral à Saint-EtienneSébastien Prat, infirmier libéral à Saint-Etienne

« Cette application est devenue indispensable »

« C’est au cours d’une formation de la FNI que j’ai découvert le dispositif des infirmiers éclaireurs. Cette veille sanitaire m’a vraiment intéressé. L’application, que j’utilise depuis août, me permet de déclarer tout ce qui me choque lors des prises en charge à domicile comme par exemple les retours non sécurisés d’hospitalisation ou les interactions médicamenteuses. J’ai fait plus d’une dizaine de déclarations. Cette application permet aussi de montrer le travail que nous effectuons en tant qu’idel mais qui n’est pas visible ni quantifiable. Notre problème en tant qu’infirmier est que nous gérons beaucoup de choses en dehors du soin, mais nous ne pouvons pas les montrer ni les quantifier. Les données sont ensuite récupérées, ce qui va permettre de proposer des pistes d’amélioration de nos pratiques et de mettre en place un meilleur relais ville-hôpital pour sécuriser les retours à domicile, par exemple. Cela reflète aussi beaucoup les problèmes rencontrés au quotidien. D’après moi, cette application est devenue indispensable, d’autant plus que cela prend une minute pour remplir les cases et qu’il n’y a pas besoin de réseau. Je suis en attente de retours, de connaître la première approche du recueil de données pour voir si ce que nous faisons est utile, ce dont je ne doute pas. »

Philippe Rey, infirmier libéral à ChamalièresPhilippe Rey, infirmier libéral à Chamalières

« Une nouvelle famille d’infirmiers se créée »

« Lors de la présentation de l’outil, j’ai tout de suite été séduit. L’application nous permet de faire connaître les événements que nous gérons au détour d’une visite. Il y a de nombreux actes que nous effectuons mais qui sont hors nomenclature. Il n’y a donc pas de traçabilité. De fait, même les institutionnels ne savent pas ce que nous faisons. C’est bien de pouvoir le montrer et le signaler surtout lorsqu’il y a des problèmes. C’est une nouvelle famille d’infirmier qui se créée. Cela démontre une envie de travailler différemment et permet de faire progresser la profession. Avant que l’application ne soit élaborée, je me disais que cet outil manquait. Il y a beaucoup de pistes à ouvrir et les premières statistiques donneront le tempo. Je participe à quelque chose qui est mon cœur de métier et nous allons pouvoir faire une photographie de ce qui se passe à domicile. Cela vient bien d’une volonté professionnelle de faire transparaître des événements, de participer à la santé publique et à des initiatives pour le bien-être de la population. C’est valorisant pour moi de prendre part à ce travail. Je trouve gratifiant de pouvoir dire, dans mon cabinet, que je participe au dispositif et puis cela permet un autre échange avec mes patients. »

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