Face au Covid-19, l’urgence de la formation des soignants

Parce que le coronavirus a démontré peu à peu sa forte contagiosité, sa virulence et la gravité des complications qu'il induit chez les patients atteints, il a fallu former un très grand nombre de soignants aux moyens de s'en protéger et à la prise en charge des malades. Dans un contexte d'urgence, d'incertitude et de manque de certains équipements, les stratégies ont varié d'un endroit à un autre. Article paru dans le n°37 d'ActuSoins Magazine (Juin 2020).

le décubitus ventral (avec mannequin ou patient simulé). Reportage au Centre cardiologique de Saint-Denis (93)

Parmi les entraînements : le décubitus ventral (avec mannequin ou patient simulé). Reportage au Centre cardiologique de Saint-Denis (93). © Cha Gonzalez.

Mal connu, le coronavirus a confronté le système de santé à de nombreuses incertitudes sur la meilleure manière de prendre en charge les patients infectés ou suspects, d'empêcher sa propagation et de se protéger de la contamination.

La crise sanitaire a aussi conduit de nombreux infirmiers à modifier leurs pratiques, voire à exercer dans des services différents. L'enjeu de la formation a donc concerné un très grand nombre de soignants dans un contexte de course contre la montre.

Les soignants que nous avons interviewés ont quasiment tous suivi au moins une formation sur les mesures d'hygiène et de protection notamment l'habillage et le déshabillage. Parfois, ces formations ont été adaptées à la pénurie de certains équipements comme les masques ou les surblouses.


En réanimation, services les plus impactés, les soignants ont été (ou se sont) formés aux spécificités de la prise en charge des patients Covid.

Hygiène et protection

La quasi totalité du personnel soignant (y compris de nuit) de l'Institut hospitalo-universitaire en maladies infectieuses de Marseille (Méditerranée infection, IHU), où les 75 lits d'infectiologie ont accueilli ce type de patients, y a été formée.

« La formation Covid que nous avons montée est une sorte de prolongement de ce que celles que nous assurons d'habitude » sur la tuberculose, le MersCoV, ebola ou le clostridium difficile, souligne Sophia Boudjema, infirmière hygiéniste à l'IHU et enseignante chercheuse à l'école des sciences infirmières de l'université d'Aix-Marseille.

Ces formations ont été dispensées deux fois plus souvent que d'habitude, auprès de tous les professionnels.

Les sessions d'une heure et demie portent d'une part sur la théorie des agents pathogènes, des virus en général et du coronavirus en particulier, leurs « comportements » et les moyens de se protéger. Côté pratique, les « stagiaires » s'entraînent plusieurs fois à s'habiller et se déshabiller de manière adaptée à différentes situations, selon une check-list et un protocole préétablis. « Certains points concernent spécifiquement les infirmières, précise Sophia Boudjema, comme l'équipement de protection nécessaire lorsqu'elles réalisent des prises de sang, des prélèvements de sécrétions, etc. »

Entraînement

En formation, les soignants s'entraînent plusieurs fois à s'habiller et se déshabiller

En formation, les soignants s'entraînent plusieurs fois à s'habiller et se déshabiller de manière adaptée à différentes situations, selon une chic-list et un protocole préétablis. Reportage au Centre cardiologique du Nord à Saint-Denis (93). @Cha Gonzalez.

Au CH de Valenciennes (Nord), les médecins de la réanimation ont animé des formations pour les infirmiers du service de réa et les ont informés au fil de l'eau, témoigne Maxime Decat, IDE du service depuis cinq ans. Les infirmières hygiénistes sont également venues sur les différents postes du service expliquer comment se protéger lors des gestes à risques.

Maxime Decat a été détaché pour former les IDE des autres services appelés en renfort en réa.

Avec des cadres et deux autres infirmiers, « nous avons créé une formation théorique de deux jours sur le fonctionnement de la réanimation, des soins en réa, en binôme infirmier - aide-soignant, et les spécificités du Covid-19 comme le syndrome de détresse respiratoire aiguë (SDRA), à partir de cas cliniques de patients dont l'état se dégradait, explique-t-il. Nous avons aussi organisé des ateliers pratiques sur les gestes de l'assistance à l'intubation sur mannequin, la manipulation de certains cathéters. Et une mise en situation à la fin. »

Ensuite, les nouveaux IDE ont travaillé en binôme pendant 15 jours. Ce programme de formation, sera étoffé et utilisé ultérieurement lors de l'accueil de nouveaux soignants dans le service.

Former les renforts

L'enjeu de la formation des infirmiers venus en renfort a été très prégnant dans les servies de réa. La clinique MCO de l'Union, près de Toulouse, a dû doubler début mars la capacité d'accueil de son service de réanimation et faire appel à des infirmiers non expérimentés.

Les trente soignants du service ont formé les trente nouveaux à quelques techniques de base, explique Caroline Benhayoun, cadre de santé de la réanimation qui avait suivi un atelier de la Société de réanimation de langue française (SRLF) sur le décubitus ventral.

Sur ce point spécifique, « nous avons organisé des séances de formation avec un patient simulé, un infirmier de réa équipé de fausses sondes et voies centrales, connecté aux scopes, au plus proche de la réalité, ajoute-t-elle. Nous ne pouvons pas mobiliser huit personnes, mais nous avons entraîné les soignants à le faire à trois plus un médecin. » Impossible en revanche de s'entrainer au changement des filtres des respirateurs du fait du risque de contamination : les médecins ont donc partagé les procédures par écrit et oralement lors des transmissions.

Tous les établissements n'ont pas mis sur pied des formations « maison ». Certains ont orienté les soignants vers des ressources existantes. Céline, infirmière dans un service de réa d'un hôpital du Grand est, a consulté les vidéos de la SRLF à l'invitation des médecins et des cadres du service. « Comme je n'y travaillais pas depuis longtemps, j'ai regardé tout ce qui nous concernait », souligne-t-elle.

Courant mars, la SRLF, qui organise plusieurs sessions annuelles de sa formation à distance pour les infirmiers, le programme FIER, a rendu accessibles sans inscription le module pour les infirmiers débutants en réanimation, quelques cours du module « avancé » et d'autres conçus spécialement en lien avec le coronavirus.

Cours en ligne

« Ces cours s'adressent à tous les infirmiers qui prennent en charge des malades en réanimation, indique le Dr Khaldoun Kuteifan, responsable de ce programme. A ceux qui ne connaissent pas la réanimation (et sont venus en renfort, NDLR), à ceux qui ont commencé la réa depuis peu et n'ont pas suivi la formation et aux anciens pour une mise à jour. Le SDRA que provoque le coronavirus, on n'en a jamais autant en même temps dans un service. »

Au fur et à mesure de l'amélioration des connaissances sur le virus, les gestes barrière évoqués dans certains cours ont été mis à jour. Les vidéos sur la physiologie des gaz du sang, le décubitus ventral, le SDRA ou l'utilisation des systèmes de monitorage de la pression artérielle ont été consultées plusieurs milliers de fois chacune. Mais « la formation ne se suffit pas à elle-même, ajoute le médecin. Elle doit être complétée par la pratique. Une nouvelle infirmière en réanimation doit être doublée et ne jamais être laissée seule pendant au moins un mois. »

Géraldine Langlois

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Actusoins magazine pour infirmière infirmier libéralCet article est paru dans le n°34 d'ActuSoins Magazine (septembre-octobre-novembre 2019)

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Le Mooc « FormationCovid19 » : un vrai succès

Dans l'établissement où travaille Gwenaëlle, « on a formé les services qui recevaient le plus de patients covid », comme la réanimation et les urgences. Infirmière en cardiologie, elle s'est donc formée elle-même via le cours en ligne (Mooc) « Formationcovid19 » dont l'APHP a mis en ligne les premières vidéos le 20 mars.

Fin mai, près de 30 000 personnes, de toute la France, s'y sont inscrites, dont « 45% d'infirmiers, indique le Dr Anthia Monribot, pharmacien hospitalier, étudiante en master « Sciences de l'apprentissage » et pilote de la conception du Mooc. « Quand l'épidémie a commencé, raconte-t-elle, notre partenaire nous a proposé de mettre à notre disposition ses moyens techniques pour créer un Mooc sur la prise en charge des patients Covid-19. Quatre jours après, une dizaine de cours étaient en ligne », sur des thèmes prioritaires : la ventilation artificielle et les mesures d'hygiène et protection.

50 vidéos, 30 000 inscrits

Le programme contient désormais plus de 50 vidéos de cinq à quinze minutes, systématiquement suivies d'une évaluation, ajoute le Dr Nathalie Pons-Kerjean, cheffe de service des pharmacies des hôpitaux Beaujon et Louis Mourier (APHP). Elles se répartissent en plusieurs parcours associant le Covid et la réanimation, la grossesse, la gériatrie, l'imagerie et les recommandations d'hygiène.

Un autre cours, destiné aux internes en médecine qui ont prêté main forte aux IDE (et utile aux étudiants en IFSI mobilisés) leur montre quelques actes infirmiers (préparation de perfusion, calcul de doses, réalisation de prélèvements sanguins, etc.).

Des mises à jours en cours de route ont été nécessaires, au fil de l'évolution des recommandations de la SRLF mais aussi de la disponibilité de certains équipements de protection pour l'habillage par exemple. « Nous en avons fait, par exemple, sur des dispositifs médicaux toujours autorisés mais qu'on n'utilisait plus comme le régulateur de débit, pour faire face au manque de pousses-seringue »

La moitié des participants a regardé plusieurs vidéos et 85 % des utilisateurs sont satisfaits du Mooc. Un vrai succès. « Les modules sur les recommandations en hygiène et le parcours sur le B-A BA de la ventilation ont été les plus suivis », remarque Anthia Monribot. « La plateforme va rester ouverte,ajoute le Dr Pons-Kerjean, notamment parce qu'elle est consultée par des soignants de l'étranger. »Elle est d'ailleurs en cours de traduction en espagnol.

G.L

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