Lister les soignants : entre non discrimination de principe et réalité vécue

La constitution de listes de soignants racisés, supposés plus à même de soigner les personnes elles-mêmes victimes de racisme, a été fortement débattue au cœur l'été sur les réseaux sociaux. Elle oppose les tenants d'une médecine universaliste par principe d'un côté et de l'autre les usagers de la santé qui témoignent de discriminations et ceux qui, plus généralement, les déplorent, et qui réclament un « changement de paradigme ».

Lister les soignants : entre non discrimination de principe et réalité vécueLa publication sur Twitter, à quelques jours d'intervalles, fin juillet et début août d'une liste de gynécologues noires d'une part, et de la recherche d'une IDEL racisée par le collectif de soignants militants contre le racisme Globule noir, d'autre part, a suscité au cœur de l'été de vives réactions.

La Ligue contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA) a très tôt critiqué ces initiatives comme illustrant une « folie identitaire ». Le 11 août, les Ordres des médecins et des infirmiers ont également condamné « avec la plus grande fermeté » la mise en ligne « d’annuaires de professionnels de santé communautaires » ainsi que les accusations de racisme qu'elles sous-entendent à l'égard des professionnels de santé, qui se doivent de soigner tous les patients sans distinction.

Face aux critiques et aux accusations de communautarisme voire de racisme anti-blanc, le collectif Globule noir a fermé son compte sur Twitter et cessé toute activité publique.

Condamnation des Ordres

Certains dans la twittosphère et ailleurs - groupes de personnes racisées, de militants féministes, homosexuels ou de défenseurs de la cause LGBT- ont toutefois défendu la démarche des auteurs de ces tweets : selon eux, les patients se sont toujours transmis les coordonnées de professionnels de santé avec lesquels ils se sentaient plus à l'aise.


A part en cas d'urgence, beaucoup préfèrent se faire conseiller un médecin que s'en remettre au hasard. De nombreux témoignages de personnes subissant des discriminations (du fait de leur couleur de peau, leur origine, leur genre, leur poids, leur orientation sexuelle, etc.) vont dans ce sens.

Le groupe de militantes féministes Gyn and co, qui publie une liste de gynécologues, a aussi dénoncé le décalage entre la promptitude des Ordres professionnels à condamner « une initiative communautaire, aussi minuscule soit-elle » et leur « passivité remarquable » face aux plaintes concernant des pratiques racistes.

Expression d'une réalité

Quelques rares organisations de soignants ont également défendu la démarche des twittos concernés. Dès le 4 août, le Syndicat national des jeunes médecins généralistes (SNJMG) a déploré la fermeture par le collectif Globule noir de son compte sur Twitter, soulignant son « travail acharné pour lutter contre le racisme en santé par le biais de formations, groupes d'entraide, recueil de témoignages.... ».

Pour Emmanuelle Lebhar, interne en médecine générale et membre du bureau national du syndicat, la démarche incriminée ne relève pas du communautarisme mais de la lutte contre des discriminations et du soutien aux personnes qui en sont victimes.

Ces discriminations ne devraient certes pas exister, du fait du serment d'Hippocrate, souligne-t-elle, mais « il ne faut pas se voiler la face, de nombreuses études montrent qu'elles existent » et la constitution du type de liste critiqué, qui n'est pas nouvelle, ne peut donc pas être évitée selon elle.

Soutenir les personnes qui souhaitent être soignées sans subir de discrimination, « c'est le minimum, ajoute Emmanuelle Lebhar. Mais les changements sont à opérer dans toute la société » en général et dans le milieu médical en particulier. « On pourrait ne serait-ce que parler de ce problème en cours pendant les études de médecine », poursuit-t-elle, et aussi faire cesser la diffusion auprès des étudiants de représentations racistes comme celle du « syndrome méditerranéen », entre autres.

Sensibiliser les soignants

L'association Pour une M.E.U.F. (Pour une médecine engagée unie et féministe), qui regroupe des soignants engagés dans la lutte contre le sexisme dans les domaines de la santé et du soin, va également dans ce sens.

Ses membres, qui soutiennent les initiatives des usagers de la santé qui créent des listes de soignants avec lesquels ils se sentent à l'aise, réclament un « changement de paradigme ». Ils estiment indispensable de « réformer l'enseignement du soin afin de modifier en profondeur la manière dont nous considérons les patient·es, notamment celles et ceux appartenant à des groupes minorisés et de sensibiliser chaque soignant·e à la lutte contre les discriminations déjà ancrées dans les pratiques de soins ».

Géraldine Langlois

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