La quadrature du cercle des blocs « tout Ibode »

Les représentants des Ibode, des enseignants en école d'Ibode et des chirurgiens font pour la première fois front commun pour « alerter » les pouvoirs publics sur les conséquences de la fin de la dérogation concernant la pratique par les IDE de certains de leurs actes exclusifs. De nouvelles solutions se profilent mais ne régleront pas le manque d'Ibode.

La quadrature du cercle des blocs « tout Ibode infirmière de bloc opératoire »

Istock

Les infirmières de l'Union nationale des IBODE (Unaibode), leurs formateurs de l'Association des enseignants et écoles d'Ibode (Aeeibode) et les médecins de l'Union des chirurgiens de France (UCF) font front commun à l'approche de la date fatidique du 1er juillet 2019.

A cette date en effet, les mesures dérogatoires au décret sur les actes exclusifs des Ibode du 27 janvier 2015, qui permettent aux infirmières non Ibode de réaliser certains actes au bloc (aide à l'exposition hémostase et aspiration, l'article 1-b du décret), arrivent à échéance le 1er juillet 2019, explique Brigitte Ludwig, présidente de l'Unaibode. Les IDE aides-opératoires au bloc ne pourront donc plus les pratiquer et devront se cantonner aux fonctions de circulantes ou d'instrumentation « pure ».

Destinées à ménager une transition entre la publication des actes exclusifs et la formation d'un nombre suffisant d'Ibode pour pouvoir faire face à la mise en œuvre des dispositions du décret, cette dérogation devait déjà s'achever fin 2017. Mais elle a été prolongée une deuxième fois de 18 mois car les objectifs n'étaient pas atteints.

5000 à 6000 Ibode nécessaires

« La DGOS comptait beaucoup sur la VAE pour permettre aux infirmières de faire valoir leur expérience, poursuit Brigitte Ludwig. Mais les démarches sont tellement lourdes que très peu d'infirmières ont obtenu ainsi leur diplômes d'Ibode. » Rien que dans le secteur privé, il faudrait selon elle quelques 5000 nouvelles Ibode pour que le décret puisse être appliqué. Or « les VAE s'élèvent à 70 maximum par an ». Pour Aline Aline Dequidt, présidente de l'Aeeibo, « on ne forme pas 6000 Ibode, ni par la VAE ni via les écoles, en deux ans ». Et encore moins en six mois.

Les écoles d'Ibode, justement, se sont mobilisées. Elles accueillent des effectifs en hausse depuis la publication du décret de 2015. Le nombre d'inscrits est passé de 390 en 2016 à 553 en 2017 et 627 à la rentrée 2018, ajoute Aline Dequidt, et « leur taux de remplissage s'élève à 86% ». Deux nouvelles écoles ont également ouvert.

Pour accélérer les choses, Unaibode et Aeeibo avaient proposé de créer une formation pour les infirmiers « faisant fonction d'Ibode » avec un socle commun sur l'hygiène et la gestion des risques au bloc, des modules à la carte en fonction de leur expérience et du tutorat sur le terrain, avec à la clé le diplôme d'Ibode. Une proposition qui n'a pas été retenue.

Pour un bloc « tout Ibode »

 Les signataires du communiqué estiment qu'il est « urgent de mettre en place un dispositif permettant de former et qualifier "en masse" » les infirmières non Ibode qui travaillent au bloc. Ils ont demandé à être reçus par la ministre de la Santé mais n'ont pour le moment pas obtenu de rendez-vous : « nous disons qu'il faut arriver à ce qu'il n'y ait que des Ibode dans les blocs, indique Brigitte Ludwig. Avoir plusieurs niveaux de qualification ce n'est pas positif, et pour la sécurité et la qualité des soins, c'est mieux si les équipes peuvent exercer tous les rôles. »

En attendant des mesures qui permettraient de diplômer davantage d'Ibode, il serait question au sein d'un groupe de travail sur la formation Ibode à la DGOS de permettre aux infirmières ayant une expérience significative au bloc - non encore précisée - de continuer à pratiquer les actes concernés par la dérogation à condition de passer un examen de vérification. L'Unaibode aimerait y adjoindre un minimum de formation...

Mais ce nouvel aménagement ne risque-t-il pas de décourager les vocations de futurs Ibode ? Des étudiants de l'école de Lille ont créé fin 2018 l'Association libre des étudiants infirmiers de bloc opératoire, qui recueille rapidement de nombreuses adhésion, selon son président, Clément Turpin.

Ils souhaitent faire entendre leur voix. Alors que la grande majorité de ces étudiants faisait déjà fonction d'Ibode depuis plusieurs années, le fait de suivre la formation d'infirmier de bloc, souvent loin de chez eux, constitue en effet pour beaucoup un sacrifice personnel, familial et financier. Or les mesures dérogatoires pourraient laisser penser à certains que, malgré tout l'intérêt de la formation, ils auraient aussi bien pu continuer à exercer au bloc comme avant... Ils aimeraient beaucoup ne pas être déçus.

Géraldine Langlois

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