IBODE : un moment charnière pour la profession ?

Mesures transitoires, décret sur les actes exclusifs partiellement reporté, malaise général dans la profession, les IBODE (Infirmier de bloc opératoire) s’apprêtent aux changements et font entendre leurs attentes.

IBODE infirmier de bloc opératoire : un moment charnière pour la profession ?

© i-stock

« Ce malaise général, on le pressentait », explique Laurence Boulou, présidente du Snibo, syndicat tout juste âgé d’un an. Le 28 septembre dernier, les résultats d’une grande consultation menée par le syndicat auprès de 8,2 % de la profession venait confirmer ce qui s’exprimait déjà assez fréquemment sur les réseaux sociaux. Cette initiative a permis de faire la lumière sur les craintes mais aussi les attentes des infirmier.e.s de bloc opératoire, ainsi que de mieux connaître leur profil.

La première revendication qui ressort porte sur la nécessité de la revalorisation salariale, une priorité pour 25 % de personnes interrogées, suivie de la reconnaissance du métier, 17 %. D’autre part, « 82% des sondés subissent des tensions quotidiennes avec notamment une réelle problématique de management dans les services (66%) », révèle l’enquête. « Pour un IBODE sur deux, les professionnels des blocs manquent de formation et sont soumis à des cadences trop élevées pour 82% », peut-on y lire.

Résultats : 15 % d’IBODE aimeraient changer de travail, une proportion inquiétante, d’autant plus quand on sait que 25 % sont âgé.e.s de plus de 50 ans. « Nous qui sommes déjà en manque d’IBODE, nous nous demandons comment anticiper ces départs à la retraite et majorer le nombre d’IBODE dans les blocs opératoires ? », s’interroge Laurence Boulou.

Mais la présidente du Snibo tient à mettre en avant des solutions potentielles : « Au Snibo, nous sommes favorables à l’abolition des deux ans de pratique après l’obtention du Diplôme d’Etat », afin de faciliter l’accès direct à cette spécialisation.

Dans la même veine, avec la date butoir de juillet 2019 comme horizon (application décret 1B), Brigitte Ludwig, présidente de l’Unaibode estime qu’il faut « travailler sur des mesures transitoires. Notre souhait serait que des infirmier.e.s, qui ont une certaine expérience du bloc, puissent accéder au diplôme d’IBODE, en ayant une formation bien sûr, mais peut-être pas l’ensemble de la formation, à l’instar de ce qui s’est produit pour les infirmières-anesthésistes (IADE) par le passé. Les besoins actuels en IBODE sont trop importants pour que le texte puisse être appliqué tel quel », craint-elle.

Face à ces besoins, le Snibo estime que l’attractivité de la formation initiale est essentielle. Laurence Boudou constate que « depuis janvier 2015 et les actes exclusifs qui reconnaissent les compétences exclusives des IBODE, le nombre de candidats aux concours a clairement augmenté. Ces actes exclusifs sont le marche-pied vers une exclusivité de la fonction », indispensable dans le cadre d’une technicité croissante des actes chirurgicaux et la nécessaire sécurisation des pratiques qui va de paire.

Les actes exclusifs repoussés à 2019

Face au report de la partie 1B du décret sur les actes exclusifs, la profession a néanmoins dû se former pour être prête à l’horizon de juillet 2019. « En termes de formation, les écoles se sont vraiment appliquées. De très nombreuses formations ont été faites. Ce qui était une crainte des établissements au démarrage, ne l’est plus du tout », se réjouit Brigitte Ludwig (Unaibode).

En revanche, cette dernière déplore n’avoir pas pu avancer sur les mesures transitoires, évoquées plus haut, ni sur « les enseignements communs avec les autres spécialités » et évoque la « déception des écoles », causée par la non réingénierie de la formation. Ces dernières, qui s’étaient beaucoup impliquées ces dernières années sur l’avènement d’un nouveau référentiel, « pensaient pouvoir appliquer la nouvelle formation ».

Or, l’annonce que les réingénieries travaillées par l’ANPDE, l’Unaibode, l’Aeeibo et le Ceepame ne correspondaient pas au cadre universitaire, a suscité l’incompréhension au coeur de la profession. « Les réingénieries, souhaitées par les professionnels, étaient attendues depuis près de 10 ans pour les IPDE et les IBODE et devaient permettre, à l'issue, une reconnaissance au grade Master pour les nouveaux diplômés et surtout une intégration à l'université », précise un communiqué de presse. Un projet, qui, pour l’instant, reste donc au point mort.

Brigitte Ludwig essaie néanmoins d’expliquer. « Les freins proviennent du fait que la problématique est large, puisqu’elle intègre les universités, la prise en charge par les régions, intègre les deux ministères (santé et enseignement supérieur), porte sur beaucoup de contenus et d’échanges, et non seulement le contenu d’une seule formation. » Alors, face à l’arrêt des réflexions, l’Unaibode a demandé la reprise ferme des travaux. En espérant désormais des déblocages rapides.

Delphine Bauer

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