Brigitte Bourguignon et les infirmiers : des espoirs et des doutes

La nouvelle ministre de la Santé et de la prévention, Brigitte Bourguignon, est très attendue par les infirmiers, éprouvés par la crise du système de santé en général et deux ans de crise sanitaire en particulier. Deux représentants des IDE, salariés et libéraux, expriment leurs espoirs, leurs attentes et leurs doutes vis-à-vis d'elle.

Brigitte Bourguignon et les infirmiers : des espoirs et des doutes

Brigitte Bourguignon, ministre de la Santé et de la prévention lors d'une interview il y a quelques semaines sur la chaîne LCI, alors qu'elle était ministre déléguée chargée de l'autonomie. © Capture d'écran LCI.

Brigitte Bourguignon, la nouvelle ministre de la Santé et de la prévention, n'est pas nouvelle dans le paysage politique puisqu'elle a occupé dans le gouvernement précédent le poste de ministre déléguée chargée de l'Autonomie ces deux dernières années. Avant, députée LREM, elle a aussi présidé la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale de 2017 à 2020 29 juin 2017, et juste avant de devenir ministre, la commission d'enquête sur la crise sanitaire à l'Assemblée nationale.

Pour Céline Durosay, secrétaire nationale de la Coordination nationale infirmière (CNI), cette expérience fait qu'elle « est supposée savoir de quoi elle parle et quelle est la situation sur le terrain, ce qui est déjà engagé et ce que sont nos attentes. On ne part pas de zéro ».

Daniel Guillerm, président de la Fédération nationale des infirmiers (FNI) estime pour sa part qu'on « peut espérer qu'elle a une bonne connaissance des dossiers concernant le vieillissement et la dépendance. C'est plutôt une bonne chose dans le cadre du double défi actuel, le vieillissement de la population et l'explosion des maladies chroniques. Je pense qu'elle a une conscience aiguë des enjeux du système de santé et j'espère que l'expérience qu'elle a acquise va lui permettre d'exprimer ses compétences. » Il apprécie aussi l'intention affichée dans son titre de donner de l'importance à la prévention.

Une expérience pertinente

Ces éléments ne suffisent pas cependant à les rassurer. La secrétaire nationale de la CNI est restée « dubitative et dans l'attente » en écoutant Brigitte Bourguignon répondre lors d'une interview à la radio la semaine dernière qu'une future concertation serait organisée pour écouter les soignants.

Selon Céline Durosay, les concertations qui se sont tenues dans le cadre du Ségur de la santé ont déjà abouti à un état des lieux de la situation, très dégradée, qui résulte justement à son avis du fait que « les soignants ne sont pas entendus depuis 20 ans ». « Les constats ils les ont, les attentes ils les connaissent, maintenant il faut passer aux actes », insiste-t-elle. Daniel Guillerm n'est pas non plus « certain qu'une grand messe multipartite aboutira à des solutions ».


Alors que la loi autonomie promise par Emmanuel Macron au début de son premier mandat n'a finalement pas vu le jour, il attend beaucoup en tout cas du ministère de la Santé sur « l'approche domiciliaire, le maintien à domicile des personnes âgées en situation de dépendance ».

Les infirmiers libéraux, directement ou au travers des Ssiad ou de l'HAD, sont en effet en première ligne dans la prise en charge des « 75% des plus de 75 ans » concernés, rappelle-t-il. Le président de la FNI espère que Brigitte Bourguignon n'aura pas « une vision trop structuro-centrée ».

Le projet visant à confier aux Ehpad la coordination des centres territoriaux de ressources ajoute Daniel Guillerm, « nous paraît saugrenue, quand on connaît les difficultés des Ehpad aujourd'hui » et le rôle déjà important des infirmiers libéraux dans cette coordination. « Il nous semblerait pertinent qu'on soit partie prenante des discussions qui se tendront sur ce sujet », insiste-t-il. Il espère aussi, par ailleurs, que la nouvelle ministre sera « plus accessible » que durant son passage à l'Autonomie puisque le président du premier syndicat d'infirmiers libéraux n'était pas parvenu à la rencontrer.

Urgences vs « climat d'attente »

Céline Durosay voudrait de son côté que la nouvelle ministre de la Santé entende vraiment les soignants. Et qu'elle prenne très rapidement des mesures pour qu'ils retrouvent du temps soignant et le sentiment d'appartenir à une « famille » soignante, et pour que leur voix soit prise en compte dans les organisations, les projets d'établissements... L'urgence, selon elle : enrayer le cercle vicieux qui affecte le recrutements des soignants à l'hôpital : plus les conditions de travail se dégradent par manque de personnel, moins on arrive à recruter et plus les conditions de travail se dégradent... « Tant qu'on ne résoudra pas ce problème de recrutement à l'hôpital, on ne résoudra rien », insiste la secrétaire générale de la CNI. La ministre devra aussi selon elle préciser dans quelle mesure les primes de nuit et de jour fériés seront revalorisés et dans quelles proportions le point d'indice de la fonction publique hospitalière sera « dégelé ».

Mais quand ? Les élections législatives à venir font peser un climat d'attente sur ce gouvernement. Brigitte Bourguignon se présente en effet dans la sixième circonscription du Pas-de-Calais. Si elle n'est pas élue, elle devra quitter son poste. Mais son élection ne lui garantit pas de le conserver pour autant. « On n'a pas le sentiment que le gouvernement est cristallisé », estime Daniel Guillerm, pour qui « on perd du temps sur la gestion des dossiers ».

Géraldine Langlois

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