En Italie, l’obligation vaccinale des soignants est assez bien acceptée par les infirmiers

En avril 2021*, plusieurs mois avant la France, l'Italie a instauré l'obligation vaccinale des soignants. Selon Luigi Pais Dei Mori, infirmier médico-légal, conseiller national auprès de la Fédération nationale des ordres infirmiers (FNOPI) et président de l'Ordre des professions infirmières de la province de Belluno (Vénétie), son principe a été bien accepté par les soignants. La très grande majorité d'entre eux est aujourd'hui vaccinée. En cas de refus, les peines encourues sont lourdes.  

© Delbo Andrea / ShutterStock

ActuSoins : « Comment les infirmières et infirmiers italiens ont-ils perçu l'obligation de vaccination contre la Covid ?

Luigi Pais Dei Mori : Pour la grande majorité des infirmières, il n'était pas nécessaire d'appliquer une quelconque obligation, car elles se sont fait vacciner dès que cela a été possible, depuis que les premières doses ont été disponibles, en décembre 2020. elles ont ainsi fait preuve de leur sens des responsabilités et de l'éthique.

Quelques positions « dissidentes » ont été clarifiées par le dialogue et des explications scientifiques. Il y a eu quelques cas d'infirmiers qui ont adopté des positions ouvertement et inexplicablement non scientifiques. Ils ont été identifiés par les ordres provinciaux et des procédures disciplinaires ont été ouvertes à leur encontre pour violation de plusieurs articles du Code de déontologie.

Certains professionnels (médecins, infirmières mais aussi d'autres professionnels de santé ou du soutien) qui refusent la vaccination ont porté plainte contre leurs employeurs (sociétés de santé, établissements pour personnes âgées) mais ils ont tous perdu leur procès. En effet, les sentences ont fortement et clairement renforcé le principe selon lequel la protection de la santé publique passe avant le droit individuel d'un professionnel de santé à refuser le vaccin obligatoire.

AS : Combien d'infirmiers ne sont toujours pas vaccinés en Italie ?

P. D. M. : Quantifier les infirmières vaccinées contre le Covid est une opération complexe mais on peut estimer qu'aujourd'hui elles représentent plus de 90% des 456 000 infirmières italiennes (270 000 dans le secteur public, 30 000 libérales et les autres dans le secteur privé).

Nous approchons de 100% d'infirmières vaccinées parmi celles qui travaillent pour le système de santé national. Le pourcentage est inférieur pour les libérales, qui n'étaient pas incluses dans les campagnes de vaccination au départ : beaucoup d'entre elles sont encore dans la phase de vaccination. La part des « antivax » convaincus et intransigeants parmi les professionnels de santé est estimée à moins de 0,5%.

AS : Quelles pénalités encourent les infirmières qui refusent de se faire vacciner ?

P. D. M. : Selon la législation actuelle, le professionnel de santé qui ne s'est pas conformé à l'obligation vaccinale anti-SARS CoV-2 et qui ne peut pas le justifier par un certificat médical est suspendu du registre professionnel.

Ainsi, une des obligations essentielles de l'exercice professionnel n'est pas remplie. Si le professionnel de santé est un salarié (des secteurs public ou privé), la suspension inclut le non-paiement du salaire. S'il travaille en libéral, il ne peut pas non plus exercer et les peines pour exercice abusif de la profession sont de niveau criminel et très lourdes.

La législation prévoit aussi la possibilité de réduire les soins que les infirmières concernées peuvent réaliser à des tâches de niveau inférieur, tant qu'elles ne sont pas en contact avec d'autres personnes, ce qui implique une baisse de salaire. Cette possibilité n'a jamais été utilisée jusqu'à présent.

Les peines sont-elles différentes pour les infirmières qui travaillent dans le secteur public ou le secteur privé ?

P. D. M. : Non. L'enregistrement dans le registre professionnel concerne toutes les infirmières et ne tient pas compte du type d'employeur (public ou privé) ni du type d'exercice (salarié ou libéral).

La suspension d'une personne du registre professionnel empêche toute forme d'exercice de la profession. Cette suspension reste active jusqu'à ce que la vaccination soit complètement réalisée, tant que dure la campagne de vaccination nationale, toujours en cours, ou encore jusqu'au 31 décembre 2021, sauf si la campagne est prolongée.

Si des infirmières sont empêchées d'exercer, comment sont-elles remplacées sur le terrain ?

P. D. M. : L'exercice de la profession infirmière en Italie est exclusif, régulé et protégé par l'Etat (et par les ordres professionnels).

Ainsi, aucun autre professionnel ne peut prendre la place d'une infirmière. Le problème du manque de personnel (d'infirmières mais aussi d'autres professionnels), existe dans le système de santé italien depuis plusieurs années. La pandémie de Covid l'a encore plus souligné.

Le manque de personnel risque malheureusement d'obliger la réorganisation rapide de certains services. Mais une leçon a été tirée de cette crise : le nombre de places dans le cursus infirmier est augmenté considérablement.

L'ordre des infirmiers d'Italie s'est positionné en faveur de l'obligation vaccinale anti-Covid pour les infirmiers. Pourquoi ? 

P. D. M. : La Fédération nationale des ordres des professions infirmières, avec les 102 ordres provinciaux qu'elle représente, a toujours soutenu avec une profonde conviction le principal mandat pour lequel les ordres professionnels existent : la protection de citoyens. A cet égard, nous n'avons cessé de partager le principe de protection, également représenté par le caractère obligatoire de la vaccination pour les professionnels de santé. »

Propos recueillis par Géraldine Langlois

* Le décret du 1er avril 2021, qui introduit une obligation de vaccination « pour les personnels sanitaires et les opérateurs exerçant leur activité dans les structures sanitaires et socio-sanitaires publiques et privés, dans les pharmacies, les parapharmacies et autres locaux » est entré en vigueur le 1er juin en Italie, ndlr. 

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