Peut-on devenir infirmier en pratique avancée juste après son DE ?

Pour devenir Infirmier de pratique avancée (IPA), il est nécessaire d’avoir exercé trois ans en tant qu’IDE. Alors, pourquoi certains étudiants se lancent-ils dans un master en pratique avancée* aussitôt leur Diplôme d’État (DE) en poche ?

Peut-on devenir infirmier en pratique avancée juste après son DE ?

©Adobestock

Les textes sont formels. Pour travailler en tant qu’IPA, il faut non seulement avoir le diplôme correspondant, mais il faut également « justifier de trois années minimum d'exercice en équivalent temps plein de la profession d'infirmier ».

C’est la loi, ou plutôt, c’est le décret (celui de juillet 2018 relatif à l’exercice infirmier en pratique avancée) qui le dit. Et de fait, la plupart de ceux qui s’inscrivent en master en pratique avancée sont des professionnels expérimentés. La plupart, mais pas tous. Une petite minorité entament leur formation d’IPA alors que l’encre de leur DE est à peine sèche. Une option qui a ses avantages… et ses inconvénients.

« Quand on sort de l’Ifsi, on est encore dans le rythme de l’apprentissage, on est plus jeune, donc plus disponible, et on est en moyenne plus à l’aise avec les outils informatiques nécessaires pour se débrouiller dans le monde universitaire », estime Camille Lorenzo, étudiant en deuxième année de pratique avancée à Paris qui a justement entamé cette formation juste après son DE. Même son de cloche chez Bleuenn Laot, qui vient de s’inscrire en master de pratique avancée (à Marseille) alors qu’elle est tout juste diplômée. « Je trouve plus simple de faire cela dans la continuité, c’est plus facile ainsi d’organiser la poursuite de mes études », avance la jeune femme qui préside par ailleurs la Fédération nationale des étudiants en soins infirmiers (Fnesi).

La vie (pas tout à fait) en rose

Reste que tout n’est pas non plus tout rose pour ceux qui, comme Camille Lorenzo et Bleuenn Laot, ont préféré ne pas attendre trois ans avant de démarrer un master. Pour mieux les comprendre, Camille Lorenzo s’est lancé dans une petite étude qualitative auprès de ses semblables.

Il a donc réuni un petit échantillon de 13 jeunes diplômés qui suivent un master IPA, et les a interrogés via un questionnaire administré début septembre.

Résultat, si les participants citent parmi leurs principales motivations « l’approfondissement des connaissances », « la poursuite des études » et « l’accroissement des responsabilités », ils notent aussi des désavantages. Parmi ceux-ci, un « manque d’expérience professionnelle qui peut parfois représenter une difficulté pour suivre la formation », mais aussi « une difficulté à trouver un positionnement adéquat au sein de la promotion ».

À ces difficultés s’ajoutent une certaine réticence de l’institution à accepter les jeunes diplômés. « Beaucoup d’universités sont un peu frileuses à l’idée d’accueillir des étudiants à la sortie du diplôme », regrette Bleuenn Laot. Ce que confirme Camille Lorenzo, qui, en tant que membre du collège universitaire de l’Association nationale française des IPA (Anfipa), a recensé les différentes formations disponibles. « Sur les 25 universités qui proposent une formation d’IPA, seulement 10 offrent la possibilité de la suivre en formation initiale », dénombre-t-il. Résultat, le jeune infirmier estime que les étudiants IPA en formation initiale ne représentent qu’entre 0,5 et 2 % des effectifs.

Et après ?

Mais au-delà de ces chiffres, la grande question reste celle de ce qui se passe une fois le diplôme d’IPA en poche.

Car ceux qui se sont affranchis du délai de trois ans d’exercice en tant qu’IDE avant d’entrer en master doivent s’en acquitter après. Camille Lorenzo essaie de voir cela de manière positive. « Je pense que notre acquisition d’expérience pendant cette période sera encore plus bénéfique grâce à l’apport de notre formation d’IPA », estime-t-il. Mais Bleuenn Laot n’est pas tout à fait de cet avis. « Je pense que si on a notre diplôme d’IPA, c’est qu’on est capables d’exercer en tant qu’IPA, et je trouve un peu regrettable d’avoir ce délai de trois ans », juge-t-elle.

Mais la bonne stratégie ne consisterait-elle pas, justement, à utiliser au mieux cette période pour peaufiner son projet professionnel ?

On sait que bien des IPA éprouvent des difficultés à s’intégrer professionnellement une fois diplômés : les offres d’emploi pour ce nouveau métier ne sont pas légion, et l’exercice en libéral dépend beaucoup du bon vouloir des médecins traitants, souvent peu au fait des compétences des IPA. « C’est une période qui permettra aux jeunes diplômés IPA de mieux choisir dans quelle direction ils vont aller, de mettre en place leur projet petit à petit, de développer une posture… », énumère Camille Lorenzo. Bien utilisé, ce délai peut donc être du temps gagné, plutôt que du temps perdu.

Adrien Renaud

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*Le Diplôme d'Etat d'infirmier en pratique avancée est une formation professionnelle délivrant un titre professionnel ainsi que 120 crédits ECTS (European Credit Transfer System). Cette formation confère le grade master, d'où l'appellation "master" dans le texte.

Pour aller plus loin, lire : 

IPA : qu'il est dur de faire son trou ! (article réservé aux abonnés (numéro 38 d'ActuSoins Magazine, septembre 2020)

Infirmier en pratique avancée : une nouvelle profession en marche (décembre 2018)

Une quatrième mention, relative à la psychiatrie et à la santé mentale s'est ouverte (août 2019)

ANFIPA : « Aujourd’hui, nous nous mettons en ordre de marche » (février 2020)

Une société savante pour les IPA (janvier 2020)

UNIPA : un syndicat pour les infirmiers en pratique avancée (mai 2019)

IPA : Un tremplin pour la recherche (décembre 2018)

IPA : la question de l’expérience professionnelle (décembre 2018)

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Réactions

3 réponses pour “Peut-on devenir infirmier en pratique avancée juste après son DE ?”

  1. Dag dit :

    Bonsoir,

    ” Pratiques avancées ” ? Permettez-moi de rigoler si on compare avec ce qui se fait au Canada ou aux Etats-Unis.

    Pour revenir sur le cœur du sujet, je m’oppose totalement à ce qu’une IDE puisse directement se spécialiser en IPA. Quelle est sa légitimité en terme d’expérience pro ?

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  2. Julio dit :

    Des IPA qui n auront à leur sortie de diplôme jamais… pratiqué. Ni cohérent, ni signe de qualité pour moi.
    1 gestion de service le we en sous effectif, il faut l avoir vécu je trouve.

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  3. christelle dit :

    Bonjour, Je se suis à la fin de mon d’IPLOME D IINFIRMIER et je souhaiterai savoir dans quel centre on accepte les eleves qui n’ont pas fait les 3vans d’etudes et veulent commencer de suite la formation d’IPA,

    Bien à vous

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