Un syndicat pour les infirmiers en pratique avancée

L’UNIPA (Union nationale des infirmiers en pratique avancée), premier syndicat spécifique aux futurs IPA et aux infirmiers étudiants en pratique avancée, a déposé ses statuts en février dernier. Entretien avec sa présidente, Tatiana Henriot, infirmière étudiante en pratique avancée de deuxième année à l’université Paris Diderot.

Tatiana Henriot, présidente de l'UNIPA. © DR

L’univers infirmier foisonne de structures, de fédérations, d’associations et de syndicats. Pourquoi avez-vous souhaité fonder cette nouvelle organisation, spécifique aux IPA ?

La compétence actuelle des syndicats infirmiers existants en matière d’IPA est pour l’instant assez limitée et les personnes qui, en leur sein, représentent cette nouvelle profession, ne sont en général pas engagés eux-mêmes dans un cursus d’études pour devenir IPA. Il fallait donc créer une organisation qui représente tous les futurs infirmiers en pratique avancée, qu’ils soient salariés ou libéraux.

Il fallait surtout que cette organisation connaisse les problématiques du quotidien, qu’elles soient liées aux études ou à l’exercice. En clair, il fallait que l’on soit experts de nous-mêmes ! Il ne s’agit pas d’entrer en opposition avec les syndicats existants. Au contraire : on souhaite co-construire, car on s’inscrit dans la pluri-professionnalité. On pourrait même, dans l’avenir, envisager des partenariats avec les autres syndicats.


Avec des statuts déposés en février, la législation, qui exige deux années d’ancienneté pour être représentatif, ne vous permet pas encore de participer aux décisions. Comment allez-vous vous faire entendre lors des négociations et discussions relatives à la pratique avancée ?

En effet, nous n’avons encore aucun droit de ce côté. Néanmoins, on espère vraiment pouvoir participer au débat, aux côtés des syndicats représentatifs et être conviés lors des réunions et des groupes de travail.

Après les volets « compétences » et « formation », formalisés par voie d’arrêtés et de décrets en juillet 2018, la profession attend avec impatience les textes relatifs au volet « rémunération ». Alors que les premiers IPA sortiront des bancs de la fac en juillet 2019, où en est-on ?

Au niveau institutionnel, les grilles salariales devraient sortir incessamment sous peu et devraient être conformes aux grilles bac +5.

Côté rémunération des IPA en ville, en revanche, on est loin de la possibilité d’exercer en juillet car les négociations avec la Cnam s’ouvriront - seulement – le 5 juin. On se demande donc comment les IPA sorties de l’université en juillet pourraient commencer à exercer leur fonction sans aucune convention correspondante.

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Reste-t-il d'autres aspects de la profession à travailler, à améliorer ?

Il y a tout à faire ! On est en train de réfléchir aux axes d’amélioration de cette profession. On pense aussi au côté opérationnel. Dans quelles conditions et comment va-t-on pouvoir exercer dans quelques mois ? Si en ville, il y a la question de la rémunération pour permettre l’organisation et collaboration, en institution, il y a la question des fiches de postes, pour la plupart, non rédigées. Dans tous les cas, nous veillerons à ce que les compétences de l'IPA soient déployées dans leur totalité.

On pense aussi à l’accès aux études, car il n’y a pas d’accès égal selon les modes et lieux d’exercice. C’est très compliqué, par exemple, pour les libéraux, d’obtenir un financement suffisant pour interrompre momentanément leur exercice et pour financer la formation. De même lorsqu’un employeur ne finance pas le projet de formation, les possibilités de financement du candidat sont restreintes.

Des infirmiers étudiants en pratique avancée dénoncent de fortes disparités en termes de temps passé aux études, d’une université à l’autre. Ainsi, alors que, dans une université, certains doivent se libérer quasiment à plein-temps sur une période de deux ans, dans une autre, leur cursus se limite à deux ou trois jours par mois sur cette même période. Pourriez-vous participer à l’uniformisation des cursus ?

C’est un vrai constat. Il y a beaucoup de disparités d’une université à l’autre. Malheureusement, les universités sont autonomes et, à partir du moment où elles respectent le cahier des charges fixé par décret, on ne peut pas agir sur le temps annuel passé en formation.

En revanche, on aimerait pouvoir siéger dans les instances décisionnelles des universités pour uniformiser. Il faut savoir qu’actuellement, dans ces instances, il n’y a vraiment pas beaucoup d’infirmiers (sauf pour quelques unes d’entre elles). On aimerait qu’à terme, les IPA ou les infirmières doctorantes puissent être partie prenante de l’équipe pédagogique.

Actuellement, trois mentions sont ouvertes à la pratique avancée (pathologies chroniques, néphrologie, oncologie). Une quatrième – santé mentale – va s’ouvrir dès septembre. Allez-vous porter d’autres projets de filières auprès des tutelles ?

Je pense que nous devrions déjà faire ce pour quoi on nous mandate, et ensuite, en fonction du retour terrain et des besoins de la population, nous envisagerons des pistes variées pour s’adapter. Plusieurs champs de pratiques pourraient s’ouvrir. On pense notamment à la médecine du travail.

Propos recueillis par Malika Surbled

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A propos de la pratique avancée

Alors que la loi de modernisation de notre système de santé de 2016 a posé un cadre juridique sur la profession d’IPA et que les textes réglementaires régissant ses modes d’exercice et de formation ont été publiés en juillet dernier, les premiers diplômés sortiront des bancs de la fac dès l’été 2019. D’ici 2023, selon l’objectif annoncé par le ministère de la Santé, 5 000 professionnels devraient pouvoir exercer. Mais la pratique avancée, c’est quoi exactement ?

Cet exercice en santé existe déjà dans de nombreux pays. En France, le choix a été fait de le déployer au sein des équipes, en commençant par la profession infirmière.  « Cela représente à la fois, la délégation aux infirmiers et infirmières d’un certain nombre de tâches qui étaient habituellement réservées aux médecins et la proposition aux patients d’un supplément de suivi qui est finalement directement hérité de la culture infirmière des soins et des services», résumait ainsi Michel Varroud-Vial, conseiller médical à la DGOS (Direction générale de l’offre de soins), lors d’une conférence de presse à la Paris Healthcare week 2018.

C’est donc une activité innovante, qui allie des connaissances cliniques infirmières approfondies à des compétences médicales. Nul professionnel ne pourra prétendre à ce titre, sans être titulaire du diplôme d’État spécifique d’IPA (deux ans d’études pour les titulaires d’un DEI ainsi que trois ans d’expérience infirmière sont requis).

L’activité pourra s’exercer à l’hôpital, ou en ville : deux parcours (oncologie et hémato-oncologie ; maladie rénale chronique, dialyse et transplantation rénale) correspondront plutôt à une activité hospitalière, alors que le troisième (pathologies chroniques stabilisées et polypathologies courantes en soins primaires) s’associera principalement à une activité en ville. Une quatrième mention « santé mentale », s’ouvrira, dans les universités, en septembre 2019.

M.S

Extrait du dossier « Pratique avancée : une nouvelle profession en marche », paru dans le numéro 31 d’ActuSoins Magazine, dec 2018

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