Un hôpital cinq étoiles pour les riches clients étrangers ?

"Y a-t-il un émir malade pour sauver les hôpitaux français ?" C'est sous ce titre humoristique que notre confrère Jim.fr reprend le rapport de l'économiste Jean de Kervasdoué* qui préconise d'adapter les hôpitaux à une nouvelle clientèle : les riches clients étrangers.

©Natacha Soury Pour ActuSoins n°15 : Soigner des V.I.P

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Pour ActuSoins n°15 : Soigner des V.I.P

Beaucoup se souviennent sans doute de l’indignation qu’avait provoqué en mai dernier la révélation de l’accueil à l'hôpital Ambroise Paré de Boulogne d’un émir du Moyen Orient qui lors de son hospitalisation avait privatisé neuf chambres de l’établissement.

Pourtant, l’économiste observe dans Le Monde que le véritable scandale dans cette affaire fut que le tarif accordé à l’émir ne fut que de 30 % supérieur à celui de la Sécurité sociale ! "Ces personnes sont prêtes à payer très cher pour un service de qualité", explique Jean de Kervasdoué.

Dans un rapport commandé par le gouvernement sur  la "valorisation de l’expertise médicale française", il évalue à 2 milliards d’euros le chiffre d’affaires que ce "tourisme médical" pourrait rapporter à la France d’ici cinq ans et entre 25.000 et 30.000 le nombre d’emplois créés. Des estimations calculées à partir des chiffres allemands.

Challenges cite le cas de l’institut Gustave Roussy accroit chaque année ses revenus bruts de 13 millions d’euros grâce à cette patientèle aisée qui s’acquitte de tarifs supérieurs de 36% à ceux définis par le ministère de la Santé. L’Hôpital Américain de Paris compte 35 % de ses patients non affiliés à la Sécu, dont 29% en provenance du Maghreb et du Moyen-Orient.

Les atouts et les freins

Parmi les "atouts incontestables" de la France : l'excellence des équipes médicales, les nombreuses opérations qui constituent des "premières mondiales"... et des tarifs compétitifs par rapport aux prix canadiens, allemands et suisses et surtout très inférieurs aux prix américains.

Du côté des moins : un barrage culturel. "Jusqu’à ce jour, l’accueil des malades étrangers en France était toléré et, pour le moins, peu soutenu par les gouvernements successifs", estime Jean de Kervasdoué.

A cet obstacle s’ajoutent la barrière de la langue, des lourdeurs administratives et juridiques comme l'interdiction de la publicité pour les médecins… mais aussi confort de l’hôpital français. "Aucun établissement sanitaire français n’est au standard international", estime l’auteur du rapport et la "qualité de l’hôtellerie et de la restauration" est "le plus souvent spartiate »

Conciergerie médicale, hôtels hospitaliers haut de gamme,...

Jean de Kervasdoué suggère donc la création d’une agence publique, baptisée "MEDICAL-France, chargée de promouvoir et d’organiser la prise en charge des patients étrangers, de développer un site Web traduit en cinq langues - anglais, arabe, espagnol, russe et chinois – et d'animer un réseau de "correspondants santé" dans les ambassades des pays ciblés.

Cette agence pourrait également autoriser certains hôpitaux à créer une filiale commerciale, voire une marque

Des sociétés privées de "conciergerie médicale, pour faire référence au rôle des concierges dans les grands hôtels" organiseraient la prise en charge du patient, depuis son arrivée à l’aéroport jusqu’à son départ.

*Titulaire de la chaire d'économie et de gestion des services de santé du conservatoire national des arts et métiers (CNAM), ancien directeur des hôpitaux (1981-1986)

Cyrienne Clerc, avec Challenges, Pourquoidocteur.fr et Jim.fr

A retrouver dans le dernier magazine ActuSoins un article sur l'hospitalisation des V.I.P. et un interview de Frédéric Baude, directeur des opérations à la clinique Geoffroy Saint-Hilaire (Générale de Santé) et référent communication pour la Pôle Paris de la Générale de Santé :

« Il faut savoir s’adapter » 

« Une procédure d’accueil des personnalités a été mise en place récemment à la clinique Geoffroy Saint-Hilaire. Quand elle arrive en consultation, le chirurgien ou sa secrétaire doit prévenir la direction et donner les dates de la consultation d’anesthésie et la date de l’admission. Ensuite, nous organisons l’entrée, nous demandons à la personne si elle désire une admission confidentielle et anonyme. Nous lui demandons la liste des visiteurs autorisés qui est communiquée à l’accueil et au personnel à l’étage. L’arrivée se fait par une porte d’entrée plus discrète que l’entrée principale. Côté hôtellerie, nous avons prévu deux gammes, « solo » et « solo confort » avec des repas améliorés. Si la personnalité demande une procédure de sécurité spéciale avec gardes du corps, elle l’assure elle-même avec son propre personnel et nous mettons à sa disposition, si nécessaire une chambre annexe. Il faut savoir s’adapter et proposer ce genre de services. »

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Réactions

4 réponses pour “Un hôpital cinq étoiles pour les riches clients étrangers ?”

  1. Avant certain se faisaient soigner quasi gratuitement zu val de grace. …alors si on peux vendre notre savoir faire à prix d or, tant mieux. ..si les excédants sont réinvestis dans le système de santé évidemment. ..

  2. Adi Sneyland dit :

    Tout le monde doit être traité à la même enseigne!

  3. Niks Brd dit :

    Le service publique qui s’euthanasie…

  4. mclove dit :

    paradoxe français , à l’heure où des français ne peuvent plus avoir accès au soins (pénurie de lits ,de médecins , de personnels , de prise en chage …)on soignera des “riches étrangers” !!!! elle est belle la vie merci MST

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