Formation continue des infirmières libérales : des incertitudes face à la réforme

La refonte du système de formation continue conventionnelle des infirmières libérales, qui prendra effet dès le 1er janvier 2013, pourrait rapidement susciter de vifs émois dans la communauté. Avec une perte des indemnités journalières lors des sessions de formation et une obligation de se former tout au long de la vie, professionnels et syndicats expriment d’ores et déjà leurs inquiétudes.

Formation Infirmière libérale Chèque DPCFin de la formation continue conventionnelle : rappels

« Je n’aime pas l’idée de devoir me former sous la contrainte, sans salaire et en devant rendre des comptes à l’Ordre infirmier qui sera chargé de me contrôler » explique amèrement Claire, infirmière libérale à Marseille.

Les raisons de la colère de cette jeune femme de 28 ans, installée depuis peu après le rachat d’une patientèle, s’expliquent par la réforme totale du système de formation continue conventionnelle chez les professionnels de santé.

Jusqu’à présent, les infirmières libérales pouvaient bénéficier de deux modes de financement cumulables pour l’accès à leur formation continue. D’une part, il y avait la formation continue conventionnelle, financée par l’assurance maladie. Dans ce cadre, l’infirmière pouvait choisir parmi 16 thèmes, une ou plusieurs formations agréées par Santé Formation 2, un organisme de gestion autonome. Les formations étaient alors prises en charge et l’infirmière percevait des indemnités compensatoires pour les journées de travail perdues (plafonnées à 7 journées/an et prises en charge à hauteur de 75 AMI, soit environ 236 euros par jour).

D’autre part, il y avait la formation continue professionnelle financée par le FIF-PL, organisme collecteur paritaire agrée (OCPA). Les infirmières pouvaient dans ce cadre, suivre jusqu’à 4 jours de formation par an, à hauteur de 200 euros par jour et dans la limite de 600 euros/an. Aucune indemnité de perte de ressources n’était prévue dans ce cas.

Ce qui change en 2013

La réforme de la formation continue, prévue pour 2013, ne concerne pour l’instant que la formation continue conventionnelle (FCC) au profit du « Développement Professionnel Continu » (DPC) : les infirmières libérales, qui cotisent à l’URSAFF, gardent les mêmes droits en matière de formation continue professionnelle. Par contre, tout change en matière d’avantages conventionnels.

Les infirmières, qui jusqu’à présent se formaient sur la base du volontariat, auront obligation de se former. Pour cela, elles recevront des dotations ou « chèques DPC » dont le montant forfaitaire sera fixé par la commission paritaire de l’Organisme gestionnaire du DPC (OGDPC). Ces chèques seront distribués chaque année et permettront de financer uniquement les enseignements certifiés, figurants dans un catalogue de formation agréé par le comité scientifique de l’OGDPC. Pour ces formations obligatoires, les infirmières ne toucheront plus d’indemnités compensatoires pour les journées de travail perdues.

L’adhésion puis le doute

«Dans nos métiers,  l’évolution des techniques nécessite une remise à niveau permanente. Il semble donc normal d’imposer aux professionnels une obligation de formation tout au long de la vie. En revanche, je m’interroge sur les modalités de mise en place du DPC. Nous sommes à 6 mois de son application et nous n’en sommes qu’aux fondations », explique Daniel Guillerm, vice-président de la Fédération Nationale des Infirmiers et président de Santé Formation.

En plus des retards dans l’organisation de la restructuration, les syndicats s’interrogent sur les conséquences de la mise en place du DPC sur la qualité des formations. L’assurance maladie n’augmentera pas sa contribution alors que le nombre d’infirmières formées sera bien plus important. « Pour s’en sortir financièrement, les organismes de formation vont devoir reconfigurer leurs enseignements. Les formations qui durent normalement 2 ou 3 jours risquent d’être écourtées et se feront davantage en e-learning » regrette Daniel Guillerm.

Et d’ajouter : « le caractère obligatoire du DPC peut induire des choix de formations DPC validantes sur des critères de temps, de distance et de prix.  Les professionnels les moins motivés pourront être amenés à sélectionner des formations des moins contraignantes juste parce qu’ils ont cette obligation ». Affaire à suivre…

Malika Surbled

Pour aller plus loin : les formations de nos partenaires pour les infirmières libérales

Réactions

8 réponses pour “Formation continue des infirmières libérales : des incertitudes face à la réforme”

  1. Sandra dit :

    et voilà, alors que quand les formations étaient rémunérées seules 25 % des idem y participaient, voilà que maintenant on va se plaindre qu’on supprime les indemnités … et bien j’ai envie de dire bienfait pour nous !!!

  2. Carole dit :

    ça arrangeait bien les caisses que 25 % des IDEL se forment car elle n’auraient pas pu financer 100% des IDEL pour les 7 jours de formation . Et donc voilà on perd encore de nos acquis , un jour il y a eu la disparition du contrat de santé publique en toute discretion maitenant les indemnités de perte de ressources et puis….. histoire à suivre

  3. moutarde dit :

    La DPC c’est la réunion d’une formation professionnelle continue et de l’ évaluation des pratiques.

    Évaluation des pratiques par qui ? L’ordre infirmier évidemment….

    L’ordre infirmier qui s’est gargarisé de cette avancée historique et qui donc, se gardera bien de s’exprimer sur la détérioration des moyens et outils de formation pour un coût bien supérieur par tête d’IDEl .

    Et ce, dans l’espoir d’augmenter sa main mise sur  la profession …

    À parier que les réseaux IDEL infiltrés par les cadres/conseillers de l’ordre et syndicats professionnels devraient récupérer une bonne part du gâteau…

  4. syndicat RESILIENCE dit :

    le DPC est géré par les URPS au niveau régional et va générer beaucoup de fonds qui profiteront à celles et ceux qui sauront en tirer profit/se mettre en avant, comme d’habitude …

    le % d’IDEL ayant voté en décembre dernier aux URPS est … insignifiant, on comprend aussi pourquoi les syndicats infirmiers libéraux ont fait une campagne dure, très dure entre eux, sur le sujet, avec une violence verbale qui n’a rien à envier aux politiques !

    le premier arrivé a gagné le gros lot et distribuera/gèrera la manne financière apportée aux URPS par la cotisation (nouvelle) infirmière prélevée en même temps que les URSSAF …

  5. Sansebastien dit :

    25% des IDELs me paraît beaucoup, les organismes de formation parlent plutôt de 13%.

    Compte tenu que les IDEL ont un rôle majeur en matière de santé publique, il paraît raisonnable lorsque l’on est soucieux de la santé de nos proches et nos amis que la formation continue deviennent obligatoire. Cela n’est pas un scoop, il y a des années que c’était “dans les tuyaux”.

    Triste reveil pour tous ceux qui ont cru que le changement de majorité présidentielle modifierait la trajectoire de notre avenir professionnel tout comme celle de la perrenité de l’ordre infirmier.
    Le “grand soir” n’est pas encore pour cette fois…

    • eusebe dit :

      Obligé d’aller sur un autre sujet pour baver ton amour pour l’ordre, c’est pathétique, mais sois sans crainte, ton ordre n’en n’a plus pour longtemps, on s’en occupe…

      • Sansebastien dit :

        Voilà un discours confraternel tout à fait digne de vous et de votre engagement pour notre profession, ou plutôt contre…Mais êtes vous seulement infirmière?
        J’en doute.
        Continuez votre combat politique, moi je préfère defendre mes consoeurs et confrères.
        Quand à la disparition de l’ordre infirmier, cela fait trois ans que vous et vos camarades syndiqués qui squattez toutes les rubriques d’Actusoins en annoncez la disparition, mais je crains que vous aurez disparu(e)s ainsi que moi d’ailleurs bien avant…
        Salutations

  6. eusebe dit :

    Hors sujet !!

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