Formation AFGSU, sur le terrain, son accessibilité semble limitée.
A l’origine, la formation a été mise en place afin de répondre à une problématique de prise en charge des usagers. « Sur le terrain, nous nous sommes rendu compte que les urgences étaient mieux gérées en pré-hospitalier qu’au sein des services, car les professionnels y sont dédiés et disposent de tous les moyens et des compétences nécessaires », explique Gaël de Beaudrap, infirmier au Smur/Samu à l’Assistance publique-hôpitaux de Marseille (AP-HM) et formateur AFGSU.
« En dehors des services d’urgences ou de réanimation, les professionnels des établissements sanitaires et médico-sociaux sont moins confrontés à des situations d’urgence. De fait, lorsque ces situations se produisent, ils rencontrent de grandes difficultés à les prendre en charge en attendant l’arrivée des renforts. »
AFGSU : Problématique d’accessibilité

Pour pallier ce problème, la formation est devenue obligatoire dès la formation initiale. L’objectif est ainsi de veiller à ce que les professionnels de santé, libéraux comme salariés, les personnels administratifs, techniques et ouvriers des établissements sanitaires et médico-sociaux, et les futurs soignants, détiennent une culture commune de gestion des risques sanitaires, biologiques, chimiques ou nucléaires, puissent entreprendre les mesures adaptées et éviter des conduites inappropriées dans ces situations pour lesquelles ils sont en première ligne.
La formation AFGSU est composée d’un niveau 1 pour les non-soignants (14 heures), d’un niveau 2 pour les soignants (21 heures), et d’un niveau de spécialisation avec 12 modules. Valable quatre ans, cette formation est dispensée par l’un des 103 Centre d’enseignement aux soins d’urgence (Cesu) répartis sur le territoire.
Cependant, pour le responsable d’un centre de formation ayant conventionné avec un Cesu, préférant rester anonyme, l’organisation actuelle des formations ne permet pas de répondre à la demande. « Les formations à l’AFGSU sont mal nomenclaturées », estime-t-il.
Pour former une personne à l’AFGSU, le formateur doit obligatoirement être professionnellement d’un niveau au moins équivalent à celui des personnes qu’il forme. A titre d’exemple, un infirmier ne peut pas former un médecin.
Il doit aussi obligatoirement exercer aux urgences ou en réanimation. Exception : les formateurs des Instituts de formation en soins infirmiers (Ifsi) peuvent dispenser la FGSU aux étudiants en soins infirmiers à condition d’avoir suivi une formation de formateur en gestes et soins d’urgence de dix jours théoriques.
L’AFGSU de niveau 2 : un dispositif spécifique pour les professionnels de santé
L’AFGSU de niveau 2 s’adresse spécifiquement aux professionnels de santé, qu’ils soient infirmiers, médecins, aides-soignants, sages-femmes ou kinésithérapeutes. D’une durée de 21 heures, cette formation intègre l’ensemble du contenu du niveau 1 auquel s’ajoutent des compétences plus avancées adaptées aux pratiques professionnelles des soignants.
Le programme du niveau 2 comprend plusieurs axes majeurs : la prise en charge d’une personne en situation d’urgence vitale (arrêt cardiaque, obstruction des voies aériennes, hémorragies), la gestion des urgences potentielles (malaises, traumatismes, accouchement inopiné), et l’utilisation du matériel d’urgence présent dans les services. Les participants sont formés à l’usage du défibrillateur automatisé externe (DAE), du chariot d’urgence, des dispositifs d’oxygénothérapie et de ventilation artificielle.
Cette formation permet également aux soignants de mieux comprendre leur rôle dans la chaîne de survie et d’améliorer leur coordination avec les équipes du SAMU lors de la prise en charge d’une urgence. Elle aborde aussi les aspects réglementaires et éthiques liés aux situations d’urgence, notamment concernant le refus de soins ou les décisions en fin de vie.
Déficit dans l’offre de formation AFGSU ou blocage des demandes dans les services ?
De fait, pour les infirmiers déjà diplômés notamment, ce fonctionnement actuel serait « limitant », d’après le responsable du centre de formation : le verrouillage des formateurs pouvant dispenser la formation serait à l’origine d’un déficit d’offres de formation.
Le Dr Gaël Gheno, président de l’Association nationale des CESU (ANCESU) ne partage pas ce point de vue. « En dehors du retard pris pendant la crise sanitaire, en raison de l’obligation de fermer des CESU, nous n’avons jamais reçu de remontée de terrain sur l’absence de formations d’étudiants au sein des Ifsi ou de soignants. »
Il reconnaît que certaines zones peuvent traverser des périodes de tension. Cependant, les CESU étant organisés, par territoire, en réseau (RESU), dès lors que l’un d’eux est en dépassement de capacité pour former à des soignants en demande, il peut solliciter l’aide d’un autre CESU, précise-t-il.
Pour Gaël de Beaudrap, le nombre de soignants devant encore être formés est colossal. Pour lui, le problème ne vient pas de l’offre de formation mais des demandes des professionnels, non satisfaites .« Les CESU pourraient tout à fait absorber d’autres demandes de formation, mais encore faudrait-il que les établissements acceptent d’envoyer leurs professionnels de santé en formation », pointe-t-il du doigt.
Avec des services fonctionnant actuellement à flux tendu, envisager de « libérer » des soignants pour les trois jours que dure la formation, est source de crispation.
Les solutions face à la demande
Pour faire face à la demande, le responsable du centre de formation suggère d’échelonner le niveau des formateurs en fonction de celui des personnes à former. « L’AFGSU implique notamment une formation à l’usage de certains matériels tel qu’un charriot d’urgence, explique-t-il. Pour les professionnels amenés à utiliser ce type de matériel quotidiennement, la formation par un urgentiste paraît évidente. En revanche, pour les secrétaires médicales par exemple, qui n’utiliseront jamais ce type de matériel, pourquoi est-il nécessaire d’exiger une formation par un urgentiste alors qu’un autre soignant formé et compétent dans le domaine pourrait tout à fait le faire. »
Gaël de Beaudrap, lui, plaide pour une augmentation du nombre de formateurs, en conservant les pré-requis actuels nécessaires néanmoins. « Il n’est pas envisageable, selon moi, que des personnes puissent être formées par un formateur qui ne pratique pas régulièrement des soins d’urgence. En revanche, il faudrait davantage communiquer sur ce rôle car la fonction est encore méconnue, regrette-t-il. Pourtant, elle est bien rémunérée. »
Mais cela impliquerait, de la part des établissements employeurs, un peu plus de souplesse concernant les horaires de travail des soignants afin qu’ils puissent plus facilement se consacrer à la formation de leurs pairs.
Des infirmiers satisfaits
Les infirmiers et aides-soignants ayant accès à la FGSU en sont satisfaits. « Ils sont souvent dans l’attente de pouvoir la suivre car ils craignent d’être confrontés à une prise en charge en situation d’urgence et souhaitent vraiment être formés, observe Gaël de Beaudrap. De plus, les cours, organisés autour de la théorie et de la pratique, permettent de faire le parallèle entre les vies professionnelle et personnelle. »
Et de poursuivre : « A l’issue de leur formation, ils sont généralement satisfaits car ils savent qu’ils ont acquis des compétences. Mais ils ont conscience qu’il serait utile, pour une prise en charge optimale, que d’autres personnes de leur service soient également formées. » D’où l’importance du recyclage de la formation, tous les quatre ans, car l’absence de pratique fait oublier les gestes. « Idéalement, il faudrait un recyclage tous les ans, mais à ce rythme, nous ne parviendrions pas à former tout le monde », reconnaît Gaël de Beaudrap.
Pour pallier ce problème, les formateurs encouragent généralement les équipes à mettre en place des formations internes à leur service, afin d’entretenir les connaissances. Actuellement, le recyclage est d’une journée mais « il repose sur le bon vouloir des établissements de santé », regrette le Dr Gheno, qui milite pour son caractère obligatoire.
Laure Martin
Les différentes formations aux premiers secours
Outre la FGSU, il existe d’autres formations aux premiers secours.
– La formation “Prévention et secours civique de niveau 1” (PSC1) dure une journée. Elle rattachée au ministère de l’Intérieur et s’adresse à tous les citoyens.
– La formation “Sauveteur secouriste du travail” (SST) dure 14 heures. Elle dépend du ministère du Travail. Elle est dispensée dans un cadre professionnel et s’ adresse aux salariés des entreprises sauf aux personnels des établissements relevant de la santé, qui eux, doivent suivre la FGSU. Les participants apprennent les techniques de base du secourisme auxquelles s’ajoute un volet prévention-accident du travail, propre à leur activité.
L’AFGSU en chiffres
En 2024, 31770 infirmiers ont été formés à la FGSU en formation initiale et 28342 en formation continue.
18601 infirmiers ont renouvelé leur AFGSU.
Source : Bilan national des CESU Association Nationale des CESU 2024
2. Pourquoi cette formation a-t-elle été rendue obligatoire ?
Elle répond à un constat :
- Les urgences sont souvent mieux gérées en pré-hospitalier que dans les services hospitaliers non spécialisés.</li>
- Les professionnels qui ne sont pas régulièrement confrontés aux urgences rencontrent des difficultés à prendre en charge efficacement les situations critiques.</li>
- La formation obligatoire vise donc à uniformiser les compétences et à éviter les pratiques inappropriées.
3. Quelle est la durée de validité de l’AFGSU ?
La certification est valable 4 ans.
Un recyclage est nécessaire pour maintenir les compétences.
4. Qui dispense la formation AFGSU ?
Elle est assurée par les 103 CESU (Centres d’enseignement aux soins d’urgence) présents sur le territoire.
Ils sont organisés en réseau (RESU) pour se relayer en cas de surcharge.
6. Pourquoi certains professionnels trouvent-ils la formation difficile d’accès ?
Plusieurs obstacles sont évoqués :
- Manque de formateurs éligibles, car le formateur doit avoir un niveau professionnel équivalent à celui des personnes qu’il forme (ex. un infirmier ne peut pas former un médecin).
- Les formateurs doivent exercer en urgences ou réanimation, ce qui limite le nombre de profils disponibles.
- Les services hospitaliers fonctionnent à flux tendu et peinent à libérer les soignants trois jours pour la formation.
7. Y a-t-il un réel déficit d’offre de formation ?
Les avis divergent :
- Certains responsables de centres estiment que la nomenclature des formateurs est trop restrictive et freine l’offre.
- L’ANCESU affirme au contraire qu’il n’y a pas de pénurie structurelle, hormis pendant la période Covid, et que les CESU peuvent mutualiser les ressources en réseau.
8. Le problème vient-il plutôt des services qui ne libèrent pas leurs soignants ?
Pour plusieurs acteurs, oui.
Même si les CESU pourraient accueillir davantage de stagiaires, les établissements hésitent à laisser partir les soignants en formation en raison du sous-effectif chronique.
9. Quelles solutions sont proposées pour améliorer l’accès à la formation ?
Plusieurs pistes sont évoquées :
- Échelonner les niveaux de formateurs selon le public formé (ex. un urgentiste pour les soignants utilisant du matériel d’urgence, un autre profil compétent pour les secrétaires médicales).
- Augmenter le nombre de formateurs sans baisser les prérequis cliniques.
- Aménager les horaires pour permettre aux soignants d’assumer un rôle de formateur.
- Rendre le recyclage obligatoire plutôt que facultatif.
10. Que pensent les infirmiers et aides-soignants qui suivent la FGSU ?
Ils sont généralement très satisfaits.
Ils y voient :
- Un moyen de se préparer aux situations critiques.
- Un mélange utile de théorie et de pratique.
- Un gain de compétences perceptible immédiatement.
Ils regrettent toutefois que davantage de personnels de leur service ne puissent pas être formés.
12. Existe-t-il d’autres formations aux premiers secours que l’AFGSU ?
Oui :
- PSC1 (Prévention et secours civiques – 1 journée) : pour tous les citoyens, dépend du ministère de l’Intérieur.
- SST (Sauveteur secouriste du travail – 14 h) : formation professionnelle destinée aux salariés d’entreprises (hors établissements de santé).
13. Combien d’infirmiers ont été formés récemment ?
Selon le bilan national des CESU 2024 :
- 31 770 infirmiers formés en formation initiale
- 28 342 en formation continue
- 18 601 ont renouvelé leur AFGSU








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