Le gouvernement “prône un virage domiciliaire” mais “ne donne pas aux acteurs concernés les moyens de leurs missions”, regrette la FNI

Dispositif Prado, pour un accompagnement cadré des sorties d’hospitalisation ?

Créé en 2010 par l’Assurance maladie, le service de retour à domicile Prado, qui mobilise notamment les infirmiers libéraux, vise à anticiper les besoins du patient hospitalisé et ainsi fluidifier le parcours hôpital-ville.

Le service Prado a été conçu pour que les professionnels de santé anticipent les besoins des patients liés à leur retour à domicile après l’hospitalisation. Les principaux enjeux sont donc de préserver leur qualité de vie et leur autonomie ; d’accompagner la diminution des durées de séjour à l’hôpital ; de renforcer la qualité de la prise en charge en ville autour du médecin traitant ; et d’améliorer l’efficience du recours à l’hospitalisation en réservant les structures les plus lourdes aux patients qui en ont le plus besoin. En 2022, environ 195 000 patients ont bénéficié de ce service.

Public cible

Proposé initialement pour les sorties de maternité, le service a été étendu aux sorties d’hospitalisation après chirurgie en 2012, après décompensation cardiaque en 2013, après exacerbation d’une Bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO) en 2015 et aux patients hospitalisés pour Accident ischémique transitoire (AIT) ou Accident vasculaire cérébral (AVC) en 2019. Depuis 2019 également, le service peut être proposé aux personnes âgées de 75 ans et plus, quel que soit le motif de leur hospitalisation. Et dans le cadre de la crise sanitaire, le service Prado a été proposé à des personnes hospitalisées pour Covid-19.

actusoins magazine pour infirmière infirmier libéralCet article a été publié dans le n°57 d’ActuSoins magazine (juin 2025).

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Déroulement de la prise en charge

C’est à la suite d’une hospitalisation que l’équipe hospitalière décide de l’éligibilité médicale du patient à Prado. Cependant, c’est un conseiller de l’Assurance Maladie (CAM) qui rencontre le patient afin de lui proposer le service et recueillir son adhésion. Le médecin traitant est alors contacté par l’Assurance Maladie qui l’informe et lui propose de planifier si besoin un premier rendez-vous. Le CAM facilite également le retour à domicile du patient en planifiant les premiers rendez-vous avec l’ensemble des professionnels de santé qui le suivront en ville – sur le principe du libre-choix – en fonction du motif de son hospitalisation.« Étant donné que ce sont les CAM qui organisent la sortie hospitalière à l’échelle du territoire, le déploiement du dispositif Prado dépend vraiment de la proactivité de chaque Caisse primaire d’assurance maladie (Cpam) et de ses ressources internes », estime Daniel Guillerm, président de la Fédération nationale des infirmiers (FNI). Et d’ajouter : « Cette hétérogénéité représente un problème majeur global au niveau de l’Assurance maladie. »

Durée du suivi

Selon les pathologies ciblées, la durée de l’accompagnement varie. À titre d’exemple, pour le Prado « insuffisance cardiaque », elle dépend du stade de sévérité NYHA (New York Heart Association). Un patient en stade NYHA I ou II bénéficie d’un accompagnement à domicile d’une durée de deux mois, tandis qu’un patient en stade NYHA III ou IV bénéficie de six mois d’accompagnement. Le parcours Prado pour insuffisance cardiaque prévoit une consultation avec le médecin traitant la semaine suivant le retour à domicile et une consultation longue dans les deux mois ; une consultation dans le deuxième mois avec le cardiologue ; une séance hebdomadaire de surveillance et d’éducation par l’infirmier libéral pendant deux mois pour tous les patients, puis une séance bimensuelle pendant quatre mois pour les patients en stade III et IV (15 séances au total) ; une information du pharmacien d’officine de la sortie du patient ; la mise en place, si nécessaire, d’une aide à la vie.

Pour le Prado personnes âgées, destiné, en fin d’hospitalisation, aux 75 ans et plus, la durée de l’accompagnement est d’un mois à compter du retour à domicile. Il comprend a minima, dans les sept jours qui suivent la sortie, une première consultation avec le médecin traitant, un bilan de soins infirmiers, une évaluation par le service social de l’Assurance Maladie si une problématique d’isolement ou de fragilité a été détectée durant l’hospitalisation pour les patients en affection longue durée (ALD) ou dont la demande est en cours. Puis, au-delà de la première semaine suivant le retour à domicile : une seconde consultation avec le médecin traitant et, si nécessaire, une visite hebdomadaire de l’infirmier, en fonction du bilan établi par l’infirmier.

Chaque parcours Prado s’appuie sur des supports de bonnes pratiques validés par la Haute Autorité de santé (HAS), élaborés avec le concours de sociétés savantes et de professionnels de santé.

Laure Martin

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« Le Prado est une bonne solution pour le relais ville-hôpital »

Xavier Caloin, infirmier libéral en Maison de santépluriprofessionnelle (MSP) dans le Lot
©DR

Xavier Caloin, infirmier libéral en Maison de santé pluriprofessionnelle (MSP) dans le Lot

« Je suis amené à suivre deux à trois patients par an dans le cadre du dispositif Prado, pour des personnes insuffisantes cardiaques et pour celles atteintes de BPCO. En général, je suis contacté par un conseiller de l’Assurance maladie qui m’informe de la sortie d’hospitalisation d’un patient et vérifie ma disponibilité pour assurer sa prise en charge. Il peut s’agir de mes propres patients, mais dans la majorité des cas, ce sont des personnes que je ne connais pas. Dans ces cas-là, je m’assure que leur infirmier libéral ne veut pas assurer ce suivi. Je prends ensuite rendez-vous avec le patient, qui est généralement informé de ma sollicitation. Au cours de chaque intervention, je suis amené à prendre ses constantes et à faire un point avec lui sur son mode de vie, son alimentation, ses conditions de vie et ses traitements. L’objectif est de lui dispenser des conseils. J’inscris toutes les informations dans un cahier de suivi qui reste à son domicile et qui peut notamment être consulté par le médecin ou par les spécialistes. De mon côté, j’intègre les données dans mon logiciel métier et, si cela s’y prête, dans celui de la MSP, afin que son médecin puisse y accéder. La cotation n’est pas négligeable, car il s’agit d’un AMI 5.8, soit environ 18 euros. Le dispositif représente une réelle valeur ajoutée pour les patients, notamment pour ceux qui n’ont pas d’infirmier et qui découvrent leur pathologie. Notre intervention leur permet d’apprendre la rigueur et de bénéficier de conseils sanitaires afin d’agir sur leur qualité de vie. Ce rôle n’est pas particulièrement développé, pourtant, il s’agit d’une bonne solution pour assurer un relais ville-hôpital pertinent. »

« Je m’interroge sur la pertinence du Prado »

François Poulain, infirmier libéraldans les Bouches-du-Rhône
©DR

François Poulain, infirmier libéral dans les Bouches-du-Rhône

« Je suis sollicité par les conseillers de l’Assurance maladie (CAM) depuis le déploiement du Prado, principalement pour la chirurgie ambulatoire, l’insuffisance cardiaque et la BPCO. Je m’interroge toutefois sur la pertinence d’une telle prise en charge. Certes, nous apportons des conseils et effectuons de la prévention et de l’éducation des patients. Mais dans les faits, une grande partie de l’accompagnement que nous effectuons dans ce cadre du Prado pourrait tout aussi bien être assurée hors dispositif.  Pour les suites d’une chirurgie par exemple, le CAM nous appelle pour des soins courants tels que les pansements et les injections d’anticoagulants, des actes que nous aurions pris en charge de toute façon, souvent à la demande directe du patient.

De plus, je n’ai pas l’impression qu’il y ait de suivi de la part de l’Assurance maladie :  nous remplissons un livret à domicile, mais personne ne le lit vraiment, et aucun retour n’est effectué au CAM. Ce dispositif ne permet pas vraiment la construction de liens privilégiés entre l’hôpital et les libéraux, ce qui est regrettable et frustrant.

Parfois, lors de la dernière séance, nous ne savons pas trop quoi dire aux patients concernant la suite de leur prise en charge. Je continue néanmoins à accepter ces suivis, car dans le contexte actuel, il est difficile financièrement de refuser des soins. Mais avec l’arrivée de la consultation infirmière, on peut se demander si le dispositif Prado a encore un avenir… »

 

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