Infirmiers Anesthésistes: les bleus joueront collectif le 25 juin

"Hors de question de partir en vacances sans dire au revoir et à bientôt..." La détermination des infirmiers anesthésistes est toujours aussi forte, et la fronde ne cesse de prendre de l'ampleur, déjouant tous les pronostics d'essoufflement, au bout de 5 mois de mobilisation. Analyse d'un mouvement à l'organisation atypique.

Face à face musclé entre gendarmes mobiles et infirmiers anesthésistes le 8 juin - Crédit: Jiémel

Mouvement inédit par son ampleur, il l'est également par son fonctionnement. Il laise en effet une place prépondérante à des regroupements régionaux d'IADE non syndiqués de mieux en mieux organisés.

Émanant des régions et prônant la démocratie directe, le collectif national pose de nombreux problèmes aux pouvoirs public: il est absolument imprévisible, très imaginatif, se sent quasiment invulnérable du fait de l'absence de personnalité morale et dispose d'une réactivité impressionnante, grâce entre autre au site Laryngo.com, devenu en quelques mois une plaque tournante majeure du mouvement. Réactivité qui inquiète de plus en plus les forces de polices, pour l'instant incapable d'anticiper les opérations coup de poing. La petite centaine d'IADE venue soutenir la délégation reçue au ministère le 14 juin était ainsi encadrée par une trentaine de fourgons de CRS et par le GIGN...

Une "union sacrée" Collectifs / Syndicats?

La situation est donc paradoxale: la seule organisation qui s'estime "représentative" ne l'est pas pour les négociateurs du ministère. Elle fait aussi grincer des dents certains syndicats. Pour autant, impossible de se brouiller publiquement avec ce système et ses leaders naturels imposés au fil du temps  sans se mettre à dos une écrasante majorité des IADE. La défiance vis à vis des centrales syndicales est en effet mise en sourdine au nom de "l'union sacrée" mais ne demande qu'à rejaillir de plus belle. La , qui a annoncé ne pas s'associer à des collectifs "portant des revendications fondées sur de la désinformation" en a fait les frais et il est probable qu'aucun drapeau orange ne flottera de sitôt sur un cortège IADE.

A contrario, l'UFMICT-CGT et semblent accepter plus facilement cette nouvelle règle du jeu. Le 14 juin, leurs représentants ont laissé leur place à la table des négociations aux deux responsables du collectif Ile de France, au grand déplaisir de Patrice Vayne, malheureux "chargé de mission veille sociale" au ministère de la santé, qui, aux yeux des IADE, a depuis longtemps perdu toute crédibilité au fil de promesses chaque fois démenties.

Le National des Infirmiers Anesthésistes (SNIA) navigue lui en eaux sinueuses. Classiquement plus porté sur les travaux de fond et la négociation institutionnelle qu'aux coups de force dans la rue, son positionnement est particulièrement complexe et prudent. A l'issu d'une réunion de travail au ministère le  3 juin, il a ainsi décidé de briser l'intersyndicale et de suspendre l'appel à la du 8 juin, provoquant l'incompréhension jusque dans les rangs de ses adhérents. Or cette journée a vu le plus grand nombre d'IADE dans la rue depuis le début du mouvement. Cruelle démonstration du poids écrasant qu'à pris le collectif national dans la mobilisation.

Des réalités locales contrastées

Comme souvent en matière de combat syndical, les réalités locales ne sont pas forcément celle du siège. Ainsi, certaines sections Sud et CGT refusent toute implication dans un mouvement jugé honteusement corporatiste, alors que d'autres hôpitaux rencontrent un soutien sans faille ... de la CFDT.

Un équilibre délicat

Équilibre délicat que celui d'une action concertée syndicats-collectifs. Les premiers sont incontournables pour rédiger et déposer les préavis de grève et sont les seuls partenaires reconnus à la table des négociations, les seconds capitalisent l'essentiel de la confiance des 7500 infirmiers anesthésistes. Cet équilibre en perpétuelle tension rappelle curieusement les grands mouvements de 1988 et 1991 qui ont vu la création de la coordination nationale infirmière. Au détail prêt que les infirmiers en soins généraux ne semblent pas prêts à s'impliquer dans un mouvement de grande ampleur.

Thomas Duvernoy

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