Les centres de santé infirmiers bientôt sauvés ?

Onze millions devraient bientôt être débloqués par l'État pour financer la revalorisation des salaires dans les Centres de santé Infirmiers (CSI). Une somme qui, si elle est versée rapidement, devrait sauver ces établissements jusqu'à présent menacés de fermeture.

Les centres de santé infirmiers bientôt sauvés ?

© DC Studio /ShutterStock

C'est une décision saluée par les quatre fédérations représentatives des Centres de santé Infirmiers (CSI) : onze millions d'euros devraient bientôt être versés pour financer les revalorisations salariales liées à l’avenant 43 de la convention collective de l’aide, des soins, de l’accompagnement et des services à domicile.

C'est en tout cas ce à quoi s'est engagé le ministère de la Santé et de la Prévention auprès de l'Adédom, l'ADMR, le C3SI et l'UNA lors d'une réunion qui s'est tenue le vendredi 24 février dernier.

Une annonce qui arrive trop tard pour certains centres

« Il y a urgence à agir tant la situation financière des CSI est intenable et leur survie, à très court terme, engagée, estiment dans un communiqué les présidents de ces quatre fédérations représentatives des CSI. Cette annonce arrive d’ailleurs trop tard pour certains d’entre eux qui ont dû définitivement fermer ces dernières semaines. Seul le versement effectif des fonds dans les toutes prochaines semaines permettra aux autres de rester en activité, de maintenir ainsi l’offre de soins de proximité sur leur territoire et de poursuivre la prise en charge de milliers de patients. Nous restons mobilisés jusqu’à ce que les fonds soient bel et bien réceptionnés par nos structures. »

En octobre 2021, tous les partenaires sociaux de la branche de l'aide, des soins, de l'accompagnement et des services à domicile ont signé l'Avenant 43, qui actait la revalorisation des salaires d'environ 15 %. L'État, via une commission nationale d'agrément, avait aussi signé cet accord et promis de verser les fonds nécessaires au financement de cette mesure.

En février 2022, une aide d'urgence de quatre millions d'euros avait été débloquée, mais ce n'était pas suffisant. « Nous avons calculé que la revalorisation salariale coûtait 11 millions d'euros par an aux CSI, explique Ronan Eliot, directeur national de la Confédération des Centres de Santé CSI. Pour 2023, il fallait donc onze millions d'euros car, jusqu'à présent, les CSI ont pris dans leur trésorerie, ce qui les a extrêmement fragilisés. Tous, c'est-à-dire les 300 CSI qu'il y a en France, sont désormais menacés de fermeture à - très - court ou moyen terme. »

Lors de la réunion du 24 février dernier, une autre décision très importante et demandée par les fédérations représentatives a été prise : le lancement d’un groupe de travail pour assurer la pérennisation des CSI sur le plan financier, c'est-à-dire pour réfléchir à leur mode de financement.

Il sera composé de représentants du ministère de la Santé et de la Prévention, de l’IGAS et de l’ensemble des Fédérations représentatives. « À terme, il faut revoir le modèle de financement pour éviter qu'il y ait de tels problèmes tous les ans, indique Hugues Vidor, Directeur général d'Adedom. Les directeurs de CSI ne doivent pas être mis en difficulté par une revalorisation salariale souhaitée et, surtout, qui a été signée par l'État et qui, de fait, est obligatoire. »

Une situation qui menace la qualité de soins dans les déserts médicaux

Alexis Marthouret est le président bénévole du CSI de Satillieu, en Ardèche. Il estime que si l'argent promis par l'État n'est pas versé, son établissement devra fermer d'ici deux ans environ. En effet, sur l'année 2022, la revalorisation salariale a créé un déficit de 40.000 euros dans les compte de son établissement.

Un retard impossible à rattraper puisqu'il n'y a pas de bénéfices générés par ce type de structures associatives. « Actuellement, nous piochons dans nos fonds propres pour payer les salaires et nous reportons les projets qui peuvent attendre, explique Alexis Marthouret. Mais à l'avenir, quand nous n'aurons plus de fonds propres, que va-t-il se passer ? Arrêterons-nous les actions de prévention ? Ou bien de prendre en charge les patients qui ne sont pas rentables ? Pour sauver le travail de nos infirmières et les CSI, si rien ne change, nous seront peut-être obligés de renier nos valeurs, de choisir nos patients en fonction de la rentabilité... Nous sommes dans une situation d'urgence qu'il faut estimer à sa juste mesure... Il y a danger à court et moyen terme. »

Beaucoup de CSI sont, comme celui de Satillieu, situés dans des déserts médicaux. En plus d'accueillir les patients, les infirmier(ère)s font aussi du soin à domicile. Il peut s'agir de prises en charge lourdes, qui demandent une grande disponibilité.

Ainsi, si le CSI venait à fermer, pas sûr que les infirmier(ère)s libérales prendraient le relais et ce, d'autant plus qu'il n'y en aurait pas suffisamment sur le territoire. Une situation qui inquiète Christelle Giroud, coordinatrice du CSI de Satillieu. « Quand on fait quatre heures de soins chez un patient pour trente euros par exemple, que va-t-il devenir si nous fermons ? Aller en structure ? s'exclame-t-elle. Je travaille au CSI car je défend des valeurs de soin. Si le centre ferme et que je perds mon emploi, je ne retrouverai jamais la même qualité ailleurs. Je ne pourrai pas travailler en libéral, en structure ou à l'hôpital. Je pense sincèrement que je changerai de métier... Et je ne suis pas la seule dans l'équipe. »

Une épée de Damoclès au dessus de la tête des salariés, des directeurs et des patients des CSI... que seul l'État peut lever si les onze millions promis sont rapidement versés.

Diane Cacciarella

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Engagée depuis 25 ans pour aider à améliorer la qualité de vie des patients souffrant de cancer. Des produits testés sous traitements anti-cancer : 11 études, 16 publications, 13300 patients.

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