Les infirmiers anesthésistes ne veulent pas passer après les infirmiers en pratique avancée

Les infirmiers anesthésistes (Iade), qui participent très largement à l'effort sanitaire depuis le début de la crise du covid, abordent cette rentrée avec deux sujets de préoccupation importants : la revalorisation des grilles de salaires et le projet de création d'IPA « urgences ». Leur syndicat s'associe à l'appel à la mobilisation du 21 janvier.

Les infirmiers anesthésistes ne veulent pas passer après les infirmiers en pratique avancée

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Les grilles de revalorisation salariale des Iade ne sont pas encore connues officiellement mais celles dont le président du Syndicat national des infirmiers anesthésistes (SNIA), Christophe Paysant, a eu connaissance - seuls les syndicats invités au Ségur et signataires des accords correspondants participent aux négociations - ne suscitent pas du tout son approbation.

Les grilles indiciaires proposées par le ministère de la Santé début décembre « nient notre niveau de compétence et de formation universitaire », estime-t-il.

Le problème réside dans le fait que pour le moment, la revalorisation de la grille des Iade n'est pas associée à celle des IPA, avec qui ils partagent pourtant le même grade universitaire, le master, acquis pour les IADE depuis 2014, mais à celle des autres infirmiers spécialisés (Ibode, puériculteurs), qui, eux, « n'ont pas achevé la réingénierie de leur diplôme », ajoute-t-il.

Couac sur les grilles

« Nous avons des compétences de niveau intermédiaire et un niveau d'autonomie reconnus par les médecins, détaille Christophe Paysant. Nous avons une qualification particulière, nous gérons l'anesthésie de manière supervisée, nous avons une autonomie dans la prescription d'antalgiques ou de médicament qui préviennent les effets secondaires de l'anesthésie... » Des caractéristiques liées à leur formation particulièrement avancée, au grade master reconnu, comme les IPA.

Le président du Snia n'a eu connaissance que d'une partie de la grille indiciaire qui concernerait les Iade, sur le début et la fin de carrière, qui présente, certes, une revalorisation, reconnaît-il. Mais inférieure à celle des IPA. Selon lui « il faut que les professionnels qui ont le même niveau d'études aient la même grille salariale ». 

Il ne s'agit pas pour Christophe Paysant de dénigrer les infirmiers spécialisés qui n'ont pas encore achevé la réingénierie de leur formation, ni les IPA, qui sont selon lui « une avancée pour la profession ».

Mais il déplore la non reconnaissance des spécificités des IADE en termes de formation et d'autonomie d'exercice, qui devraient être assimilés, selon lui, à ceux de la « pratique avancée ».

Discorde aux urgences ?

Le projet de créer des infirmiers en pratique avancée aux urgences, porté au départ par Agnès Buzyn, constitue le second sujet d'insatisfaction pour le Snia, (qui n'est pas invité au travaux sur le sujet).

Là encore, son président ne nie pas la pertinence de la présence aux urgences de professionnels avec une pratique avancée, « mais ils inventent une profession qui existe déjà, les Iade en préhospitalier », souligne-t-il.

Aussi, selon Christophe Paysant, les IPA ne sont pas destinés à se spécialiser dans un type de prise en charge comme, ici, les urgences, mais au contraire à assurer une prise en charge globale de patients atteints de pathologies chroniques...". Le Conseil national professionnel (CNP) Iade, qui ne participe pas aux travaux non plus, partage cette opposition au projet.

Face au besoin réel de compétences particulières aux urgences, la « pratique avancée » aux urgences, « est un domaine où les Iade sont positionnés depuis des années, souligne le président du CNP Iade, Jean-Pierre Anthony. Il risque d'y avoir concurrence entre les uns et les autres » si la profession d'IPA « urgences » était créée. Le terme d'« infirmier en pratique avancée » pour le type de compétence envisagé aux urgences ne lui semble pas non plus approprié.

Profession intermédiaire

Entre les médecins urgentistes qui souhaitent s'appuyer sur des infirmiers spécifiques et la DGOS qui refuse la création de nouvelles spécialités infirmières, la dénomination d'IPA aux urgences ressemble à un « tour de passe-passe » malvenu estiment les représentants des Iade.

Pour Christophe Paysant, il est temps d'envisager la création d'une « profession intermédiaire » (sans le terme « médical » qui avait fait tiquer les médecins) qui pourrait comprendre les IPA et les infirmiers spécialisés avec une formation au grande master, comme les Iade. Un sujet pas encore à l'agenda. Pour l'heure, le Snia appelle à la mobilisation lors de la journée du 21 janvier.

Géraldine Langlois

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