La méditation pour traiter les troubles borderlines

Au CHU de Montpellier, un centre de thérapie ouvert en décembre 2020 propose de traiter les troubles de l'humeur et émotionnels/borderlines à l'aide de thérapies comportementales et cognitives basées sur la méditation. Des infirmiers sont partie prenante de cette approche qui permet au patient d'accéder à une identification optimale de soi-même. Une clé pour permettre au patient de retrouver son gouvernail intérieur.

Cet article a été publié dans le n°42 d'ActuSoins Magazine (septembre-octobre-novembre 2021). Il est à présent en accès libre. 

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L'équipe compte aujourd'hui plus d'une dizaine de soignants

L'équipe compte aujourd'hui plus d'une dizaine de soignants. © DR

Parmi les troubles émotionnels, le trouble de la personnalité borderline (TBL) passe pour le plus grave. Outre qu'il touche 4 à 6 % de la population générale, il est aussi le plus associé à la survenue de comportements suicidaires : « 85 % font des tentatives de suicide et 10 % en décèdent, c'est 50 fois plus qu'en population générale », résume Déborah Ducasse. Ce médecin psychiatre est responsable du Centre de thérapie des troubles de l'humeur (troubles dépressifs unipolaires ou bipolaires) et émotionnels/borderline (TBL), installé en mars dans ses nouveaux murs, au sein de l'hôpital la Colombière.

L'équipe est spécialisée dans des thérapies comportementales et cognitives (TCC) 3e vague, basée sur des méditations. L'approche innovante et porteuse est née d'une collaboration entre un soignant et des experts de la méditation bouddhiste. « Cette connaissance millénaire a donné une méthodologie scientifique d'investigation poussée de l'esprit humain », fait valoir la psychiatre. Elle vise la racine de la souffrance que génère un problème d'identification de soi.

Stress relationnel chronique

« Les patients atteints de troubles borderlines sont en stress relationnel chronique. Ils souffrent d'un sentiment de séparation exacerbé », explique Déborah Ducasse. Il leur manque toujours un élément pour se sentir bien et en sécurité. Chez ces personnes, le vide existentiel induit est particulièrement intense. Pour le combler, elles vont surinvestir une relation.

« La peur de l'abandon est un critère central et une souffrance immense qui peut se traduire par une relation très toxique, une dépendance à l'autre », ajoute le médecin. Cela peut également entraîner la fuite dans une addiction à des produits toxiques, dans la boulimie ou l'anorexie, dans des comportements compulsifs (achats, sexe...). Ils sont susceptibles de s'infliger des dommages corporels comme la scarification, de se taper la tête contre les murs et, à l'extrême, de se donner la mort pour échapper à la souffrance.

Entraînement méditatif

Véronique Brand, infirmière au sein de l'équipe de jour de l'hôpital La Colombière, en Visio-consultation avec un patient. © DR

L'unité de Montpellier est la première en France et dans le monde à faire cheminer ces personnes vers la résilience avec ces TCC 3e génération. « Cet entraînement méditatif permet une véritable exploration de l'esprit, indique Véronique Brand, infirmière dans cet hôpital de jour. Elle aide le patient à remettre en question la perception qu'il a de lui-même, ses croyances ou schémas mentaux, pour l'amener à une identification correcte de soi.''

Objectif : transformer les limites liées à son trouble mental en force pour se transformer intérieurement, parvenir à se réaliser, être bénéfique aux autres. « Contrairement aux troubles bipolaires, par exemple, qui nécessitent de prescrire des thymo-régulateurs, nous ne donnons aucun médicament aux patients TBL », précise-t-elle. La psychothérapie est le traitement central.

« Un premier cycle de huit semaines est proposé aux patients, un deuxième sur vingt-et-une semaines pour approfondir et des séances de rappel, le cas échéant », indique Véronique Brand. Le patient est d'abord reçu dans un bureau de consultation – l'unité en compte six - pour une évaluation en individuel.

« Le dialogue pendant lequel il déroule son vécu et ses difficultés, doit permettre de relever au moins cinq des neufs critères validant le diagnostic des troubles borderlines », ajoute Véronique Brand dont ces interrogatoires sont une des missions. Une fois le diagnostic posé et validé par le médecin, des sessions permettent d'éduquer le patient à cette maladie. L'équivalent est aussi proposé aux familles, y compris une thérapie.

Les patients eux, pour une grande partie, abordent la leur, dans des salles dédiées. Par groupe de quinze maximum assis sur des chaises, avec deux thérapeutes. Un premier temps de méditation de pleine conscience permet de se poser. Puis, une deuxième étape utilise la respiration pour « les amener à s'interroger sur leurs vrais désirs, à s'extraire d'un traumatisme ou d'une éducation qui les éloignent de ce qu'ils aimeraient faire de leur vie », détaille Véronique Brand.

Ainsi, à l'aune du bouddhisme, la méditation a pour fondement de ne pas s'en tenir aux apparences, mais ''d'aller investiguer avec sagesse'', pour se reconnecter à ce que l'on est. Contexte sanitaire oblige, depuis l'ouverture du centre, en décembre 2020 dans des locaux réalisés sur mesure pour ce projet, les groupes ont fonctionné par visioconférence. « Cela nous a permis d'accueillir des gens de toute la France, notamment de déserts médicaux sans accès à des thérapies aussi spécifiques », indique Maxime Hidalgo, cadre de santé.

Unité dédiée et demande croissante

L'infirmière passionnée par ces approches, a travaillé plus de dix ans avec le docteur Ducasse dans d'autres services de psychiatrie. Progressivement, elles ont développé ensemble des groupes de thérapie et l'activité s'est étoffée jusqu'à la création d'une unité dédiée qui a réuni deux services de jours préexistants.

Aujourd'hui, une dizaine de soignants – psychiatre, psychologue, infirmier(e)s, cadre de santé -, y travaillent et chacun maîtrise la symptomatologie. « La demande s'est renforcée au fil du temps parce que les patients ont franchement adhéré, se montrant très acteurs dans l'amélioration de leur santé mentale et dans leur guérison », confient les deux praticiennes. Bilan : « sur 10 ans, 91 % ne présentent plus de troubles », assure Déborah Ducasse.

Les demandes vont crescendo. La crise sanitaire, encore, par le sentiment de vide qu'elle peut susciter, a accentué la prise en charge de patients souffrant notamment de crise suicidaire. « Actuellement, tous troubles confondus, près de trois cents personnes bénéficient de nos soins chaque semaine », notait Maxime Hidalgo en juillet dernier. L'activité a doublé en un an. « Au 30 juin, elle représentait 3726 actes pour 656 patients contre 3726 actes pour 590 patients sur toute l'année 2020. »

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a récemment considéré le travail réalisé dans ce service, comme une innovation majeure dont l'impact sur la résilience rendrait possible une extension partout dans le monde. Une présentation de ces TCC a été faite par l'équipe montpelliéraine aux Nations-Unies en juin dernier, à l'occasion de l'Exposition internationale sur la résilience. « Nous souhaitons créer des partenariats et des collaborations un peu partout en France », indique Déborah Ducasse. Ils seront encadrés par la Chaire universitaire « Identification correcte de soi » que la Fondation des universités de Montpellier a attribuée en 2020.

Myriem Lahidely

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Les TBL en chiffres
10 % des patients dans les services de consultation psychiatrique.
20% des personnes hospitalisées en psychiatrie.
50 % des personnes accueillies dans un service de suicidant.
85 % présentent des comorbidités dont 50 % de dépression.
75 % des patients sont des femmes.

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