Obligation vaccinale : les établissements entre sérénité et appréhension

L’obligation vaccinale pour les soignants entrera en vigueur le 15 septembre. Les établissements sanitaires oscillent entre la confiance face au nombre apparemment limité de récalcitrants et la peur de voir certaines de leurs activités ralenties, faute de personnel.

Obligation vaccinale : les établissements entre sérénité et appréhension

© high fliers / ShutterStock

Le compte à rebours est lancé. Le 15 septembre, seuls les soignants présentant un schéma complet de vaccination contre le coronavirus pourront continuer à travailler.

Ceux qui n’auront reçu qu’une dose, mais qui pourront justifier d’un test covid négatif récent, bénéficieront d’un sursis jusqu’au 15 octobre. Les autres seront suspendus de leurs fonctions, et leur rémunération ne sera plus versée. Voilà qui pourrait poser un problème de taille dans certains établissements, où l’on scrute avec une attention des plus soutenues le nombre de non-vaccinés.

« Aujourd’hui, sur 370 employés, nous n’avons plus que 26 personnes qui ne sont pas vaccinées, dont seulement 12 sont en CDI, explique ainsi Patricia Traversaz, directrice des ressources humaines de l’hôpital de Fourvière, un centre de gérontologie privé à but non-lucratif situé à Lyon. Et sur ces 12 personnes, seulement deux ont affiché leur intention de ne pas se faire vacciner. Les autres hésitent, ou n’ont rien dit, et certains auront peut-être au moins la première injection au 15 septembre. » La DRH se montre donc raisonnablement optimiste. « Je pense qu’on va arriver à s’en sortir », glisse-t-elle.

Francis Mangeonjean, directeur des soins au Centre psychothérapique de Nancy, partage cette vision globalement rassurante. « On se rend compte que plus l’échéance approche, moins on est confrontés à des situations radicales, constate celui qui est aussi président de l’Association française des directeurs de soins (AFDS)*. On communique de plus en plus sur ce sujet, et beaucoup comprennent ce que signifie véritablement une suspension sans traitement. »

Les chiffres nationaux semblent confirmer cette bonne tendance : d’après le dernier bulletin de Santé publique France, 87 % des soignants avaient reçu au moins une dose au 31 août, soit 1,4 point de plus qu’une semaine auparavant.

Quand les tensions s’ajoutent aux tensions

Reste que tout le monde n’envisage pas les échéances à venir avec la plus grande des sérénités. « Nos adhérents ont déjà des salariés qui ont démissionné pour ne pas se faire vacciner, ou qui annoncent qu’ils s’arrangeront pour se mettre en arrêt maladie à partir du 15 septembre, prévient Anabelle Vêques, directrice de la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées (Fnadepa), qui regroupe environ 1300 patrons d’Ehpads et autres services d’accompagnement à domicile. Cela vient s’ajouter à des tensions en termes de ressources humaines qui ne sont pas nouvelles dans notre secteur, et qui ont encore été aggravées par la crise. »

Car là est bien le nœud du problème : perdre quelques salariés pour cause de refus vaccinal est un crève-cœur dont les établissements pourraient se consoler si le marché du travail leur permettait facilement de trouver des soignants pour prendre la relève.

Or la pénurie de main d’œuvre dans laquelle se trouve le pays fait ressembler le recrutement infirmier aux douze travaux d’Hercule. C’est ce qui conduit les responsables hospitaliers, même les plus optimistes, à prendre leurs précautions avant la date fatidique du 15 septembre.

Remplacements et fermetures de lits en vue

« Il est important d’identifier avec précision les équipes où des situations problématiques pourraient se poser, explique Francis Mangeonjean. Nous avons des outils, notamment les effectifs de suppléance, pour pallier ce genre de problème, et il y a donc un travail à effectuer entre la direction des soins et l’encadrement pour prévoir les éventuels remplacements. » Le problème, c’est que si un établissement de 2000 salariés peut compter sur un pool de remplacement significatif, tel n’est pas le cas des structures de plus petite taille. Et là, la variable d’ajustement n’est autre que le nombre de lits ouverts.

« Cet été, avant l’obligation vaccinale, nous avons déjà dû fermer certains services faute de remplaçants, explique Patricia Traversaz. Nous allons faire un point le 13 septembre pour voir dans quelle mesure il nous sera possible de les ouvrir… ou non. »

Même inquiétude du côté de la Fnadepa. « Nous allons avoir pas mal de défis au 15 septembre pour faire tourner les plannings, avec parfois pour seule option de pas pourvoir tous les lits dans certaines structures », prévient Anabelle Vêques. Et encore, cette « seule option » n’est pas envisageable dans tous les cas de figure, ajoute-t-elle : certains établissements étant pleins, « il faut bien s’occuper des résidents tous les jours ».

Reste donc, jusqu’au bout, à poursuivre le travail de conviction entamé de longue date auprès du personnel. « Beaucoup de soignants, à force de pédagogie, de données probantes, de réassurance, peuvent entrer dans le cadre attendu », estime Francis Mangeonjean. Celui-ci conseille donc de continuer à échanger avec les soignants refusant le vaccin. Mais même cette stratégie a ses limites. « Une fois qu’on aura épuisé la pédagogie, il faudra malheureusement en venir à la stricte application de la loi », prévient le directeur des soins.

Adrien Renaud

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* N’ayant pas eu le temps de consulter les membres de l’AFDS avant de répondre à ActuSoins, M. Mangeonjean s’exprime ici à titre personnel.

Les infirmiers libéraux sont aussi concernés

Les infirmiers salariés ne sont pas les seuls à être touchés par l’obligation vaccinale.

En libéral aussi, la profession doit passer par la case immunisation, sous peine de ne plus pouvoir travailler. Voilà qui pose, dans certaines situations certes très peu nombreuses, de graves difficultés.

Tel est du moins l’alerte lancée par Ghislaine Sicre, présidente du syndicat Convergence infirmière. « Certaines infirmières vont devoir arrêter de travailler au 15 septembre car elles ne seront pas vaccinées, prévient-elle. D’une part, il y a des patients qui vont se retrouver sans personne, et d’autre part, il y a des infirmières qui vont se retrouver sans ressources, voire sans patrimoine. C’est grave, et c’est traité par-dessus la jambe par les autorités. »

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