Infirmières et citoyennes : elles s’engagent en politique

Les infirmiers sont peu représentés en politique et ceux qui se lancent restent, pour la plupart, assez méconnus. Et pourtant, certains s'engagent pleinement...pour faire évoluer le système. 

En 2017, 27 médecins, cinq infirmières, une cadre de santé et une aide-soignante rejoignaient les bancs de l’Assemblée nationale. © Jo Bouroch / ShutterStock

« On traite souvent ces questions comme si les soignants ne vivaient que dans le monde de la santé », affirme Frédéric Pierru, sociologue et chercheur en sciences sociales et politiques.

« Ils font partie de catégories sociales plus larges », poursuit-il pour expliquer que lorsqu’un infirmier s’engage en politique, il ne le fait pas uniquement au regard de sa profession.

Engagement citoyen

Annie Chapelier, infirmière anesthésiste et députée de la 4ème circonscription du Gard, approuve . « La politique c’est l’affaire de tous ! Dès qu’on est citoyen, on est politique. » En 2017, elle fait son entrée à l’Assemblée nationale sous l’étiquette LREM. « Un candidat élu à la présidentielle a fait entrer une part de politique non professionnelle à l’Assemblée, cela correspondait à l’idée que je me faisais de la politique », confie-t-elle.

L’engagement politique de Murielle Moutier-Lecerf, conseillère départementale en Seine-Maritime et ancienne cadre de santé en Ehpad, est plutôt lié à son expérience professionnelle. Cette soignante à la retraite a voulu mettre son expertise au service de la collectivité. « Les compétences du département concernent l’action sociale, les personnes âgées, le handicap. Je suis à même de travailler sur ces questions. »


Un atout qu’elle n’hésite pas à valoriser.  « Cela me permet de voir des choses que d’autres ne verraient pas, explique-t-elle. La difficulté est de prendre de la hauteur pour transposer cela dans un contexte politique. » Elle élargit ses champs d’intervention en s’intéressant à l’aménagement du territoire et au développement touristique du département. « Au niveau local, nos compétences professionnelles sont bénéfiques à la collectivité. Cela donne du sens à l’engagement politique ! »

Concernant son implication, elle détaille : « Avec une mère adjointe au maire et un engagement associatif régulier, j’ai toujours baigné là-dedans »

« Il n’y a pas assez de soignants en politique »

Pourtant, selon Frédéric Pierru, il est « exceptionnel, vis-à-vis de son groupe de référence » qu’un infirmier emprunte la voie politique. « Les soignants, comme l’ensemble des catégories populaires, connaissent une apathie politique. » Mais cela pourrait changer. « Les auxiliaires médicaux font partie des professions intermédiaires qui connaissent une forme de déclassement qui pourrait susciter l’envie de s’engager en politique. »

A l’inverse, la profession médicale est, de son point de vue, surreprésentée par rapport à son poids dans la population active. « Ça fait toujours bien d’avoir un médecin dans son équipe, la santé est un bien supérieur dans notre société », traduit-il.

« La profession médicale est surreprésentée dans l’hémicycle et cela parait normal », estime Annie Chapelier. En effet en 2017, 27 médecins rejoignaient les bancs de l’Assemblée. A leurs côtés : cinq infirmières, une aide-soignante et une cadre de santé. « C’était une très bonne chose qu’on amène des paramédicaux à l’Assemblée », remarque la députée.

Fin juin 2021, Annie Chapelier a présenté un rapport proposant de revoir l’organisation de la pratique avancée en France. Travail accueilli par des commentaires railleurs à son sujet plutôt qu'une analyse réelle du fond de son travail : on lui a ainsi reproché, explique-t-elle, avoir choisi d'être députée pour faire évoluer un métier qu'elle n'exerçait plus mais qu'elle aimait "trop". 


Un comportement auquel Murielle Moutier-Lecerf n’a pas eu à faire face. « Au conseil départemental, mes collègues respectent mon expérience soignante », révèle-t-elle. Elle admet cependant que les soignants sont peu présents en politique, à l’échelle locale notamment. « La politique ça prend du temps ! commente-t-elle. Notre profession est très féminine et les femmes sont peut-être plus réticentes à s’engager compte-tenu du temps consacré au travail et à la famille », considère-t-elle.

Concilier deux métiers

Les premières années ont d’ailleurs été compliquées pour la conseillère départementale qui, à l’époque, était encore cadre de santé. « Au début je travaillais jour et nuit, je prenais des RTT », se souvient-elle. « Mon objectif était d’être crédible et entendue, donc j’avais beaucoup de travail personnel pour être correctement informée des sujets que je traitais ».

Une organisation facilitée par l’hôpital dans lequel elle exerçait. Le code général des collectivités territoriales prévoit en effet que l’employeur ou l’administration octroie « à tous salarié, fonctionnaire ou contractuel […] le temps nécessaire pour se rendre et participer aux séances plénières et aux réunions. »

Une disposition équivalente existe pour les mandats nationaux ou européens, il est alors question de « détachement » pour la durée du mandat. Depuis son entrée à l’Assemblée nationale, Annie Chapelier se consacre à temps plein à son mandat de députée. Elle a  cependant retrouvé sa blouse d’IADE en 2020, durant les semaines les plus difficiles de la pandémie. Une période durant laquelle l’expérience professionnelle des soignants élus en politique a été mise en avant.

Donner du sens à l’engagement

Après quatre années d’exercice parlementaire, Annie Chapelier décrit « un système qui tourne à vide »dans lequel les députés ont peu de pouvoir pour amener des idées. Un constat qui l’a menée à quitter le groupe majoritaire à l’Assemblée début 2020 et à envisager de ne pas se présenter pour un second mandat.

Concernant la place des soignants en politique, elle poursuit : « le gouvernement dialogue avec les syndicats et les organisations professionnelles, pas les députés. »


Une piste donc pour une autre forme d’engagement, plus militant. « Les soignants doivent imposer leur propre représentation professionnelle, il faut sortir des sentiers battus ! » conclut-elle.

Adrien Collet

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