IPA « urgences » : le projet de décret, modifié, est désapprouvé par le HCPP

Les membres du Haut conseil des professions paramédicales (HCPP) ont émis jeudi 24 juin un avis défavorable à propos du projet de décret sur la création de la mention « urgences » de la pratique avancée infirmière. Un texte que le gouvernement a d'ailleurs modifié peu avant sa présentation.

urgences hopitalLe Haut conseil des professions paramédicales s'est prononcé hier contre le projet de décret créant la mention « urgences » de la pratique avancée infirmière.

Les membres de ce conseil, qui représentent les professionnels paramédicaux (via les centrales syndicales, des fédérations d'employeurs, les syndicats professionnels et ceux des spécialités infirmières - mais pas les IPA), l'ont rejeté à une très large majorité, semble-t-il.

Cet avis, consultatif, ne freine pas forcément l'avancée des démarches vers la création de cette cinquième mention de la pratique avancée. Symboliquement, cependant, l'opposition des représentants de professionnels paramédicaux ternit ce projet, auquel les représentants de IPA tiennent beaucoup.

L'opposition du Syndicat national des infirmiers anesthésistes (Snia) à la création de cette mention était déjà connue (lire à ce sujet notre article « Les infirmiers anesthésistes ne veulent pas passer après les infirmiers en pratique avancée »

 Mais Julie Devictor, présidente du Conseil national professionnel des IPA (CNP IPA), « ne comprend pas », en revanche, celle des autres membres paramédicaux du HCPP, « qui va l'encontre de l'émancipation des professionnels paramédicaux ». Selon elle, il faudrait au contraire « qu'ils s'unissent pour monter en compétence et en finir avec un système uniquement médico-centré ».

Forte opposition au HCPP

Au-delà de cet avis, Julie Devictor a été « étonnée » de constater que le projet de décret présenté par le gouvernement au HCPP ne correspondait pas à ce qui avait été établi « de manière consensuelle » par les membres du groupe de travail qui a planché sur le sujet (et qui mêlait des représentants des infirmiers, des IPA, des médecins urgentistes, du service de santé des armées et des deux ministères concernés).

« Au début, remarque la présidente du CNP IPA, nous avions des divergences mais nous avons su nous parler et établir un cadre consensuel » sur le référentiel d'activité et de formation des IPA « urgences ».

Il prévoyait ainsi deux parcours, un parcours médico-paramédical, dans lequel l'IPA et le médecin participent à la prise en charge, et un parcours paramédical dans lequel l'IPA est autonome. Or le texte présenté au HCPP précise que la prise en charge d'un patient dans le cadre de ce parcours peut avoir lieu dès lors qu'un médecin intervient à un moment de cette prise en charge. Difficile de ne pas voir dans cet ajout l'effet de la pression de lobbies médicaux.

Autonomie limitée ?

Le président de l'Ordre national des infirmiers (ONI), Patrick Chamboredon, a fait part en tout cas dans un communiqué de son « incompréhension face à ce recul du gouvernement et aux pressions corporatistes ». Cette modification du texte initial ne le modifie pas radicalement, et le CNP IPA, comme l'ONI, continuent de soutenir le projet de décret.

Mais elle « limite le champ d'action des IPA aux urgences », constate l'ONI. Pour Julie Devictor, elle « pose la question de l'autonomie » des IPA « urgences » dans les prises en charge qu'elles devaient à l'origine mener seules.

Une autonomie qu'elle estime nécessaire pour répondre aux besoins de la population qui fréquente les services d'urgences  Et qui relève, selon l'ONI, d'une démarche « pragmatique » face à la saturation des urgences.

Pour Patrick Chamboredon, « il faut que l'IPA ait une autonomie plus grande », même si elle travaille, forcément, en équipe avec le médecin. L'IPA, ajoute-t-il, est « un professionnel de santé formé à l'université, qui a une obligation de formation tout au long de la vie, et dont les études permettent d'assumer ses responsabilités ».

Géraldine Langlois

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Réactions

1 réponse pour “IPA « urgences » : le projet de décret, modifié, est désapprouvé par le HCPP”

  1. L’ancien dit :

    L’obligation de formation continue s’applique à l’ensemble des professionnels de santé et n’est pas spécifique aux IPA.
    Ce n’est pas parce que les formations ne passent pas par la filière universitaire qu’elles sont de mauvaise qualité et rende les gens incompétents. L’inverse est aussi vrai surtout quand on a des prétentions après la première année de tronc commun de réaliser un ensemble d’acte en un an qui nécessite 10 ans de formation pour porter un diagnostic fiable.
    Pourquoi lister les pathologies ou l’IPA apportera son aide à la prise en charge par le médecin ?
    Heureusement que les IDE des urgences ne sont limités par une liste de pathologie pour aider le médecin à la prise en charge des urgences. Cela n’a pas de sens.
    Il me semble que les IADE n’étaient pas opposés aux IPA U mais contre que celle-ci empiètent sur leurs compétences dans le domaine du pré hospitalier.
    Où vont elles se former à poser des voies centrales, à poser des artères radiales ?
    En moins d’un an, elles seront formées à la prise en charge des patients en smur, capable de prendre en charge en smur seul des patients, capable de prendre des appels au SAMU et d’apporter une réponse adaptée donc de réguler au SAMU mais aussi d’adapter des traitements médicaux sans compter de poser un diagnostic dans presque tous les domaines de l’urgence car prendre en charge seul une grande liste de motif demande d’être capable d’éliminer une problématique plus grave qu’elle ne paraît.
    On comprends que l’ensemble des représentants du HCPP est rejeté ce projet

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