Changer de métier : ces freins que rencontrent les infirmiers

Contrairement aux idées reçues, en France, les infirmières et infirmiers changent moins fréquemment de métier que des professionnels d’autres secteurs d’activité. Ils ont des carrières plus longues et rencontrent parfois des freins lorsqu’ils souhaitent raccrocher la blouse.

Changer de métier : ces freins que rencontrent les infirmiers

© Petr Pohudka / ShutterStock

Une étude publiée en février 2021 fait état de données à contre-courant des perceptions habituelles concernant les carrières des infirmiers. Entre 2010 et 2015, 9% des professionnels de santé ont changé de métier, contre 22% des actifs, tous professionnels confondus.

« Dans certaines études, on observe que beaucoup de soignants se posent la question du changement de métier, mais on ne sait pas pourquoi ils n’y arrivent pas, » confie Mathieu Le Floch, co-auteur de l’étude Défi Métier. Selon lui la question des carrières des soignants est devenue un enjeu stratégique du point de vue de la santé publique.

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Accès difficile à la formation

Selon Céline Laville, présidente de la Coordination Nationale Infirmière, une problématique fréquente que rencontrent les infirmiers lorsqu’ils entreprennent une reconversion professionnelle est liée à leur situation de travail en établissement de soins : « On a besoin d’un agent dans un service et on ne le libère pas, et c’est d’autant plus compliqué quand on parle de formation de longue durée et à temps plein. »

Des propos étayés par Mathieu Le Floch, il explique que la planification d’une formation longue engendre des problématiques de remplacement pour l’établissement, s’il est intégré au projet de reconversion.


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Que l’on exerce dans la fonction publique ou dans un établissement privé, les freins seraient cependant différents. « Dans le public on a peu accès à la rupture conventionnelle, explique Céline Laville, c’est plus simple dans le privé. » Elle poursuit : « En démissionnant, on n’ouvre pas de droits à l’indemnisation et à la formation. En tant que titulaire (de la fonction publique ndlr) les seules possibilités pour se former sont la formation professionnelle et le congé de formation professionnel. » D’après elle, les démarches administratives sont conséquentes et le faible taux de réussite des demandes provoque un épuisement des professionnels qui abandonnent leur projet après plusieurs tentatives.

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« C’est compliqué de se poser pour monter un projet ! »

Un autre frein au changement de métier résiderait dans le turnover important dans certains établissements. L’étude Défi Métier y voit d’ailleurs une raison qui pourrait expliquer le ressenti de carrière courte des infirmières et infirmiers.

« Quand on est baladé d’un service à un autre, c’est très compliqué de se poser pour monter un projet ! » réagit Céline Laville. Elle explique que chaque établissement a son protocole pour accéder au financement d’une formation et qu’il faut rester assez longtemps dans un endroit pour être titulaire et pouvoir déposer une demande de prise en charge.

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Savoir s’orienter

Anne-Sophie Minkiewicz, ancienne infirmière, a créé son activité de bilan de compétences et de coaching pour les infirmières en reconversion. Elle accompagne notamment des infirmières ayant déjà entamé un projet de changement de métier. Certaines ont rencontré des difficultés pour le faire aboutir : « soit elles sont allées au bout et se sont aperçues qu’elles ne vivent pas de l’activité qu’elles ont choisie, soit elles ont une idée mais elles n’arrivent pas à franchir le pas. »

Selon elle la préparation du projet professionnel est très importante pour lever les freins. Elle a elle-même opéré une reconversion et se souvient de ses propres difficultés : « à l’époque je n’ai pas du tout été aidée, on manque de visibilité sur les autres métiers auxquels on pourrait prétendre. »

Pour certains, le diplôme d’état infirmier apparaît restreint aux champs de compétence du soin : « notre D.E. ne nous permet que d’être infirmière alors qu’un niveau d’étude donne accès à un ensemble de métiers. L’important c’est de réussir à capter les connaissances et les expériences qui peuvent être réplicables dans un autre secteur. »


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Situations très variées

L’aspiration au changement de métier peut intervenir à tout âge et à tout moment de la carrière. Anne-Sophie accompagne des infirmières aux carrières plus ou moins longues : « ça va de l’IDE qui a 3 ans d’expérience à celle qui se reconvertit à l’âge de 57 ans. »

Les freins rencontrés sont alors différents d’une situation à l’autre : « parfois on a des enfants en bas âge avec des contraintes liées aux horaires ou aux modes de garde. Parfois on a des ados avec des études à payer. » Dans les 2 cas « l’aspect financier est important. »

Les freins ne sont pas spécifiquement liés à l’âge mais « quand on a 57 ans on ne se relance pas forcément dans la formation, » conclut-elle, en précisant que les croyances erronées et la peur de l’inconnu sont souvent responsables d’un échec de changement de carrière.

Les données de l’étude Défi Métiers concernent une période qui a démarré il y a déjà 10 ans et qui s'arrête en 2015 . Selon Mathieu Le Floch, « elles sont importantes pour les institutions afin de préparer l’avenir. »

Reste maintenant à savoir quel sera l'impact de la situation sanitaire actuelle sur la durée de carrière des infirmières et infirmiers.

A suivre...


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Adrien Collet

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