Covid : la formation des infirmiers à géométrie variable

L'arrivée du Covid en France a pris de cours le système de santé et il a fallu former les  soignants aux moyens de s'en protéger et de soigner les patients malades. D'un établissement à un autre, voire d'un service à l'autre, les infirmiers ont reçu des formations plus ou moins poussées (ou se sont formés seuls).  

Covid : la formation des infirmiers à géométrie variableLa priorité a souvent consisté à former les soignants des urgences et des services de réanimation, le plus impactés par l'afflux de patients atteints par le coronavirus.

Maxime, infirmier dans un service de réanimation, a été formé par les médecins du service aux spécificités du Covid, ou du moins à ce qu'on en savait au début de la pandémie. « Ils nous ont informés au fil de l'évolution des connaissances », se rappelle-t-il.

Les infirmières hygiénistes de l'hôpital sont aussi venues plusieurs fois dans le service pour montrer aux infirmiers comment se protéger du Covid à différents moments critiques de la prise en charge.

Les formations en hygiène, notamment sur l'habillage et le déshabillage font partie du minimum de formation que les IDE ont reçue au plus fort de la crise.


Priorité : urgences et réa

Céline, infirmière en réa dans le Grand est, s'est d'abord auto-formée en consultant,  début février, à l'invitation des cadres et chefs de service, les vidéos tout mises en ligne sur le sujet par la Société de réanimation de langue française (SRLF).

« Je ne travaillais pas dans le service depuis longtemps et j'ai regardé tout ce qui nous concernait », souligne-t-elle. Elle a trouvé ces ressources très utiles, notamment celles concernant la surveillance des respirateurs et les précautions à prendre lors du changement de leurs filtres, un moment à risque.

Céline n'était pas présente quand une infirmière hygiéniste est  venue dans le service. Mais responsables soignants et médicaux ont distribué aux professionnels des protocoles imprimés et certains les ont entraînés à s'habiller et se déshabiller de manière sûre. Et les infirmières anciennes ont formé celles qui sont venues en renfort.

La formation a revêtu un caractère particulièrement important pour les soignants qui ont quitté leur service pour aller prêter main forte dans des services recevant des patients Covid.

Amélie, IDE en renfort en réanimation, avait peu d'expérience de cette spécialité.

En guise de formation, elle a doublé une infirmière expérimentée durant sa première nuit.

En prenant en charge les patients ensemble, « elle m'a donné des notions de base en réanimation, expliqué les protocoles du service, comment s'habiller et se déshabiller et comment utiliser un respirateur, raconte-t-elle. Cela m'a été très utile. »

Suffisant en tout cas pour les prises en charge qu'on lui a confiées (pas les plus lourdes).

Sandrine, en renfort elle aussi mais plus expérimentée, a « beaucoup observé » et doublé pendant huit heures seulement une infirmière qui lui a « appris tout ce qu'elle a pu ».

Une formation très poussée...

Ailleurs, la formation de ces « renforts » a été très poussée.

C'est le cas pour Amina, infirmière dans un service de chirurgie, en renfort dans celui de réanimation du même hôpital.

Au tout début de la crise, elle a suivi, comme tous les soignants susceptibles d'entrer en contact avec les patients Covid une formation d'une demi-journée sur l'hygiène et les mesures de protection.

Ensuite, un petit groupe de soignants destinés à renforcer le service de réa a passé deux jours en formation sur la réanimation dans le centre de simulation d'un CHU.

Au programme : « de la théorie, la manipulation des respirateurs et des scopes, des travaux de groupes sur des mannequins, des mises en situation d'urgence, des pratiques de techniques de soin comme le décubitus ventral, l'aspiration en système clos ou de la manipulation du respirateur quand on connecte un aérosol sur un patient Covid, qui est spécifique » du fait du risque de contamination.

Au retour dans son établissement, elle a encore suivi deux jours de formation théorique et pratique avec des infirmières et infirmiers expérimentés du service de réa. « Ils nous ont présenté les spécificités du service, les respirateurs et les traitements utilisés ici, les protocoles, etc. », raconte Amina.

Les « renforts » se sont aussi entraînés à la manipulation du matériel local. Enfin, dans le service de réa, elle a doublé un soignant expérimenté pendant plusieurs semaines. Cela lui a permis d'être à l'aise durant son « séjour » en réa... et lui a même donné envie d'y rester.

… ou inexistante

A l'inverse, Corentin, ancien infirmier en réa, qui a renforcé une équipe de réanimation au plus fort de la crise, aurait apprécié de recevoir une formation sur le Covid mais cela n'a pas été le cas.

« Ils sont partis du principe que j'avais déjà fait de la réa, suppose-t-il. La seule chose sur laquelle j'ai été briefé, c'est l'habillage et le déshabillage. » Il a pu heureusement compter sur ses collègues, notamment ceux de l'équipe permanente, et les internes, pour l'alerter sur certains points spécifiques.

Même aux urgences, les formations n'ont pas toujours été très poussées. Audrey, qui travaille dans un service d'urgences a pu s'informer sur l'intranet de l'hôpital et a reçu de nombreux mails d'information sur le Covid de la part de sa cadre.

Côté formation,  elle en a suivi une d'une demi-heure sur les moyens de protection contre le coronavirus, par le service d'hygiène, et une de 20 minutes sur le prélèvement pharyngé. « On n'a pas attendu le Covid pour savoir comment se protéger, souligne-t-elle. Mais ça nous a manqué de ne pas pratiquer l'habillage et le déshabillage. »

Pour le reste, elle et ses collègues se sont formés avec les médecins du service, au fil de l'eau.

Dans certains établissements, les soignants se sont donc formés eux-mêmes. C'est le cas de Gwenaëlle, infirmière en cardiologie – un service non prioritaire. Mais c'est aussi le cas de Sophie, IDE qui a prêté main forte dans un service de réa.

Elles se sont auto-formées sur le Mooc mis en ligne spécialement par l'APHP. Cela a beaucoup rassuré Sophie, une fois sur le « pont », même si elle aurait apprécié que l'équipe n'a pas accepté la forme aux protocoles locaux...

Hors de l'hôpital, les soignants de sont débrouillés tout seuls. Comme ces infirmières en CMP qui son allées chercher elles-mêmes des informations sur internet et ont improvisé leurs mesures barrière pour accueillir les patients.

Elles n'ont pu suivre que début mai, une formation d'une heure et demie sur le sujet. « On a fait au mieux avec ce qu'on avait, témoigne l'une d'elles, et on n'aurait probablement pas fait mieux si la formation avait eu lieu avant. Mais on aurait pu répondre aux questions des patients ».

Pour aller plus loin :
Formation DPC pour infirmière infirmier libéral

Géraldine Langlois

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actusoins magazine pour infirmière infirmier libéralPour aller plus loin (abonnés) : Lire notre article « Face au Covid-19, l’urgence de la formation des soignants » dans le numéro 37 d'Actusoins (juin, juillet, août 2020), en cours de distribution. 

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