Covid-19 en réanimation : maintenir le lien avec les familles des patients

La prise en charge des patients atteints du Covid-19 a entraîné de nombreux changements dans l’organisation des services de réanimation. L’impossibilité de recevoir les familles pour éviter tout risque de contagion a conduit les équipes à trouver d’autres moyens pour maintenir le lien.

L'hôpital privé Jacques Cartier a mis en place un système de tablettes pour que l'équipe puisse échanger avec les familles

L'hôpital privé Jacques Cartier (91) a mis en place un système de tablettes pour que l'équipe puisse échanger avec les familles. © DR.

« Depuis le début de la crise, on s’intéresse beaucoup aux éléments techniques de la prise en charge des patients comme le positionnement des patients en décubitus ventral, le coma artificiel, mais les changements fonctionnels et organisationnels sont également très importants », indique le Dr Cyril Goulenok, médecin réanimateur au sein de l’hôpital privé Jacques Cartier (Ramsay Général de santé) à Massy (Essonne).

Son service de réanimation dispose de 38 lits dédiés à la prise en charge des patients atteints du Covid 19. « Généralement, nous sommes un service ouvert 24 heures sur 24 aux familles, rapporte le médecin. Elles peuvent venir quand elles le souhaitent, cela fait partie de notre état d’esprit. »

Avec la crise sanitaire actuelle, c’est la première fois que les soignants travaillent au sein d’un service fermé. Ils ont donc souhaité trouver une alternative pour garder un lien avec les familles.

Les autres médecins en renfort

Pour communiquer avec elles, plusieurs solutions ont été déployées. « Nous avons créé la cellule lien-famille, informe le Dr Goulenok. Les chirurgiens, les cardiologues ou encore les oncologues, dont l’activité a diminué pendant la crise, assurent ce lien avec les familles car l’équipe de réanimation n’a pas le temps de le faire. »

Leur rôle consiste à prendre des nouvelles des patients tous les jours, via le logiciel de l’établissement sur lequel les internes inscrivent une note quotidienne. « Une fois informés, ils prennent contact, avec les familles dont ils sont en charge, pour leur donner des nouvelles. »

Certains leur ont même laissé leur numéro de téléphone portable pour qu’elles puissent les appeler directement.  

Visioconférences

L’équipe de réanimation de l'hôpital Jacques Cartier peut aussi laisser la tablette à côté du patient pour que sa famille puisse lui parler

L’équipe de réanimation de l'hôpital Jacques Cartier peut aussi laisser la tablette à côté du patient pour que sa famille puisse lui parler. © DR.

Une trentaine de tablettes sont également utilisées pour « faire entrer virtuellement les familles dans le service », fait savoir le médecin.

C’est la cellule lien-famille qui propose une mise en relation par Skype. « Lorsque le patient est dans le coma, nous ne le montrons pas par visioconférence, en revanche, nous présentons les membres de l’équipe soignante du patient à la famille, son environnement, sa chambre », explique le Dr Goulenok.

L’équipe peut aussi laisser la tablette à côté du patient pour que sa famille puisse lui parler. Et lorsque qu’il est de nouveau conscient, les membres du personnel lui demandent toujours s’il souhaite communiquer. « C’est très émouvant, confie le médecin. Les ″retrouvailles ″sont très fortes entre les familles et le patient hospitalisé. Et c’est aussi un vrai bénéfice pour les soignants. Tout le monde est satisfait. »

Enfin, en cas de fin de vie, « nous faisons venir les familles, fait savoir le médecin. Nous les équipons comme nous et nous ne limitons pas le nombre de personnes pouvant venir dire au revoir au patient car pour nous, il est inhumain de laisser quelqu’un partir tout seul. » 

Prévenir le délirium post-traumatique

A l’hôpital de Rangueil (Toulouse), des tablettes sont également mises à disposition dans le service de réanimation pour organiser des visioconférences entre les familles et les patients.

L’équipe soignante du service travaille depuis de nombreuses années à la prévention du délirium post-traumatique, qui peut s’exprimer plus de 90 jours après la sortie. Pour le prévenir, il faut agir pendant l’hospitalisation. La prévention passe notamment par la limitation de la dispensation de certains médicaments hypnotiques, mais aussi des sources d’inconfort : le service de réanimation est silencieux et sans lumière la nuit.

« Les soignants ont également mis en place une bulle du bien-être, à savoir un ensemble de soins pour limiter et prévenir le délirium », rapporte Guillaume Decormeille, qui a été douze ans infirmier dans ce service avant de travailler sur sa thèse et qui y exerce aujourd’hui en renfort pendant la crise.

« Forcément, lorsqu’un patient se réveille tout seul dans sa chambre, la situation peut être difficile à gérer pour lui », indique-t-il.

D’où ce recours aux tablettes utilisées pour effectuer des entretiens médicaux réguliers avec la famille, qui peut ainsi mettre un visage sur les membres de l’équipe soignante qui s’occupe du patient. « Lorsque les patients se réveillent, si ces derniers sont d’accord, des échanges sont aussi organisés via la tablette, rapporte Guillaume Decormeille. C’est une source de réconfort pour tous. »

Laure Martin

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L’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM) a également recourt au système de visioconférence, proposé aux personnes hospitalisées et à leurs proches : Lire ici l'article "Gardons le lien". 

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Réactions

1 réponse pour “Covid-19 en réanimation : maintenir le lien avec les familles des patients”

  1. Patrick Benoist dit :

    Ecole de yoga internationale, nous proposons des ateliers quotidiens gratuits pour soutenir les équipes soignantes : comment puis-je faire connaitre ici cette offre ?
    https://www.facebook.com/events/1198641193809699/

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