En réanimation médicale, le travail en équipe fait la différence

Dans le service de réanimation médicale de l’hôpital privé Jacques Cartier, à Massy (Essonne), les paramédicaux ont un rôle de premier plan. La prise en considération de leur avis sur les patients et le travail d’équipe, offre une ambiance de travail constructive et appréciée de tous. Article paru dans le n°30 d'ActuSoins Magazine (septembre 2018). 


En réanimation, trois patients sont pris en charge par une infirmière et une aide-soignante

© En réanimation, trois patients sont pris en charge par une infirmière et une aide-soignante. En post-réanimation, une infirmière et une aide-soignante s'occupent de quatre à cinq patients. © Ayoub Benkarroum

En ce lundi de la fin du mois d’août, au troisième étage de l’hôpital privé Jacques Cartier (groupe Ramsay Général de santé), se tient, comme tous les matins, la réunion du staff du service de réanimation médicale. Dans la salle : les deux médecins réanimateurs, les infirmières et les aides-soignantes.

Le Dr Cyril Goulenok, médecin-réanimateur, termine sa semaine de garde et passe en revue l’ensemble des patients hospitalisés dans le service, pour son confrère, le Dr Ivan Laurent, qui prend sa suite. L’état de santé de chaque patient du service est détaillé et les décisions sont prises sur les soins à dispenser ce jour. Les infirmières (IDE) et les aides-soignantes ont voix au chapitre. Elles transmettent à l’ensemble de l’équipe les informations qu’elles détiennent sur les patients. Ces derniers sont généralement hospitalisés pour des arrêts cardiaques, des chocs cardiogéniques, des chocs septiques, des pneumopathies, des insuffisances rénales aiguës… En pratique ces pathologies nécessitent un support technique d'organe (ventilation mécanique, hémodialyse, injection de catécholamines, circulation extra-corporelle).

Chaque avis compte

Tous les matins, l'ensemble de l'équipe (médecins, infirmiers, aides-soignants) se retrouve pour une réunion afin de faire le point sur la prise en charge des patients du service

Tous les matins, l'ensemble de l'équipe (médecins, infirmiers, aides-soignants) se retrouve pour une réunion afin de faire le point sur la prise en charge des patients du service. © Ayoub Benkarroum

« Le ressenti des soignants vis-à-vis des patients est fondamental, explique le Dr Goulenok, qui met un point d’honneur à ne pas commencer la réunion sans la présence de tous les membres de l’équipe. Même si les infirmières ont des patients dédiés, il est important, pour la vie du service, que toutes connaissent l’état de santé de l’ensemble des patients et où nous en sommes de leur prise en charge. »

« Généralement, en tant qu’aides-soignants, nous ne sommes pas vraiment considérés, témoigne Perrine, aide-soignante. Ici, c’est différent. Les médecins tiennent compte de notre avis sur l’état général du patient, sur son humeur, sur son alimentation... » Sabrina, IDE dans le service depuis trois ans, a toujours exercé en réanimation car elle «aime la technicité des soins et le relationnel avec les patients, indique-t-elle. Ce n’est pas parce que les patients sont sédatés ou ventilés qu’on ne peut pas échanger avec eux ».

Pour l’infirmière, les staffs quotidiens avec l’ensemble de l’équipe sont une « bonne chose »« J’ai exercé en réanimation dans d’autres établissements et ce type d’organisation n’existait pas, regrette-t-elle. Ces réunions nous permettent d’avoir une bonne vision d’ensemble des patients hospitalisés. »

Une organisation solidaire

Cette infirmière récemment diplômée est encadrée pendant un mois environ par ses collègues

Cette infirmière récemment diplômée est encadrée pendant un mois environ par ses collègues. © Ayoub Benkarroum

Le service est divisé entre la réanimation et la post-réanimation où sont reçus des patients internes à l’établissement et les patients provenant d’autres hôpitaux ou des urgences. Sept médecins-réanimateurs, trente-deux infirmières, seize aides-soignantes et une cadre de santé y exercent. Huit infirmières de jour sont présentes quotidiennement dans les deux unités, de 8 h à 20 h, avant que le relais ne soit pris par les infirmières de nuit. Toutes les trois heures à partir de 9 h, elles prennent les constantes, distribuent les médicaments en fonction des prescriptions médicales. Les IDE accomplissent un grand nombre d’actes techniques : pose de pansements simples et complexes comme la thérapie par pression négative, et de sondes urinaires ou gastriques. Elles aident également le médecin à la réalisation de gestes spécifiques (intubation, cathéter veineux ou artériel, trachéotomie, drain pleural…). Elles surveillent les assistances spécifiques à la réanimation (ventilation mécanique, hémodialyse,  oxygénation extra-corporelle, contrepulsion intra-aortique, etc). 

Les infirmières et les aides-soignantes travaillent en binôme. En réanimation, trois patients sont pris en charge par une infirmière et une aide-soignante. En post-réanimation, une infirmière et une aide-soignante s’occupent de quatre à cinq patients. « Nous ne travaillons jamais seul »,rapporte Sabrina. Les toilettes sont faites à deux avec l’aide-soignante tout comme les soins et la dispensation des médicaments. « Le service est vraiment solidaire, ajoute l’infirmière. On apprend à s’aider les uns, les autres. »

Transmettre l’information aux familles

Le Dr Goulenok est l'un des sept médecins réanimateurs du service

Le Dr Goulenok est l'un des sept médecins réanimateurs du service. © Ayoub Benkarroum

Les infirmières et les aides-soignantes ont une réelle implication dans les relations avec les familles des patients, qui peuvent venir en visite de 15 h 30 à 21 h 30 sauf en cas de fin de vie où le service est ouvert en continu. « En tant que médecin-réanimateur, nous voyons, tous les après-midis, l’ensemble des patients et leurs familles, en présence des soignants qui s’occupent du patient, souligne le Dr Goulenok. C’est fondamental car lorsque le médecin échange avec la famille, celle-ci ne va retenir que 20 à 30 % des informations transmises. Elles retournent ensuite quasi-systématiquement voir l’infirmière. Celle-ci est un bon relais. En outre, si elle était avec le médecin lors de l’entretien, elle sait ce qu’il a dit à la famille et au patient et peut alors retransmettre les informations les plus justes. »

« Les rapports avec les familles sont très importants, ajoute Sabrina. Elles viennent nous voir, nous parler, nous demander des informations. »L’avantage, c’est que les médecins-réanimateurs sont tout le temps présents dans le service, les paramédicaux peuvent facilement les solliciter lorsqu’ils ne peuvent pas répondre aux questions. « Nous vivons pendant douze heures tous ensemble, donc nous nous connaissons bien,rapporte le Dr Goulenok. Nous créons une ambiance de service, un esprit d’équipe, pour avancer ensemble. »

« En réanimation médicale, nous n’avons aucune difficulté à poser des questions aux médecins,confie Stéphane, aide-soignant qui exerce habituellement en réanimation cardiaque. Ils nous font bien comprendre qu’il n’y a pas de questions stupides et qu’ils sont tous là pour nous aider. »

Face à la fin de vie, la collégialité

Toutes les trois heures à partir de 9h, les infirmières prennent les constantes

Toutes les trois heures à partir de 9h, les infirmières prennent les constantes. © Ayoub Benkarroum.

Les professionnels de santé sont amenés à prendre en charge la fin de vie des patients en décidant de la limitation et arrêts des thérapeutiques actives (LATA). « Nous nous réunissons avec les médecins, les infirmiers, les aides-soignants, et un intervenant extérieur, à savoir un médecin qui ne participe pas à la prise en charge du patient, et la voix de chacun compte, explique le Dr Goulenok. Nous demandons également l’avis à la famille, mais c’est l’équipe qui prend la décision, nous ne pouvons pas donner cette responsabilité à la famille. C’est une façon de les soulager. »

Les médecins-réanimateurs dispensent des formations aux paramédicaux. La dernière, qui a eu lieu en juin, a porté sur la ventilation, la dialyse, les arrêts cardiaques, ainsi que l’éthique et la réanimation. « Nous avons abordé les changements législatifs de la loi Claeys/Leonetti sur la fin de vie, ainsi que la responsabilité morale des soignants », indique le Dr Goulenok.

« J’aimerais pouvoir bénéficier d’une formation théorique sur la prise en charge de la fin de vie,reconnaît Sabrina. Il est vrai qu’on apprend beaucoup avec l’expérience mais le rapport à la famille est parfois difficile. Les proches des patients ont des réactions complètement différentes face au décès. Certains sont dans le déni, d’autres en colère, certains font des crises d’angoisse. Mais peut-on réellement avoir une formation sur l’humain ? »Et d’ajouter : « Parfois, le décès d’un patient me trotte dans la tête, et d’autres fois non. Certains sont plus difficiles à vivre que d’autres notamment lorsque ce sont des jeunes, car on se dit que ce n’est pas dans l’ordre des choses. La distance professionnelle, c’est souvent plus facile à dire qu’à faire. »Mais Sabrina échange beaucoup sur le sujet avec ses collègues et se rend compte que ce sont souvent les mêmes situations qui les touchent. 

Actuellement, le service travaille à un nouveau projet : « mieux vivre la réanimation », pour les patients, les proches et les soignants. Pour les soignants, cela se traduirait par la création d’une zone de repos spécifique, la formalisation par informatique des LATA ou encore la détection de l’épuisement professionnel. Pour le service, l’équipe souhaiterait créer une bibliothèque pour les patients, mettre en place un projet photo, changer les draps blancs pour des draps de couleurs afin d’apporter un peu de gaité dans le service ou encore instaurer une politique de réduction du bruit. Les demandes de financements sont en cours.

Laure Martin

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Cet article est paru dans le n°30 d'ActuSoins Magazine (septembre 2018).

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Miser sur l’encadrement des nouvelles recrues

Les infirmières encadrent les étudiants et les jeunes diplômées, nouvelles arrivées dans le service. « Notre rôle est de leur transmettre les bonnes pratiques et les habitudes du service », explique Sabrina. Pendant un mois, elles sont encadrées avant de pouvoir exercer seules, à condition qu’elles s’en sentent capable. « Elles pratiquent en doublon, précise Catherine, la cadre de santé, infirmière de formation. Après quinze jours dans le service, elles remplissent une grille d’intégration des compétences infirmières en auto-évaluation. Puis, après un mois, elles la remplissent de nouveau avec les infirmières. » Cela prend environ un an pour être complètement opérationnel. 

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