Au CHU de Limoges, le déficit de personnel plombe le fonctionnement de l’établissement

Un poste d’infirmier organisateur de sortie et un poste d’infirmier de nuit. C’est ce qui a été obtenu récemment par le personnel des urgences du CHU de Limoges à l’issue d’une mobilisation de plus de deux mois, émaillée de jours de grève. Mais ces ouvertures de postes seront-elles suffisantes pour endiguer le malaise lié au manque de personnel qui perdure depuis plusieurs années dans l’établissement ?

Au CHU de Limoges, le déficit de personnel plombe le fonctionnement de l’établissement

© CHU Limoges, DR

Les chiffres impressionnent. D’après les syndicats, il faudrait recruter 70 à 80 infirmiers sur l’ensemble du CHU de Limoges. « Il y a 2 ans, il y avait eu une grosse mobilisation, car déjà à l’époque, le recrutement n’avait pas été fait à la hauteur des besoins, rappelle Florence Metge, secrétaire générale de la CGT au CHU. Et cette année, dès septembre, 15 postes d’infirmières n’étaient pas pourvus. La direction pouvait anticiper sur les départs à la retraite notamment, mais elle ne l’a pas fait. »

Ce déficit structurel de recrutement et un absentéisme important ont conduit les instances dirigeantes à faire un constat inquiétant en mai dernier. Il n’y a pas le nombre de soignants nécessaires au bon fonctionnement des services du CHU.

La direction tente alors de faire appel aux infirmiers des hôpitaux voisins de Saint-Junien et Saint-Yrieix, deux villes de taille moyenne, proches de Limoges. Les syndicats ont vivement dénoncé ce qui, selon eux, s’apparente à une manoeuvre visant à « vider » les établissements « de campagne » pour mieux justifier ensuite des fermetures de services dans ces hôpitaux. D’ailleurs le centre hospitalier de Saint-Junien a décliné la proposition, tandis qu’un seul infirmier de Saint-Yrieix est volontairement venu prêter main forte à ses collègues limougeauds.

Résultat, le CHU de Limoges a procédé à 73 fermetures de lits temporaires : 26 en soins de suite et réadaptation, 11 en oncologie, 9 en gériatrie, 7 en ORL, 5 en hépato-gastro-entérologie, 4 en cardiologie, et enfin 11 à l’UHCD des urgences (Unité d’hospitalisation de courte durée), autrement dit la capacité totale de cette unité, ce qui a conduit à sa fermeture.

Le jeu des chaises musicales

Rencontrée à la sortie des urgences, une accompagnante explique y avoir conduit sa mère, âgée, sur les conseils du médecin de famille. La patiente devait en effet être accueillie le matin même en gériatrie, mais le CHU a appelé la veille pour dire qu’il n’y avait plus de lit disponible. Voilà comment une patiente, est, par défaut, « reversée » aux urgences. « Ce genre de situation, c’est notre quotidien », indique Nicolas Penot, infirmier urgentiste à Limoges depuis 7 ans, un service qu’il a intégré dès sa sortie d’école, par choix. Aujourd’hui, il déchante. Selon lui, l’accumulation des patients aux urgences est directement liée à cette mauvaise gestion du flux. « On nous demande de faire double-emploi : de traiter du non-programmé, l’AVC, l’infarctus etc. mais aussi des soins d’hospitalisations, étant donné qu’il n’y a plus de place dans les autres services. »

Comme ses collègues, il déplore les conditions d’accueil des malades, les brancards accolés les uns aux autres, les délais d’attente, les transfusions faites directement dans les couloirs : « Quand on débauche, déjà on se demande, est-ce que je n’ai pas fait une erreur, et ensuite on se dit, j’aurai dû être meilleur. » Enfin, Nicolas regrette de ne plus avoir suffisamment de temps pour un aspect primordial du métier d’infirmer : les relations humaines. « On est beaucoup dans l’acte, on n’a pas le temps pour le côté relationnel. On oublie même que rassurer ça reste un soin, c’est ce qu’on nous apprend pourtant à l’école. La manière de s’adresser aux gens, de leur parler, de les comprendre, on s’éloigne de cet aspect là du métier. Pour nous les soignants, c’est difficile moralement. »

Eté sous vigilance

Aux urgences, entre les congés maternité non remplacés et les personnels en arrêt de travail, huit soignants manquent. Le mouvement de grève a permis d’obtenir deux postes sur trois demandés (un poste d’aide-soignant supplémentaire était également revendiqué). De nombreux autres services du CHU pâtissent de l’absentéisme et des lacunes de recrutement. Sollicitée pour une interview, la direction s’est succinctement exprimée par la voie de son service communication. Elle dit espérer mener à bien la campagne de recrutement dès fin juillet, au moment de la sortie des instituts de formation en soins infirmiers et rappelle que les 73 fermetures de lit sont provisoires.

A la CGT, Florence Metge observera avec attention ces nouvelles embauches mais elle craint que cela soit insuffisant pour rétablir un climat serein : « L’état d’épuisement est global, il ne concerne pas que les soignants. Les personnels administratifs et techniques sont touchés aussi. L’accueil et les secrétariats fonctionnent à flux tendus. On sent une morosité ambiante. Il y a des gens qui démissionnent. Il n’y a pas une semaine où notre permanence ne reçoit pas un coup de fil de personnes qui souhaitent prendre des disponibilités. Il y a un véritable épuisement, un dégoût du métier, même. »

Les syndicats et le personnel ont choisi de ne pas prolonger leur mobilisation et attendent de faire un état des lieux à la rentrée. Et de serrer les dents, cet été.

Camille Chignac

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