Infirmière à Chypre, île en crise

à Chypre, c’est un sacerdoce. Du fait de la crise économique, le budget de la santé a été considérablement élagué dans ce pays qui a frôlé la banqueroute. Despos Constantinou continue malgré tout.

Despos Constantinou infirmière à Chypre

Despos Constantinou, infirmière à Chypre ® Delphine Bauer

C’est étrange, quand je suis arrivée sur le marché du travail, j’ai été déçue de ce métier. Puis j’ai appris à l’aimer, j’ai découvert la multitude de choses que l’on réalise au quotidien et j’ai été convaincue », raconte Despos Constantinou.

Aujourd’hui, cette jeune quarantenaire travaille à temps plein à l’hôpital général de Nicosie, plus imposante construction hospitalière de l’île, avec 5 400 lits. Une grosse machine. « Je m’occupe du contrôle des infections, précise-t-elle. J’évalue comment protéger les patients, mettre en place des procédures, gérer les asepsies… »

Elle poursuit : « j’ai suivi mes quatre ans d’études, puis j’ai commencé à chercher du boulot. » C’était bien plus facile il y a six ou sept ans qu’aujourd’hui, dans ce pays durement touché par la crise, qui a atteint son paroxysme en 2008.

« Le chômage a énormément augmenté, confirme-t-elle. Il y a 720 infirmières au chômage sur 4 200 dans le secteur public, c’est considérable ! ». Par conséquent, les infirmières se tournent de plus en plus vers le secteur privé.


« Mais la crise est un cercle vicieux : les personnes avec peu de moyens continuent d’aller à l’hôpital public parce qu’ils savent qu’ils ne paieront pas. »

Une crise économique encore présente

La crise, un mot qui, pour Depos et ses confrères et consoeurs, est devenu concret quand le budget de la santé a été dramatiquement réduit. Conséquences : des salaires amputés de 30 % ou l’âge de la retraite repoussé de 60 à 65 ans. « Nous avons fait des manifestations, nous sommes allés au ministère, afin de lutter contre l’ voulue par la « troïka. » » Aujourd’hui, les infirmières arrivant sur le marché gagnent 1 100 euros, et les salaires les plus hauts atteignent les 2 400 euros. Amère, Despos estime, qu’après des dizaines d’années d’expérience, ce n’est pas beaucoup.

Repousser la retraite a aussi son revers. « Cela rend les choses encore pires car il y a moins de place sur le marché », estime-t-elle. Selon elle, de nombreuses infirmières chypriotes seraient déjà parties en Angleterre, en Australie  ou dans les pays arabes, ou se sont carrément reconverties dans d’autres secteurs. « On ne peut pas empêcher les universités de former des infirmières, mais il y en a trop qui arrivent sur le marché chaque année », estime-t-elle.

L’hôpital, désormais, deviendra une vraie entreprise, aura son propre budget et devra faire en sorte de faire des profits pour être à l’équilibre. On a peur d’un système à l’américaine qui laisserait sur le trottoir les plus faibles parce qu’ils n’ont pas d’assurance.

Son collègue Aristides Horattas parle d’un nouveau plan qui inclut les infirmières libérales dans des centres de soins et devrait permettre de créer de l’emploi. « Mais on ne verra les résultats que d’ici deux ans », détaille-t-il.

Nouveauté : « l’hôpital, désormais, deviendra une vraie entreprise, aura son propre budget et devra faire en sorte de faire des profits pour être à l’équilibre. On a peur d’un système à l’américaine qui laisserait sur le trottoir les plus faibles parce qu’ils n’ont pas d’assurance », s’inquiète Despos.

Si l’Europe n’a pas eu que du bon au niveau économique, imposant l’austérité, les normes européennes ont, quant à elles, tiré vers le haut les standards chypriotes en termes de moyens, de protocoles et de ligne de conduite. « On a pu importer des techniques puis les appliquer sur nos pratiques », explique-t-il.

Cependant sur le terrain, Despos déplore un manque de temps criant passé par avec les patients, en réduction progressive, alors qu’ils « demandent de plus en plus et connaissent mieux leurs droits. » Une petite révolution dans la pratique des soins que Despos a d’ores et déjà pris en compte dans son quotidien

Delphine Bauer / Youpress
Article publié dans le magazine ActuSoins n° 16. Pour vous abonner, c'est ICI

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