Les infirmier(e)s en portrait dans ActuSoins : Que sont-ils devenus ? (8)

Cela fait près de cinq ans qu’ActuSoins part à la rencontre de soignants un peu partout en France. Certains ont des initiatives à mettre en lumière. D’autres exercent dans des services méconnus. Tous ont un parcours qui sort de l’ordinaire. Nous avons voulu prendre des nouvelles.

Fanny Lortat infirmière en portrait dans ActuSoins magazineRetrouvons Fanny

Après de longues études et différents postes à haute responsabilité, Fanny reprenait des études d’infirmière pour donner un nouvel élan à sa carrière.

Depuis, elle a eu son D.E et a travaillé pendant 18 mois en qualité d’infirmière du travail pour le personnel communal. Puis, elle a obtenu un poste de directrice du pôle santé, dépendance et handicap de sa ville.

« Être infirmière m’a permis d’acquérir une légitimité auprès des médecins et des soignants avec qui j’ai travaillé. Ils ont pu constater que mes valeurs n’étaient pas seulement économiques et que je me souciais du bien-être des agents. Je retourne souvent sur le terrain enfiler ma blouse blanche et je vais aider ou remplacer des infirmières dans les services. Je trouve cela très important et ça me plaît. Le fait d’être soignante me permet d’être très attentive aux problèmes ».

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Fanny, une reconversion qui a du sens


Diplômée de Sciences Po*, titulaire d’un D.E.A en droit médical et cadre d’expérience, Fanny Lortat-Jacob a décidé de tout plaquer et de reprendre à zéro. À 33 ans, cette étudiante en soins infirmiers de deuxième année souhaite donner un nouveau sens à son existence en exerçant un métier qui lui convient vraiment : infirmière.

Exercer pour exister

Avec des boucles rousses qui volent au vent, un regard bleu malicieux et un enthousiasme pétillant, Fanny a tout d’une vraie rigolote. L’apparence n’est pas trompeuse. Mais, derrière cette carapace joviale, se cache une jeune femme sérieuse et réfléchie. Brillante même.

Consécutivement, elle a été directrice des ressources humaines d’une clinique privée, responsable d’accréditation d’un établissement de santé, attachée territoriale à Aulnay-sous-Bois, puis étudiante en soins infirmiers. Cette reconversion infirmière, elle l’a longuement mûrie. «  Je n’ai pas pris cette décision à la légère. Je ne m’épanouissais pas dans mon ancien poste, et j’avais un réel besoin de contact direct avec les patients », explique Fanny. « En tant que cadre, on m’a aussi souvent reproché de ne pas comprendre la réalité du terrain. Il me fallait acquérir une certaine légitimité », ajoute-t-elle.

Aujourd’hui, Fanny ne regrette pas son choix. Elle a retrouvé les bancs de l’école et profite de ses stages pour aller plus loin dans sa propre réalisation. « J’ignorais que j’avais cette capacité relationnelle avec les malades. Dans ce métier, je goûte aux valeurs de partage, de tolérance et de respect de l’autre. C’est magique pour moi ». Alors, Fanny s’implique chaque jour davantage.

Que ce soit auprès des étudiants de sa promotion, lorsqu’elle organise des examens blancs pour mieux se préparer au D.E, qu’auprès des équipes soignantes sur le terrain. « J’essaye de participer au maximum, sans trop me faire remarquer », raconte Fanny.

Car elle ne souhaite pas forcément que les autres sachent de quel milieu elle provient. « Lorsque l’on me demande ce que je faisais avant, je réponds simplement que j’étais dans l’administration », explique-t-elle, n’osant pas avouer sa condition de cadre. « Quand j’ai passé le concours pour entrer en IFSI, j’ai d’ailleurs  dû me justifier . Le jury m’a fait remarqué qu’en qualité d’infirmière, je gagnerais bien moins ma vie et que mon statut déclinerait. Cela m’était égal. Si j’avais continué dans la voie que je me traçais,  je crois que j’aurais dépensé mes mille euros supplémentaires de salaire en psychothérapie », souligne Fanny en riant.

Une double compétence non négligeable

Ce n’est pas parce que Fanny s’oriente autrement qu’elle fait pour autant abstraction de son passé. Elle songe même à re-devenir cadre après quelques années d’expérience. « Je mettrai alors à profit ce savoir administratif que j’aime tant ». Elle ne renie, ni ne regrette ses études antérieures. « J’adorais ce coté très rationnel du droit, nécessitant à la fois une grande rigueur scientifique et une aisance littéraire ».

Cependant, déjà à l’époque, quelques signes précurseurs annonçaient sa remise en question. En passant son mémoire de fin d’études de DEA sur la responsabilité de l’infirmière à l’hôpital public, Fanny commençait à comprendre qu’elle avait été catapultée vers un parcours d’excellence, non par choix personnel, mais par souci de représentation sociale.

À présent, si elle devait choisir, elle s’orienterait vers un poste en gériatrie, car elle adore écouter les personnes âgées se raconter. Pour réussir à concilier sa vie familiale  - un mari, deux enfants - avec son nouveau statut, Fanny avoue s’imposer une « discipline militaire ». Soutenue par son entourage proche, elle se sent néanmoins parfois incomprise.

« Souvent, on m’interroge sur la nature de mes tâches. Certains de mes camarades de droit pensent que je fais un travail dégradant, notamment lorsque j’évoque les changes et les toilettes. Ils ne comprennent pas que pour moi il s’agit d’un simple service au patient. Lorsque les patients ont leurs besoins satisfaits, alors moi, je suis satisfaite. C’est tout ce qui m’importe ».

Malika Surbled

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