Les glucomètres lecteurs de glycémie : un choix à faire

Utiliser un glucomètre est souvent le premier geste technique que l’étudiant infirmier apprend puis il le répète tout le long de son exercice presque « sans y penser ». Pourtant, en comparant les produits des différents laboratoires, on découvre que les glucomètres ont tous des spécificités particulières pour s’adapter aux besoins spécifiques des patients.

Les glucomètres lecteur de glycémie : un choix à faire

Utilisateur du lecteur Accu-Chek® Mobile du laboratoire Roche.

L’arrêté du 11 juin 2013 indique que la vérification du taux de glycémie avec un glucomètre par un infirmier n’est pas un acte de « biologie médicale » mais un « élément d’orientation diagnostique » qui ne peut « se substituer au diagnostic réalisé au moyen d’un examen de biologie médicale ». Par suite, « il relève donc de la responsabilité du professionnel de santé de prendre en compte les performances décrites par le fabricant en fonction de l’usage qu’il souhaite en faire ». Le professionnel qui fait le test doit donc connaître son matériel et contacter un médecin en cas de doute sur un résultat, surtout si celui-ci doit entraîner une adaptation de traitement. Or, à la suite de ce texte, la gestion du parc des glucomètres à l’hôpital est passée des médecins biologistes aux pharmaciens qui gèrent déjà tous les autres dispositifs médicaux… mais sont moins habitués à leur entretien.

Glucomètre : pour les patients lourds : attention à l’hématocrite et aux traitements

L’hématocrite, la bilirubinémie, l’uricémie ou la triglycéridémie ainsi que les taux de certaines substances telles  que le maltose, le paracétamol, l’ascorbate (vitamine C), l’icodextrine (sucre spécifique des dialyses péritonéales) et même récemment la Ceftriaxone® (antibiotique injectable) peuvent perturber les résultats des lecteurs de glycémie.
Ce problème se pose particulièrement dans les services comme la réanimation, néonatalogie, grands brûlés… Il est aussi particulièrement sensible chez les femmes enceintes, les anémiés, les insuffisants rénaux, les patients mal nutris, les tabagiques et les patients déshydratés.
Or, certaines études auraient prouvé qu’un écart de 10 % de la glycémie pouvait entraîner des variations de 16 à  45 % de la dose d’insuline injectée*. En 2013 les critères d’évaluation des glucomètres ont donc été réévalués avec une nouvelle norme (Iso 15197 13) qui inclue notamment une moindre sensibilité aux variations d’hématocrite. Aujourd’hui les lecteurs glycémiques sur le marché sont donc plus performants sur ce sujet. Le laboratoire Nova, avec en particulier le modèle StatsStrip®, se positionne à l’hôpital comme le plus fiable des lecteurs.

Glucomètre : la glycémie sur un ordinateur ou… dans les nuages

Pour les soins de ville, l’enregistrement des données de la glycémie puis sa mise en forme est le thème sur lequel les laboratoires sont le plus actifs : les glycémies se notent aujourd’hui dans le lecteur, sur un site internet dédié ou même sur un « cloud » personnel ce qui les rend accessible et partageable en permanence (par le diabétologue, le médecin traitant…) même à distance. Dans ce domaine (même si on peut relier à un ordinateur presque tous les lecteurs aujourd’hui) c’est le laboratoire Beurer avec le GL 50 evo qui propose le système le plus complet.
Grâce à un émetteur Bluetooth (en option à 52,99 euros en plus du lecteur) la mesure effectuée est transmise immédiatement sur le smartphone du patient grâce à une application dédiée. Il peut ensuite recueillir ces données sur son ordinateur grâce à un logiciel. Il peut ensuite sur ce même logiciel, recueillir aussi les données d’une balance, d’un tensiomètre et d’un bracelet, toutes données (glycémie, poids, tension, activité physique) utiles pour le bon suivi de sa santé. Tout ceci à une condition cependant : que le patient possède (et maîtrise) un ordinateur, un smartphone récent, une connexion internet… et qu’il fasse très attention à la sécurité de ces données.


Glucomètre : le lecteur sur batterie pour éviter les piles à plat

C’est un fait bien connu de tous les infirmiers : les piles des glucomètres lâchent toujours le week-end, les jours fériés ou au moment d’une hypoglycémie importante. En plus ces piles, pour cause de miniaturisation, sont souvent difficiles à trouver dans le commerce… Des laboratoires commencent donc à proposer des lecteurs sur batterie rechargeable avec un adaptateur : c’est le cas du GL 50 de Beurer mais aussi du OneTouch® Verio®IQ de chez LifeScan qui possède une batterie suffisante pour 15 jours d’autonomie.

Glucomètre : plus faciles à manipuler : des lecteurs qui parlent ou sans bandelettes

Quelles que soient les avancées technologiques, un bon matériel de glycémie est aussi un matériel facile à manipuler pour le patient. Or, avec une déficience visuelle (courante par définition chez les diabétiques ou simplement les patients âgés), il peut devenir difficile de lire les données des lecteurs. Le lecteur Autosens Voice des laboratoire Aximed ou le Diamond voice du laboratoire Fora qui vient d’être lancé à Genève permettent ainsi de lire les résultats à haute voix et de guider l’utilisateur… les yeux fermés.
Quant aux patients qui ont du mal à manipuler les bandelettes, le lecteur Accu-Chek® Mobile du laboratoire Roche propose un lecteur sans bandelette (c’est une cassette qui les remplace).

Glucomètre : les enfants restent le parent pauvre

Malgré les efforts faits pour diminuer la quantité de sang nécessaire au test ainsi que quelques tentatives du laboratoire Abbot pour faire des coques de couleur sur ces lecteurs glycémiques, les enfants français n’ont pas de lecteur spécifique. Aux Etats-Unis, le lecteur Modz est aux couleurs d’Angry bird et envoie ses résultats sur le téléphone des parents.

Glucomètre : prendre sa glycémie sans se piquer le doigt… un espoir ?

Le laboratoire Abbott avec le système FreeStyle® libre propose un système avec un capteur que le patient s’appose sur l’avant-bras. Pour lire la glycémie, il n’a plus alors qu’à scanner le résultat avec son lecteur en le passant au dessus du capteur. Cependant, le capteur qui doit être changé tous les 15 jours coûte à ce jour 59,90 euros pièce soit 119,80 euros par mois et n’est pas encore pris en charge par la CPAM (alors que le prix moyen de 100 bandelettes classique est au alentour de 38 euros, remboursé à 100 % par la CPAM pour les diabètes de type I). D’autre part ses résultats, variables de 10 % en moyenne absolue par rapport à un glucomètre classique, font que ce système n’a pour l’instant qu’un rôle « d’information complémentaire »…

Quelles que soient les avancées technologiques, un bon matériel de glycémie est aussi un matériel facile à manipuler pour le patient.

Précision des mesures pour des patients aux traitements complexes, connectivité ou lecture sans contact semblent donc être les grands développements à venir des lecteurs glycémie… Cependant pour les enfants et les personnes âgées, force est de constater qu’un lecteur de référence simple, pratique et vraiment facile à manipuler, paradoxalement, semble manquer encore.

Olivier Blanchard

* Boyd JC, Bruns DE, Quality specifications for glucose meters : assessment by simulation modeling of errors in insulin dose, Clin. Chem., 2001, 47, 209-214.

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