Soigner des V.I.P. : discrétion à tous les étages

Le secret médical fait partie intégrante de leur métier. Mais parfois, ce sont d’autres secrets que les infirmiers gèrent… quand leurs patients ne sont autres que de grandes stars de la chanson, du cinéma, des hommes politiques ou de richissimes émiratis. Mais le soin prime !

Hôpital Soigner des V.I.P. : discrétion à tous les étages« Lorsque j’ai raccompagné cette célèbre journaliste de télévision après son accouchement par césarienne dans sa chambre, son mari, un humoriste très connu a eu juste l’attitude d’un père de famille lambda qui avait besoin d’être rassuré, » raconte Rémi* un infirmier ayant exercé un temps dans un grand hôpital privé parisien.
Pendant ces années, Rémi en a vu des personnalités : chanteurs, mannequins, acteurs, mais aussi des Emiratis qui viennent « chercher en France le meilleur système de santé et les meilleurs médecins. » Ce qui énerve passablement Véronique, infirmière, elle, dans le service public. « Privatiser des chambres et offrir deux poids deux mesures aux patients, c’est grave, c’est le début du désengagement de l’État. La rentabilité prime. L’égalité de soins est finie », tranche-t-elle. En attendant, les hôpitaux privés ne se posent pas de question et font payer le prix fort à ces personnalités chouchoutées.

L’obligation de discrétion

Dans son hôpital parisien, réputé pour sa grande discrétion, Rémi confirme que les personnalités médiatiques attendent un service haute qualité. Il n’est pas rare que les personnalités débarquent sous des noms d’emprunt. « Ils arrivent sous le nom de Dupont ou Durand pour plus de discrétion, car les données archivées peuvent être en libre-service dans l’établissement. Parfois on sait qu’ils sont dans le service mais pas pour quelle raison », explique-t-il.
« Certains, comme les hommes politiques, ne font pas d’admission directe, montent directement dans leur chambre où l’on récupère les documents d’identité et on fait les dossiers d’admission a posteriori », révèle Denis*, directeur de soins d’un autre établissement.
En termes de discrétion, les établissements ne sont pas tous aussi habitués à prendre en charge des personnalités. « Quand on avait des stars, on avait des consignes : ne pas renseigner les personnes par téléphone, ne pas faire rentrer qui que ce soit dans la chambre », raconte Véronique.
Dans un autre centre, à Toulouse, Rémi, qui a expérimenté à la fois hôpital « grand standing » et un hôpital spécialisé dans le sport à Toulouse, a vu la différence. « Dans l’établissement sportif, c’était plus désorganisé. On a accueilli un rugbyman, et les médecins donnaient des consignes “Tu ne vas pas dans cette chambre, y a untel”. Deux semaines après, les gens du service en parlaient encore ! Les médecins en faisaient des caisses », balance-t-il.
Mais, rappelle un directeur de clinique parisien : « Notre tradition, c’est la discrétion. Quel que soit le patient. Même lambda, il a droit à son anonymat. » Rappelant la mission première des soignants, ce directeur de clinique évoque des situations gênantes de femmes, maîtresses, amants… pour lesquels la discrétion est plus que nécessaire, à moins de créer un incident diplomatique.

Caprices, avantages et petites folies

« Parfois j’ai vu des trucs de dingue : des Rolls Royce débarquer pour déposer des patients ! Une fois, c’est toute une aile de l’hôpital qui a été privatisée pour un Emirati », révèle Rémi. Certains poussent les folies très loin : un patient qui logeait dans une suite a loué du matériel de location de cuisine et a changé tous les meubles. Les gardes du corps étaient à l’autre bout de la suite. « Coût ? Environ 400 000 euros. Pour trois nuitées ! »
Rémi ne tarit pas d’anecdotes, comme ce patient qui, après une opération de huit heures, n’est resté que trente minutes dans la salle de réveil, et a été emmené dans sa chambre… surveillé pendant deux heures par l’anesthésiste qui d’habitude ne reste que quelques minutes. « Tout le matériel avait été déplacé spécialement, un vrai “merdier” », lâche-t-il, sans langue de bois.
Les « pires », ce ne sont pas les vraies stars, « mais les starlettes qui font des caprices », n’hésite pas à dire Anthony*, directeur de clinique. « Une gagnante de la Star Ac’ est arrivée en limousine et s’est plainte de la présence des photographes. J’ai dit : Pardon, mais quand on ne prévient pas la presse, en général, ils ne viennent pas ». Elle n’a pas bronché », rigole le directeur de clinique.
Véronique se souvient d’un comédien qui « jouait beaucoup de sa célébrité. » Mais dans un sens positif. « Il faisait le pitre et rire tout le monde. Mais il restait très discret et restait dans sa chambre car il était vraiment très connu. » Denis évoque une autre femme, humoriste à grand succès, qui na pas tenu à bénéficier de passe-droit, Car, rappelons-le, venir à l’hôpital n’est jamais bon signe. « Les personnalités font moins les malins car l’hôpital, c’est la maladie, éventuellement la mort, parfois ils ont peur pour leur vie. Finalement cela les ramène à une condition plus… humaine », analyse Anthony.

L’intimité du soin

« Savoir que quelqu’un est connu ne change rien pour moi. Pour les soins post-césarienne de cette journaliste célèbre, je devais vérifier les saignements des parties intimes, appuyer sur le ventre pour vérifier l’absence de caillots sanguins. C’est un soin violent et intime, mais pas le choix, t’y vas quand même. Je plaçais la mission de soignant en priorité et on se concentre là-dessus en oubliant à qui on a à faire », raconte Rémi.
Véronique confirme. « Ce qui compte, c’est la qualité du soin. Quand on travaille, on a le nez dans le guidon, on ne fait plus de différence. Une fois, j’ai interrompu pour un soin un comédien célèbre dans la répétition de son texte, il répétait de long en large. » Une façon de rentrer dans son intimité qui passe très vite au second plan après le soin. Mais Rémi a l’honnêteté de dire que prendre en charge telle ou telle personnalité est « amusant ». « Quand les médias se demandent si c’est un garçon ou une fille, et le prénom éventuel et que je sais déjà, je trouve ça aussi marrant », plaisante-t-il.
Il y a aussi des pathologies « propres » aux stars : elles vont beaucoup plus en hôpital psychiatrique. « Pour les starlettes surtout, quand la célébrité dure cinq minutes et disparaît, cela mène à l’obésité, l’anorexie, à des problèmes psychiques. La prise en charge est encore plus confidentielle. Souvent ces personnalités ont des problèmes d’ego non résolu, des dédoublements de la personnalité », reconnaît le directeur de clinique.


Des pressions éventuelles

Ceci étant, Rémi reconnaît, qu’inconsciemment, « on se dit que si on fait une connerie, médiatiquement, il y aura des retentissements donc oui, d’une certaine façon, ça met une pression supplémentaire. » Du côté des médecins, Véronique est claire : « Quand il y a une personnalité, les chefs de service ont des égards particuliers. Pour le patient lambda, c’est une visite hebdomadaire, mais pour les V.I.P., ils viennent les voir personnellement tous les jours. » Rémi ajoute : « Pour les médecins, c’est l’occasion de se faire un carnet d’adresse, tandis que cela ne change rien, niveau salaire, pour les infirmiers. »
Pour Véronique, ce qui devait être une expérience un peu hors du commun s’est très mal fini. « Il s’agissait d’un acteur de théâtre très célèbre qui venait pour des soins liés à une maladie de longue durée. Tous les soirs, il jouait sur scène et il avait demandé qu’une infirmière l’accompagne. Comme c’était un petit service, j’avais eu vent de son arrivée. Je suis la procédure et je demande à ma cadre si je peux l’accompagner un soir. Et là, sa réaction a été immédiate : “Qui t’a prévenue”, m’a-t-elle demandé d’un ton menaçant. J’ai refusé de répondre, je n’avais commis aucune faute. À partir de là, ça n’a été que harcèlement, jusqu’à ce que je demande ma démission… qui m’a été accordée sans aucun préavis. » Véronique en est sûre : « Si le patient n’avait pas été connu, je n’aurais pas subi cette pression. »
Rémi se souvient, lui, d’un patient, arrivé avec garde du corps jusqu’au bloc opératoire, blessé par balles. « Un mafieux russe, je pense. Et là je me suis dit que s’il arrivait quoique ce soit, les conséquences pourraient être graves : les gardes du corps étaient armés. Même les médecins étaient plus stressés. »

Des avantages ?

« Souvent ils ont des attentions, admet Rémi. Par exemple, les Emiratis, enfin leur secrétaire ou bras droit, vous demande “Vous voulez manger quoi ?” Et là, on vous livre du Fauchon », explique-t-il. « Un matin, on a reçu 15 kg de pâtisseries orientales en direct envoyé par le roi du Maroc. T’hallucines ! » Il raconte aussi volontiers les bouteilles de champagne, les chocolats envoyés pour remercier d’une bonne prise en charge. Une fois, il a même reçu un pourboire de 200 euros. « Je ne pouvais pas refuser, sinon ce patient l’aurait trop mal pris. Pour lui, c’était comme s’il donnait cinq centimes. »

Delphine Bauer / Youpress

FRÉDÉRIC BAUDE, directeur des opérations à la clinique Geoffroy Saint-Hilaire (Générale de Santé) et référent communication pour la Pôle Paris de la GDS : « Il faut savoir s’adapter »
« Une procédure d’accueil des personnalités a été mise en place récemment à la clinique Geoffroy Saint-Hilaire. Quand elle arrive en consultation, le chirurgien ou sa secrétaire doit prévenir la direction et donner les dates de la consultation d’anesthésie et la date de l’admission. Ensuite, nous organisons l’entrée, nous demandons à la personne si elle désire une admission confidentielle et anonyme. Nous lui demandons la liste des visiteurs autorisés qui est communiquée à l’accueil et au personnel à l’étage. L’arrivée peut se faire par une porte d’entrée plus discrète que l’entrée principale. Si la personnalité demande une procédure de sécurité spéciale avec des gardes du corps, elle l’assure elle-même avec son propre personnel et nous mettons à sa disposition, si nécessaire une chambre annexe. Il faut savoir s’adapter et proposer ce genre de services. » Propos recueillis par Cyrienne Clerc.

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Réactions

8 réponses pour “Soigner des V.I.P. : discrétion à tous les étages”

  1. Encore un article très intéressant qui traite les vrais problèmes actuels, bravo !

  2. Et au sujet de la générale de santé, quand on voit les conditions de travail au seins de leurs cliniques privées (avec des blocs qui tournent plus qu’un aéroport), le responsable de la comm parisienne n’a pas top de leçons à donner à qui que ce soit…

  3. Ca change rien ? Rémi se fout de la gueule de qui? J’ai un temps bossé pour une grand hosto connu pour les VIP… Le service tourne autour d’eux. Il faut se payer leurs caprices. Pour deux patients, un riche VIP et l’autre pauvre (ou normal), à caprice égal, le pauvre se fera envoyer chier alors que pour le VIP, tout le monde se courbera. Et les soignants ne sont pas considérés comme des soignants… Mais comme des valets de chambre. OUI. Il faut le dire. Moi, un diplomate sonnait pour que je lui verse le nesquick en sachet dans son putain de bol. Quand t’as été opéré de la verge, les bras fonctionnent encore… Et tu ne peux pas refuser. Sinon plainte etc. Et vous savez quoi ? 90% des soignants rentrent dans le jeu et accentuant les courbettes car à la clé il y a bien souvent des billets et des cadeaux divers et variés ce qui fait de jolis compléments de salaire. Les VIP achètent les gens, c’est ça quand on à la tune Alors après personne est forcé mais moi, ce n’est pas trop mon éthique.. Bref à vomir. Donc le témoignage à la con du Rémi : n’importe quoi.

  4. On a eu droit à une note de service quand un coureur de formule 1 s est fracassé au ski!!!

  5. Bien entendu quand il y aura les 22000 postes en moins dans les hôpitaux, certains vont échapper au grand balayage pour que leurs VIP aient toujours les meilleurs soins…..
    Ça me dégoûte !!!

  6. Eric Fuentes dit :

    C est koi encore ces conneries ??? Tous nos patients ne sont ils pas VIP ? L Être Humain dans notre prise en soins n est pas traité de la même façon ? Le secret professionnel a plusieurs niveaux oui ….mais pas plusieurs degrés de secret ! Je suis professionnel soignant point !

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