Astreintes et permanences de nuit d’infirmiers dans les Ehpad : un bilan encourageant

L'agence nationale d'appui à la performance des établissements de santé et médico-sociaux (Anap) a diffusé deux rapports fondés sur les expériences de territoires pilotes du dispositif Paerpa (personnes âgées en risque de perte d'autonomie), dont l'un se rapporte à la mutualisation d'infirmiers de nuit dans les Ehpad. Réduction du nombre d'hospitalisation, meilleures prises en charges palliatives, etc. :  si le choix du modèle - astreinte ou permanence - a un impact financier et organisationnel, il apparait que la présence effective d'un infirmier de nuit semble apporter des bénéfices supplémentaires. 

Astreintes et permanences de nuit d'infirmiers dans les Ehpad : un bilan encourageant

"L'insuffisance de coordination entre les différentes prises en charge, sanitaire, sociale et médico-sociales, ainsi que le recours non pertinent à l'hospitalisation sont les causes principales de ruptures dans les parcours des personnes âgées", explique la publication  de l'ANAP "Mutualisation d'IDE de nuit en EHPAD, retours d'expériences des territoires PAERPA", datée de mars 2019. 

Dans le cadre du programme PAERPA, six territoires parmi les neuf premiers territoires pilotes ont inscrit dans leur feuille de route des actions relatives à la mutualisation d'infirmiers diplômés d'Etat de nuit, le soir et le week-end en Ehpad : Basse-Corrèze, Bordeaux, Hautes-Pyrénées, Mayenne, Paris (9e, 10e et 19e arrondissements) et Valenciennois-Quercitain. 

"Conformément au cahier des charges national “Personnes âgées en risque de perte d'autonomie”, cette présence d'infirmier la nuit en Ehpad doit permettre de réduire ou retarder le recours au médecin traitant, médecin de garde, à SOS médecin, au centre 15 et aux hospitalisations en urgence", indique l'ANAP. 

En pratique, le dispositif consiste en la mise à disposition d'un IDE mutualité sur plusieurs EHPAD toutes les nuits de l'année, que les équipes en EHPAD peuvent solliciter dans certains cas plutôt que de recourir de façon systématique aux services d'urgence et hospitaliers, alors que cela n'est pas toujours nécessaire. 

Pertinence médico-économique

Les éléments recueillis au stade de l'élaboration du rapport se basent sur une appréciation qualitative faite par les acteurs de terrain. Ces derniers estiment que le dispositif d'infirmiers de nuit dans les Ehpad a permis une baisse des hospitalisations en urgence la nuit ainsi qu'une diminution du nombre et de la durée des hospitalisations de court-séjour dans le cas de la garde. 

Certaines ARS et certains services des urgences ont également noté une diminution des passages aux urgences des personnes âgées la nuit, fait savoir le document. "Or, le coût des hospitalisations et des passages aux urgences peut rapidement dépasser celui du coût de l'astreinte".

Le suivi ne prévoyait pas de remontés d'informations concernant les recours au 15 et les hospitalisations en urgence évitées ni sur le coût réel du dispositif pour les structures. Certains territoires ont mis en place un suivi spécifique, mais la diversité de recueil des indicateurs et leur absence d'homogéisation a rendu difficile leur exploitation sur le plan national, fait savoir l'ANAP. 

Malgré cette difficulté d'évaluation, et malgré les obstacles rencontrés lors du déploiement et du fonctionnement du dispositif, "ses bénéfices sont salués de façon unanime par les acteurs". 

La sécurisation des équipes de nuit

Sur tous les territoires, quels que soient les modèles d'astreinte ou de garde adoptés, les acteurs mettent en avant l'aspect sécurisant du dispositif pour les équipes de nuit, fait savoir l'ANAP. "Même lorsque le dispositif est peu sollicité, son existence rassure les équipes qui se trouvent moins démunies la nuit. De plus, le fait de pouvoir contacter un infirmier la nuit par téléphone constitue une aide à la décision pour les équipes de nuit. Elles peuvent solliciter l'avis de l'infirmier pour savoir si ce dernier doit intervenir, s'il vaut mieux recourir au 15 ou attendre l'arrivée de l'infirmier de jour", explique l'ANAP. 

Amélioration des relations avec le SAMU

"Avant la mise en place du dispositif, la plupart des Ehpad avaient recours à la régulation du SAMU lorsqu'une urgence survenait la nuit, quel que soit son degré de gravité. Les équipes de nuit étaient souvent mal accueillies par les médecins régulateurs qui jugeaient leur sollicitation inappropriée tout en ignorant le plus souvent le fait que les Ehpad n'étaient dotés d'aucune présence médicale la nuit. L'arrivée de l'infirmier de nuit a eu, sur de nombreux territoires, un effet d'apaisement des relations entre les Ehpad et le SAMU la nuit. Ce dernier est désormais sollicité pour des urgences véritables, et parfois par les infirmiers de nuit qui sont davantage en capacité de lui communiquer les informations médicales pertinentes et nécessaires à sa prise de décision", explique l'ANAP, mentionnant que le dispositif contribuerait ainsi à "un rapprochement entre l'hôpital et l'Ehpad". 

Une prise en charge de la fin de vie...en Ehpad

Selon le document, la présence d'un infirmier de nuit en garde dans un Ehpad et la possibilité de réaliser des interventions programmées permet "d'accompagner la fin de vie du résident au sein de l'Ehpad" (injection de médicaments anti-douleurs réalisée par l'infirmier par exemple). La pose et la surveillance de perfusions représentent par exemple la majorité des actes réalisés dans le Valenciennois-Quercitain au dernier semestre 2017. 

"Cela évite d'hospitaliser le résident et de l'extraire de son lieu de vie habituel. De façon plus générale, la présence d'une garde d'infirmier permet de prendre en charge des résidents nécessitant des soins techniques la nuit et de leur éviter ainsi une hospitalisation", ajoute l'ANAP.

Le dispositif nécessiterait par ailleurs "un engagement important en temps et en énergie des acteurs, notamment car il bouleverse le fonctionnement traditionnel de l'EHPAD et donc requiert des adaptations structurelles substantielles". 

Rédaction Actusoins

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