Ehpad : la Cour des comptes pointe les manques persistants de personnels qualifiés

La Cour des compte estime que la prise en charge médicale des résidents est insuffisante dans les Ehpad et pointe le manque persistant de personnels qualifiés.

© Tommy Larey / ShutterStock

Dans un rapport commandé par la commission des affaire sociales du Sénat, rendu public mardi, la Cour des Comptes estime que le "nouveau modèle à construire", passe par plus d'effectifs soignants. 

"L'échantillon des Ehpad contrôlés confirme une tendance à l'augmentation des effectifs de soins au cours de la période examinée, généralement associée à une extension des capacités des établissements. [...] Cependant, les taux d'encadrement demeurent encore insuffisants", assure la Cour des comptes. 

Selon une étude de la Drees que la Cour des comptes cite dans son rapport, le taux d'encadrement dans les Ehpad est passé de 59 à 63 équivalents temps plein (ETP), pour 100 places installées, soit une augmentation moyenne de 6,5%. Pour les aides-soignants, "le ratio est passé de 17 ETP pour 100 places à 20" et pour les infirmiers, il est passé de 5 à 6. 

Se référant à la grille Aggir [qui mesure le niveau de dépendance], elle calcule : "l'écart entre le taux d'encadrement en personnel de soins et le ratio issu du modèle GIR correspondrait à un besoin d'augmenter l'effectif de soins de 45% (plus 18 postes en équivalent temps plein - ETP - pour 100 places), croissance qui ferait augmenter le taux d'encadrement global de plus de 25%."

Définir des ratios

"Plutôt qu'un ratio de personnel global, ou même ciblé sur les personnels de soins, il pourrait être pertinent de définir, à la manière de la réglementation relative à l'accueil des jeunes enfants, des ratios du nombre maximum de résidents à prendre en charge par professionnel de soins qualifiés, en fonction du niveau d'autonomie et construite une pluralité de ratios sous forme de référentiels de bonnes pratiques", considère-t-elle. 

Améliorer les organisations

Pour la Cour des comptes, l'organisation des cycles est "fondamentale". "Ceux conçus pour assurer une présence maximale du personnel auprès du résident voient coexister plusieurs temporalités en fonction des choix des établissements", explique-t-elle. 

"Une continuité mal pensée de l'accompagnement peut se faire au détriment du personnel et donc du résident. Ainsi, certains établissements prévoient deux longues coupures dans la journée de 12 heures", indique-t-elle.

De même l'organisation des 35 heures sur deux semaines avec des semaines de quatre et trois jours "laisse au personnel la possibilité de se faire recruter dans d'autres établissements, entrainant une fatigue supplémentaire", estime-t-elle. 

Enfin, les périodes de congés "peuvent être facteurs de désorganisation et entrainer l'insuffisance d'aides-soignantes."

Une formation à renforcer

La qualité de la prise en charge dépend aussi de la qualification du personnel. Dans son rapport, la Cour des comptes constate que, parmi les aides-soignants, "peu nombreux sont ceux qui ont reçu une formation d'asssistants de soins en gérontologie" et "cette qualification, lorsqu'elle existe, n'est pas exploitées au mieux faute de temps". 

Elle note aussi que les titulaires d'un diplôme d'aide médico-psychologiques (AMP) "n'accomplissent que rarement des missions distinctes des autres aides-soignants (AS)."

Pour les infirmiers, "la spécificité de l'accompagnement et le niveau de responsabilité en Ehpad", nécessiteraient, du point de vue de la Cour des comptes, "la reconnaissance d'une spécialisation en gériatrie, voire d'une capacité [sic] en pratique avancée". 

La DGOS mène actuellement une réflexion sur le renforcement des compétences des infirmiers en pratique avancée mention "pathologies en soins primaires", ayant vocation à prendre en charge les personnes âgées, qui pourrait répondre aux besoins dans les Ehpad. 

"Le renforcement de la formation et de la qualification des personnels soignants (médecin coordonnateur, IDE, aide-soignant, etc.) dans l'accompagnement des personnes âgées, en particulier en cas de troubles cognitifs, s'avère nécessaire pour améliorer la qualité de la prise en charge", considère la Cour des comptes. 

Problèmes de recrutement et d'attractivité

Les difficultés de recrutement de personnel soignants en établissement et le manque d'attractivité de la filière sont aussi soulignés. 

Afin de faire face aux vacances de postes, "beaucoup d'établissements ont recours à du personnel contractuel de courte durée sur des fonctions d'aide-soignant", indique-t-elle. 

Par ailleurs, en raison des problèmes de recrutement, "il n'est pas rare que des personnes occupent des fonctions sans la qualification requise". Le manque de personnel qualifié peut également se traduire par des glissements de tâches, qui aboutissent à confier des actes techniques à des personnels ne disposant pas des qualifications requises, note la Cour des comptes. 

Mieux reconnaître la fonction d'infirmier coordonnateur

La Cour invite aussi "à mieux reconnaître la fonction d'infirmier coordonnateur" et instaurer un ratio pour cette fonction. Objectif : "assurer une effectivité et un temps disponible suffisant pour les fonctions de gestion du personnel, la définition du projet de soins et sa mise en oeuvre, le portage de projets et la diffusions bonnes pratiques".

Rédaction ActuSoins

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