Une appli au secours des Urgences

Pour fluidifier les services d'urgences, une infirmière et une médecin urgentistes du Gard, ont mis au point un site internet interactif “Urgences Chrono”. Cette WebApp gratuite permet de connaître en temps réel les temps d'attente dans les services d'urgences. Il permet aussi de les désengorger en donnant toutes les autres possibilités de soins, à proximité.

 « Un Radio trafic des Urgences, pour aller là où c'est vert. » Magali Diagne, infirmière urgentiste, résume en quelques mots le principe de la plateforme web qu'elle a mis au point il y a deux ans avec Céline Jardy-Triola, médecin urgentiste au centre hospitalier de Bagnols-sur-Cèze (Gard). Leur solution numérique très ergonomique, répertorie les alternatives aux Urgences hospitalières, et permet un accès simplifié aux médecins généralistes de garde. « Mieux orienter les patients pour mieux les répartir réduit de fait les temps d'attente », rappelle le médecin.

L'outil donne toutes les coordonnées des accueils d'urgences les plus proches. Google Maps les y amène directement.

Les délais moyens d'attente y sont précisés pour chacun, en temps réel, par des codes couleurs, sur la Web-App et aussi sur écran, dans la salle d'attente : vert si c'est moins d'une heure, jaune pour moins de 2 heures, orange moins de 3 heures et rouge si plus long. « Ces délais peuvent être communiqués entre patients par le biais communautaire », indique le médecin. « Ils sont aussi diffusés en temps réel parles établissements qui se basent sur l'attente moyenne des patients au cours de la dernière heure. » C'est le cas au CH de Bagnols-sur-Cèze qui teste l'outil depuis un an et demi. En cas d'accident catastrophe, les médecins et infirmières hospitaliers ont toutefois la main sur le dispositif pour modifier l'information.

L'infirmière qui a travaillé dans tous les services de soins, a aussi passé 6 ans au SMUR (Service médical d'urgences) de la ville avec le médecin. « Nous avions fait le constat qu'à partir de 18 h et les week-ends, les urgences étaient saturées », explique-t-elle. « Les pathologies pouvant relever de la médecine générale en particulier étaient le plus souvent à l'origine del'embolie dans les salles d'attente. » Une fièvre, une simple gastro ou une douleur abdominale chez un enfant peuvent en effet être prises en charge dans un premier temps, par un praticien de maison médicale de garde.

 « L'orientation vers l'hôpital peut venir ensuite s'il n'y a pas d'amélioration », rappellent-elles. « L'outil numérique offre beaucoup de possibilités pour améliorer la santé notamment grâce à la géolocalisation », rappelle l'infirmière. Au même titre que les centres hospitaliers, les maisons médicales de garde font partie du dispositif et sont donc listées et géolocalisées – de la plus proche à la plus lointaine - tout comme les cliniques privées et les services de soins non programmés, ces derniers accueillant le plus souvent en journée. « Les gens connaissent assez mal ces possibilités », observent les deux professionnelles. « En particulier dans les “déserts” médicaux. »

Tout le parcours de soins concerné

« Ce défaut d'information génère le réflexe quasi systématique du 15 et des Urgences hospitalières », évoque Céline Jardy-Triola. « Les généralistes de garde voient le plus souvent très peu de patients. » Responsabiliser ces derniers, en les incitant à changer de réflexe grâce à un outil qui leur amène l'information, ouvre la voie à une revalorisation de ces permanences. Tout le parcours de soin est concerné : les paramédicaux aussi peuvent être géolocalisés sur cet Web-App et ainsi permettre de mieux organiser l'accès aux soins à domicile. Les deux initiatrices souhaitent y intégrer les pharmacies comme c'est le cas déjà pour les officinaux d'Ile de France, Urgences chrono renvoyant un lien sur leur site où sont listées toutes les pharmacies de garde. « Leur engagement en journée peut aussi contribuer à réduire les passages aux Urgences . » 

Les deux professionnelles évoquent des enquêtes de satisfaction menées au CH de Bagnols-sur-Cèze, d'où sont ressorties des améliorations pour les équipes soignantes.« Elles ont noté des rapports plus simples avec les patients, qui sont moins stressés, moins agressifs, et une réduction desphénomènes de tension », note Magali Diagne. Testé dans ce CH depuis deux ans, et avant un déploiement à l'échelle nationale, l'outil est passé en mars au stade de la preuve de concept qui va être établie à Montpellier, première grande ville de France à coordonner et optimiser son réseau d'urgences avec une solution numérique. Pour une évaluation finale attendue en septembre prochain. « A Genève, un outil similaire en place depuis 2013, a permis de réduire de moitié en quatre ans, les délais d'attente en pédiatrie », évoque Magali Diagne.

L'objectif visé, outre une bonne organisation des services et une meilleure prise en charge des patients, c'est aussi une réduction des coûts pour la Sécu. « Selon le dernier rapport de la Cour des comptes, 20 % des passages aux Urgences sont évitables, et pourraient permettre de générer une économie théorique de 400 M€ à 600 M€ pour l'Assurance maladie et les complémentaires santé », note le docteur Jardy-Triola. La version appli téléchargeable pourrait être disponible d'ici la fin de l'année.

Myriem Lahidely

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